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mercredi 1 mai 2013

Le Pape lui a serré la main...

... et il en est encore tout ému

C'était un voyage prévu, bien préparé, bien organisé par quelqu'un qui s'y connaît, qui prépare bien tout ça sur internet, parce que internet c'est son truc, c'est même un pro d'internet. Mais ça ne s'est pas passé tout à fait comme prévu.

Le cadeau des beaux-parents pour leur soixante ans de mariage c'est un voyage/pélé à Rome. Alors il a été sollicité pour bien préparer ça : voyage, réservations, hôtel et tout et tout... et bien sûr aussi l'audience du mercredi avec le Pape... à l'époque cela devait être avec Benoît XVI. Et bien sûr aussi il fera partie du voyage et accompagnera les beaux-parents dans cette aventure.

Mais voilà entre temps on a changé de pape et celui-ci est parfois imprévisible. Le jour J, un mercredi comme chacun sait, lever tôt pour être en place, et à la meilleure possible autant que faire se peut. Audience normale et tour de piste désormais habituel. Quelques pèlerins, surtout ceux qui sont en fauteuil roulant, sont dirigés vers une place voisine, pour la fin du tour de piste certainement. Mais notre ami aperçoit la papamobile vide... et soupçonne très vite un tour de piste à pieds. Là il va le voir de près... juste le temps de glisser à sa femme : prépare un phrase, que François arrive vers eux. Et là, 45 secondes merveilleuses : adresser la parole au pape, l'entendre répondre et lui serrer la main.

- on est venus de France pour les 60 ans de mariage de mes parents
- 60 ans ! répète François avec un ton et un visage émerveillés, c'est super
et la mamie d'ajouter : et on a 10 enfants
- 10 enfants ! répète François, aussi émerveillé, mais c'est vraiment super

Il a répété au moins 3 ou 4 fois c'est super, il a béni papi et mamie tout bouleversés, leur a serré la main ainsi qu'à leur fille et leur gendre non moins bouleversés et émus. Pouvait-il y avoir plus beau cadeau pour ce vieux couple chrétien qui célébrait 60 ans de mariage, a voulu aller à Rome pour cet anniversaire, et pour qui ce fut une merveilleuse surprise ?

Sans céder à la papolatrie, cette rencontre les a tous profondément marqués. Ils ont rencontré un homme bon, proche, spontané dans sa rencontre. Cela n'a pas duré une minute, mais c'était un tête-à-tête inoubliable. J'ai vu une magnifique photo de cette poignée de mains, les yeux dans les yeux où l'émotion se lisait sur les visages. Ça, ils ne sont pas près d'oublier, et comme il dit : ça n'arrive qu'une fois dans la vie...


jeudi 14 mars 2013

Habemus Papam Franciscum

Quand on s'en remet à l'Esprit-Saint c'est toujours surprise garantie. Une fois encore il a confirmé sa réputation de souffler où et comme il veut. Jorge Mario Bergoglio... qui c'est ça ? C'est celui que les cardinaux réunis en conclave viennent d'élire Pape. Après le célèbre Habemus Papam prononcé par le cardinal Tauran on attend avec impatience de voir le visage de cet inconnu, même pas évoqué parmi les papabili.

Quand il est apparu à la loggia, j'ai vu d'abord un homme abattu, figé, qui paraissait écrasé par le poids de la charge soudaine. Puis au fur et à mesure des applaudissements qui montaient de la place St Pierre un sourire a progressivement illuminé son visage. Ses premiers mots ont été ce qu'il y a de plus simple "Bonsoir" suivi d'une note d'humour "... il semble que mes frères cardinaux sont allés chercher le pape au bout du monde".

François* est le nom qu'il a choisi. A lui seul ce nom donne le ton, évoquant le poverello d'Assise, simplicité, pauvreté, humilité. Humilité, on le voit déjà dans son attitude. Il commence par demander à la foule de se recueillir quelques secondes dans le silence et dans une très belle attitude, spontanément lui-même s'incline pour se recueillir. Et les dizaines de milliers de pèlerins de la place St Pierre font silence. Puis il demande de prier avec lui, tout simplement avec les mots de toujours que le Christ nous a laissés... Notre Père qui es au cieux... Humilité quand il demande la bénédiction de Dieu pour lui-même avant de la donner au monde. Sa première bénédiction urbi et orbi.

Ses derniers mots seront à l'image et en réponse aux premiers. D'un geste il redemande le micro déjà rangé pour dire aussi simplement : "bonne nuit... à bientôt".

Ce matin dans notre prière de communauté, prière d’Église et prière pour l’Église, nous avons pris cette belle hymne pour un pasteur, bien de circonstance :

Unique Berger, ô Jésus, ta main se pose sur l'épaule de cet homme :
par lui tu mènes ton troupeau :
ce berger, à ton image, tu le façonnes.

Sans cesse ta main l'affermit pour qu'il chemine dans la force et la patience ;
et lui s'efface devant toi :
pur reflet, parmi ses frères, de ta présence.

L'Eglise de toi l'a reçu, il passe en tête, pour marcher vers les montagnes :
vers Toi, la Tête, ô Jésus, il oriente tout le peuple qui l'accompagne.

Vers toi il aimante l'amour de ceux qui l'aiment, et lui-même à toi se donne ;
tu le consacres dans l'Esprit, et déjà, de ta lumière tu l'environnes.


* François, et non pas François 1er comme on l'a dit au début. On ne dira François 1er que quand il y aura un second François. Pour l'instant pas de confusion possible puisqu'il est le seul Pape avoir pris ce nom.

mardi 12 mars 2013

Twitter, 115 cardinaux et un conclave

Se risquer à écrire quelque chose sur le conclave maintenant relève de la témérité ou de l'inconscience. Tout a été dit, écrit, filmé, que pourrais-je ajouter ? Beaucoup de très bons articles, des approches diverses, des sujets complémentaires, une grande richesse. Je ne me souviens pas d'une telle effervescence abondance pour l'élection du précédent pape.

J'ai suivi tout ça avec une certaine attention et en particulier sur Twitter, et aujourd'hui d'un peu plus près encore évidemment.
Ce matin avant la messe, plusieurs cardinaux ont envoyé leur dernier tweet (last tweet before Conclave) en remerciant leurs followers (abonnés) de leur être unis pendant ces jours et de prier pour le conclave et pour l’Église. Dernier message de cardinaux à leurs Églises.

Dans l'après midi grâce à quelques journalistes on a pu suivre le déroulement de l'entrée en conclave, la procession, le Veni Creator, la prestation de serment, agrémentés parfois de quelques photos, des remarques sur l'ambiance. A travers ce défilé de tweets on entrait dans un événement vécu en direct et à travers le monde. Twitter permettait des réactions et une certaine communion que n'autorisent pas la radio ou la télévision. L'émotion des cardinaux, la gravité du moment étaient perceptibles.

Et puis ce fut le "Extra omnes", tout le monde dehors. Donc les voilà bouclés, enfermés dans la Sixtine jusqu'à ce qu'il en sorte un pape. Confisqués les téléphones, smartphones, tablettes et autres outils du web 2.0. Bannie toute communication avec l'extérieur et donc exit Twitter. Parce que parmi les cardinaux, on l'a vu, il y en a plusieurs qui twittent honorablement. Et ça c'est nouveau par rapport au conclave de 2005 où Twitter n'était pas encore né. Les voilà sous clé, ce que signifie conclave d'ailleurs. Seuls avec leur conscience devant Dieu. Dans l'après midi ils ont prêté serment de conserver le secret et de voter librement. Avant de voter ils s'engagent à voter en conscience et enfin au moment de déposer leur bulletin dans l'urne ils disent une dernière prière, qui d'ailleurs pourrait être reprise pour toute élection : "Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge le plus apte pour remplir cette charge."

Le conclave est le temps du secret, du silence, de la prière, pour une décision prise en conscience et devant Dieu. Et Twitter (que j'aime beaucoup) n'y a plus sa place, son rôle c'était avant, ce sera après, mais pas pendant. Place à l'Esprit Saint.


jeudi 21 février 2013

"Après avoir examiné ma conscience devant Dieu..."

...c'est ainsi que Benoît XVI a introduit son message de démission le 11 février dernier.

Cette décision a été immédiatement et longuement commentée, le plus souvent bien accueillie une fois la surprise dépassée. L'hebdomadaire Pèlerin en fait un dossier spécial et propose de retrouver plusieurs de ces réactions.

Bien sûr d'autres voix se sont élevées  pour exprimer un désaccord, normal aussi... on ne démissionne pas de cette charge, motif soutenu par moult arguments. Mais ce n'est quand même pas la majorité des réactions.

Parmi ces réactions négatives je retiens un article dans La Croix de ce 19 février, opinion de deux professeurs de philo, Pierre Dulau et Martin Steffens.  L'abandon du Pape est une catastrophe, ce titre quelque peu provocateur invitait à entrer dans l'article.

Pour les auteurs la papauté est une fonction qui engage celui qui l'assume jusqu'à la mort, l'abandonner est une catastrophe. [...]  Un Pape qui démissionne, c'est un pont qui décide de ne pas atteindre l'autre rive dont il est la promesse. [...] Un PDG ou un président peuvent démissionner. Un pape, lui, est démissionné par la mort. [...] Quant à l'humilité, ne consiste-t-elle pas plutôt à consentir à une charge qui blesse notre nature immédiate ? Le poids qu'il doit porter est, bien sûr, trop lourd pour lui. Mais s'il ne l'était pas, il ne serait pas le pape.

Je trouve ces propos et le ton de l'article dans son ensemble particulièrement durs et accusateurs. Que cette décision surprenne, pose des questions inédites, soit, et cela ne peut qu'être constructif, mais au nom de quoi peut-on se permettre de juger une telle décision, et prise "après avoir examiné [sa] conscience devant Dieu", selon ses propres termes ? Qu'on relise la déclaration même de Benoît XVI, les mots pesés, le propos clair et humble, la décision fruit du discernement, la conscience de la gravité de cet acte...

Il y a aussi Mgr Noyer qui ne donne pas le même écho que l'ensemble de ses pairs, son propos est plus sévère, mais il analyse le contexte et le monde actuel, et il reconnaît à Benoît XVI toute la grandeur de sa décision et le souffle nouveau qu'elle peut faire lever. "Personne ne songe aujourd’hui à lui reprocher d’avoir fait ce qu’il a cru bon de faire", dit Mgr Noyer dans sa conclusion... Et bien si Monseigneur il est des philosophes qui se permettent de lui reprocher cette décision et de la juger !

Je n'ai pas la prétention de me mesurer à deux professeurs agrégés de philosophie, mais d'autres voix, ébranlées également par cette décision, nous ont proposé des réflexions plus constructives.

Quelques unes de ces réflexions... au hasard, parmi tant d'autres :
- Mgr Noyer : Benoît XVI : constat d'échec ?
- Christine Pedotti : Benoît XVI libère le pape
- Rémi de Maindreville : Le renoncement de Benoît XVI
- et aussi l'incontournable revue de presse de Stéphane Lemessin avec quantité de liens