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lundi 5 avril 2021

Aube pascale

Tout était prêt et annoncé pour une veillée pascale à 15 h 30 le samedi saint. Même si associer le mot "veillée" à "15 h 30"  avait quelque chose d’incongru, mais en ce temps de couvre-feu on s'en accommodait. Quand les Évêques de France ont dit "Non, non, non...", la veillée pascale doit se faire de nuit, et surtout s'il y a des baptêmes. Qu'à cela ne tienne, ce sera à 6 h 30 !

J'ai commencé par douter, sourire de cette décision : qui viendra à cette heure si matinale, un dimanche matin ? Puis, peu à peu, à la réflexion cette idée a fait son chemin. Oui, il peut y avoir quelque chose de beau à vivre en Église à  ce moment-là. Fêter la résurrection du Christ à l'heure où la nuit cède le pas au jour, c'est toute la symbolique du passage : des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, du péché au salut.

Alors, en ce 4 avril, dimanche de Pâques, je me suis rendue à ce qui fut baptisé "aube pascale", qui n'en était pas moins la liturgie de la "veillée pascale". Surprise de voir combien de paroissiens avaient pris ce même chemin, de tous âges, des enfants bien éveillés et des personnes âgées, des familles entières. Tous, visiblement heureux de se retrouver.

Il est 6 h 30 quand nous sommes invités à nous tourner vers le fond de l'église où l'on va allumer le feu pascal, sur le seuil, portes grandes ouvertes sur la nuit. Il brille, il est magnifique ce feu que le prêtre va bénir et auquel sera allumé le cierge pascal. Lumière qui dissipe les ténèbres, symbole du Christ ressuscité. Ce cierge pascal auquel seront allumés tous les cierges de l'assemblée : Christ est notre seule lumière.

La célébration se poursuit... comme une veillée pascale et les symboles prennent une dimension toute particulière. Celui du passage des ténèbres à la lumière en particulier : entrés dans l'église de nuit nous en sortons en pleine lumière avec un soleil radieux. C'est toute la symbolique de Pâques que l'on perçoit mieux qu'à la veillée pascale, où l'on entre de jour pour sortir la nuit tombée... Et puis c'est bien le matin de Pâques que les femmes sont allées au tombeau et l'ont trouvé vide. L'évangéliste Jean précise même que "c'était encore les ténèbres".

La célébration terminée, à la sortie de l'église les gens s'attardent et partagent leurs impressions : aube pascale qui prend tout son sens et sa symbolique du passage. Magnifique aube pascale ! Christ est vraiment ressuscité, Alleluia !

Et si on continuait avec cet horaire les prochaines années ? 

 NB - Et tout ça bien sûr dans le strict respect des consignes sanitaires (masque, gel, distanciation, communion dans la main, geste de paix du regard).








D'autres photos par ici

► Et aussi la vidéo de Magali SCHAAL, journaliste à Ouest-France

samedi 4 avril 2015

C'est con la vie !

Je la revois disant cela. Une parente, il y a plusieurs années déjà, mais j'y pense souvent.
Elle avait perdu un mari, puis un fils encore jeune et à nouveau un mari. Elle revisitait les bonheurs vécus mais surtout les souffrances et la mort. Et c'est vrai que sur ce dernier point elle n'avait pas été épargnée ! Elle faisait le tour de sa famille et de ses amis, tantôt le visage éclairé d'un timide sourire tantôt les yeux embués selon les événements. Et de conclure laconiquement : c'est con la vie.

Et elle avait raison. Oui c'est con la vie qui ne mène qu'à la mort. Oui c'est con la vie qui n'a pas de sens. Qu'est-ce que la vie, qu'est-ce que la mort si elles ne débouchent sur rien ?

Elle oubliait que même sans la foi sa vie avait eu un sens ne serait-ce que par les enfants qu'elle avait élevés avec amour et oubli d'elle-même, les maris et fils qu'elle avait accompagnés dans la maladie avec le même amour et oubli d'elle-même, les nombreux services rendus autour d'elle... Mais ça elle ne le voyait pas, l'énigme de la mort était trop forte.

Oui c'est con la vie si, au-delà de la mort, elle ne débouche pas sur autre chose.
Ma foi chrétienne me fait croire en une vie de bonheur avec Dieu au-delà de la mort. Et cette foi se fonde sur la résurrection du Christ, événement que l’Église célèbre en ce jour de Pâques.
Pâques, victoire de la vie sur la mort.
Pâques, immense message d'espérance et de joie au milieu de nos nuits et de nos douleurs.
Cela ne les supprime pas mais c'est croire qu'elles n'auront pas le dernier mot.

Oui c'est con la vie si Christ n'est pas ressuscité. Saint Paul le disait avec un peu plus de nuance : si Christ n'est pas ressuscité ma foi est vaine (1ère lettre aux Corinthiens, 15, 14).

Lecteur, qui que tu sois, croyant ou incroyant, agnostique, en recherche, regarde autour de toi les gestes, les paroles, les signes d'amour : ils disent la victoire de la vie sur le mal et sur la mort. C'est pas con la vie !

Belle fête de Pâques ! 


mercredi 11 avril 2012

Leurs yeux s'ouvrirent

Blasés, écœurés, découragés, dépités... tous leurs espoirs déçus. La débandade des copains, les rumeurs dans tous les sens, le tohu-bohu autour d'eux, dans leur tête, et leur cœur lourd et blessé.

Ils prennent le large.
A quoi bon rester ici, tout est fini, il n'y a plus d'avenir pour eux.
Ça fait du bien de reparler de tout ça seulement tous les deux, même avec amertume, mais calmement.

Et c'est pas le gars qui les rejoint qui va les aider. Mais d'où il sort celui-là, même pas au courant de l'histoire. Cette histoire dont tout le monde parle pourtant.
Alors il faut tout lui raconter, depuis le début : tout ce qu'on avait vécu avec l'ami disparu, les missions, les pêches... parfois mouvementées, les connivences, les engueulades aussi, toute l'espérance qu'on avait mise en lui, et puis la débâcle, l'arrestation, la mort, et maintenant encore ce qu'on raconte et ces histoires de femmes. La déception, l'angoisse, l'incompréhension, l'horizon bouché...

Pourtant ce gars-là, il n'était pas au courant (enfin, qu'il disait) mais il leur a quand même raconté des trucs qui les ont aidés à comprendre ce qui venait de se passer. Bizarre ! Et ils se sentaient tellement bien avec lui qu'il l'ont invité à dîner avec eux : "Reste avec nous". Et puis il a fait des gestes qu'ils avaient déjà vus, des paroles déjà entendues, et là, ils ont compris. Tout. D'un coup.

Et retour chez eux au pas de course, au point de départ, au milieu des leurs, mais changés, transformés par la lumière de la Vérité, lumière du Ressuscité qui leur a juste laissé le temps de le reconnaître, et rien de plus. On ne traîne pas avec le Ressuscité, il faut le révéler tout de suite.

Ce besoin de prendre le large quand la vie est dense pour revoir, relire, comprendre, avec celui qui chemine à nos côtés, avec celui qui porte un autre regard, avec celui qui élève. Celui qui accompagne. Pour repartir...

 Jésus qui m'as brûlé le cœur
Au carrefour des Écritures,
Ne permets pas que leur blessure

En moi se ferme :
Tourne mes sens à l'intérieur.
Force mes pas à l'aventure,
Pour que le feu de  ton bonheur
À d'autres prenne !
Les Pèlerins d'Emmaüs - Arcabas

La Table où tu voulus t'asseoir,
Pour la fraction qui te révèle,
Je la revois : elle étincelle
De toi, seul Maître !
Fais que je sorte dans le soir,
Où trop des miens sont sans nouvelle,
Et par ton nom dans mon regard

Fais-toi connaître !

Leurs yeux ne t'ont jamais trouvé,
Tu n'entres plus dans leur auberge,
Et chacun dit: "Où donc irai-je,
Si Dieu me manque ?"
Mais ton printemps s'est réveillé
Dans mes sarments à bout de sève,
Pour que je sois cet étranger

Brûlant de Pâques !

(Texte de Didier Rimaud)



samedi 7 avril 2012

C'était la nuit

Chemin de Croix - Église de Pissotte (85)
C'est souvent la nuit que se passent les grands événements.

Déjà à Noël  c'est du milieu de la nuit que surgit la Parole, c'est dans leur veille de nuit que la nouvelle est annoncée aux bergers (Luc 2, 8), et le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. (Isaïe 9, 1). Cette naissance qui met fin à la nuit et ouvre l'espérance dans la lumière.

C'est de nuit que Nicodème vient rencontrer Jésus. (Jean 3, 2). Ne pas être vu, ne pas s'afficher, et pourtant rencontrer Celui dont la vie interroge.

Le soir venu... ils étaient à table, Jésus dit  "...l'un de vous me livrera" (Marc 14, 17)

Jésus dit à Pierre : "toi, aujourd'hui, cette nuit-même... tu m'auras renié" (Marc 14, 30).

Quand il fut la sixième heure, l'obscurité se fit sur la terre entière... (Marc 15, 33).

Aujourd'hui, samedi saint, cet espace d'attente, de veille entre vendredi saint et Pâques, entre mort et résurrection, le temps de la foi. Samedi saint, un jour sans liturgie. Ce jour unique dans l'année où l'eucharistie n'est pas célébrée, sinon justement lors de la messe de la résurrection, au cœur de la nuit.

La foi à l'épreuve de la nuit, de nos nuits d'hommes d'aujourd'hui marquées par la maladie, la mort, les ruptures, la solitude, les traitrises et lâchetés...

Cette nuit sainte où la liturgie nous fait passer des ténèbres à la résurrection, de la mort à la vie, du péché au salut.

Dans le silence de la nuit jaillira la lumière de Pâques, signe de la victoire de Jésus sur nos ténèbres, sur la mort, sur le péché.

Sainte journée et joyeuse Résurrection à toi lecteur.

Que brille devant Toi cette lumière :
demain se lèvera l'aube nouvelle
d'un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils !
Et que règnent la Paix, la Justice et l'Amour,
et que passent tous le hommes
de cette terre à ta grande maison, par Jésus-Christ !

Nous te louons, splendeur du Père, Jésus, Fils de Dieu.

(Exultet, chanté au début de la veillée pascale)





vendredi 6 avril 2012

Veillez et priez

C'est la prière demande de Jésus à ses trois plus proches compagnons. En crescendo. D'abord "Demeurez ici et veillez avec moi", puis "... vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi. Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation, et enfin, après un regard silencieux sur leur assoupissement, "désormais vous pouvez dormir..." (1)

Au soir du Jeudi Saint, après la célébration de la Cène et avant celle de la Passion le lendemain, les chrétiens répondent à cette invitation de Jésus : Veillez et priez. Un temps d'adoration, de prière, de présence avec Celui qui donne sa vie pour le monde, au cours de la nuit et au cœur de ces jours où nous faisons mémoire des événements fondement de notre foi chrétienne.

 C'est la 4ème année que la paroisse propose toute une nuit d'adoration, de 22 h 30 à 7 h 30. A l'initiative d'un groupe de jeunes qui a relancé un temps d'adoration eucharistique une fois par mois et qui a voulu tenter l'expérience de toute une nuit d'adoration. Bien sûr la nuit du Jeudi Saint était le moment opportun. Côté pratique : ils ont mis en place une inscription, non pas pour savoir qui vient mais pour s'assurer d'une présence tout au long de la nuit. Et après ça roule, et ça marche. Et il n'y a pas que les inscrits qui viennent, et il y en a de tous âges, y compris des jeunes et des ados.

Présence toute simple,
pour relire l'un des récits de l'institution de l'Eucharistie, de la Passion,
regarder Jésus, là, présent,
même sans rien dire, comme le paroissien du curé d'Ars : "Je ne lui dis rien, je l'avise et il m'avise",
lui présenter ceux que j'aime et ceux que j'aime moins,
ceux qui m'aident et ceux qui me mettent des bâtons dans les roues,
ceux qui pensent comme moi et ceux qui me dérangent parce que justement ils ne pensent pas comme moi,
ceux qui encouragent et ceux qui ne prennent la parole que pour dire ce qui ne va pas,
ceux qui m'ont demandé : "tu prieras pour moi",
et ceux à qui j'ai promis : "je prierai pour toi",
ceux qui n'ont rien dit, rien demandé, mais qui comptent quand même sur ma pauvre prière, et qui croient à la communion des saints,
ceux qui ont des vies cabossées à force de coups ici et là...
ceux qui... il y en a tant et tant...

Au cœur de la nuit, dans le silence si profond, puis au petit matin, quand la vie reprend avec quelques bruits habituels, un volet qui claque, une voiture qui passe, un peu vite...
Et maintenant c'est vendredi, Vendredi Saint, avec à nouveau des temps forts de Chemin de croix et de célébration de la Passion.
Il y eut un soir, il y eut un matin et ce fut le 2ème jour...

(1) Matthieu 26, 38 s.