Ça a commencé par une petite phrase sur un réseau social. Un jeune diacre y rapportait une question qui lui était posée en cette veille de Toussaint : "Excusez-moi mon père, vous n'auriez pas des rameaux ?". Question qui a suscité étonnement et quelques moqueries.
Certes il y a lieu de remettre les pendules à l'heure et de rendre à chaque fête ses symboles et ses signes, mais je m'explique facilement la confusion.
Le dimanche qui précède Pâques, dimanche des Rameaux et de la Passion, l’Église fait mémoire de l'entrée triomphale de Jésus dans Jérusalem. Il est fêté et acclamé par les gens qui étendent des palmes sur son passage. Aujourd'hui, habituellement, les palmes sont remplacées par des rameaux de buis.
Ces rameaux de buis, toujours vert, pour acclamer Jésus qui va mourir et ressusciter, sont aussi symbole de vie et de résurrection ; dans nos maisons ils seront déposés près d'un crucifix. Ce buis béni est symbole de la vie qui renaît de la croix, de la foi en la résurrection, de l'Espérance que la vie triomphe de la mort.
Les rameaux sont aussi parfois déposés sur les tombes, une façon d'associer nos défunts à cette espérance en la résurrection.
Et voilà comment j'explique la demande ci-dessus de rameaux pour la Toussaint. Puisqu'on met les rameaux des Rameaux sur les tombes, pourquoi n'y aurait-il pas des rameaux pour la Toussaint, où l'on a coutume de se rendre sur les tombes de nos proches ? Sauf que le jour des Rameaux ce geste prend son sens dans la célébration qui le suscite et qui n'existe pas à la Toussaint, il n'a plus de sens à ce moment-là.
De rameaux de buis dans les cimetières je n'ai point vu, mais j'ai vu de magnifiques potées de chrysanthèmes de toutes les couleurs. Elles sont signes de souvenir, de respect, d'affection, de tendresse envers les défunts. Ils sont magnifiques les cimetières en ce moment.
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dimanche 1 novembre 2015
samedi 4 avril 2015
C'est con la vie !
Je la revois disant cela. Une parente, il y a plusieurs années déjà, mais j'y pense souvent.
Elle avait perdu un mari, puis un fils encore jeune et à nouveau un mari. Elle revisitait les bonheurs vécus mais surtout les souffrances et la mort. Et c'est vrai que sur ce dernier point elle n'avait pas été épargnée ! Elle faisait le tour de sa famille et de ses amis, tantôt le visage éclairé d'un timide sourire tantôt les yeux embués selon les événements. Et de conclure laconiquement : c'est con la vie.
Et elle avait raison. Oui c'est con la vie qui ne mène qu'à la mort. Oui c'est con la vie qui n'a pas de sens. Qu'est-ce que la vie, qu'est-ce que la mort si elles ne débouchent sur rien ?
Elle oubliait que même sans la foi sa vie avait eu un sens ne serait-ce que par les enfants qu'elle avait élevés avec amour et oubli d'elle-même, les maris et fils qu'elle avait accompagnés dans la maladie avec le même amour et oubli d'elle-même, les nombreux services rendus autour d'elle... Mais ça elle ne le voyait pas, l'énigme de la mort était trop forte.
Oui c'est con la vie si, au-delà de la mort, elle ne débouche pas sur autre chose.
Ma foi chrétienne me fait croire en une vie de bonheur avec Dieu au-delà de la mort. Et cette foi se fonde sur la résurrection du Christ, événement que l’Église célèbre en ce jour de Pâques.
Pâques, victoire de la vie sur la mort.
Pâques, immense message d'espérance et de joie au milieu de nos nuits et de nos douleurs.
Cela ne les supprime pas mais c'est croire qu'elles n'auront pas le dernier mot.
Oui c'est con la vie si Christ n'est pas ressuscité. Saint Paul le disait avec un peu plus de nuance : si Christ n'est pas ressuscité ma foi est vaine (1ère lettre aux Corinthiens, 15, 14).
Lecteur, qui que tu sois, croyant ou incroyant, agnostique, en recherche, regarde autour de toi les gestes, les paroles, les signes d'amour : ils disent la victoire de la vie sur le mal et sur la mort. C'est pas con la vie !
Belle fête de Pâques !
Elle avait perdu un mari, puis un fils encore jeune et à nouveau un mari. Elle revisitait les bonheurs vécus mais surtout les souffrances et la mort. Et c'est vrai que sur ce dernier point elle n'avait pas été épargnée ! Elle faisait le tour de sa famille et de ses amis, tantôt le visage éclairé d'un timide sourire tantôt les yeux embués selon les événements. Et de conclure laconiquement : c'est con la vie.
Et elle avait raison. Oui c'est con la vie qui ne mène qu'à la mort. Oui c'est con la vie qui n'a pas de sens. Qu'est-ce que la vie, qu'est-ce que la mort si elles ne débouchent sur rien ?
Elle oubliait que même sans la foi sa vie avait eu un sens ne serait-ce que par les enfants qu'elle avait élevés avec amour et oubli d'elle-même, les maris et fils qu'elle avait accompagnés dans la maladie avec le même amour et oubli d'elle-même, les nombreux services rendus autour d'elle... Mais ça elle ne le voyait pas, l'énigme de la mort était trop forte.
Ma foi chrétienne me fait croire en une vie de bonheur avec Dieu au-delà de la mort. Et cette foi se fonde sur la résurrection du Christ, événement que l’Église célèbre en ce jour de Pâques.
Pâques, victoire de la vie sur la mort.
Pâques, immense message d'espérance et de joie au milieu de nos nuits et de nos douleurs.
Cela ne les supprime pas mais c'est croire qu'elles n'auront pas le dernier mot.
Oui c'est con la vie si Christ n'est pas ressuscité. Saint Paul le disait avec un peu plus de nuance : si Christ n'est pas ressuscité ma foi est vaine (1ère lettre aux Corinthiens, 15, 14).
Lecteur, qui que tu sois, croyant ou incroyant, agnostique, en recherche, regarde autour de toi les gestes, les paroles, les signes d'amour : ils disent la victoire de la vie sur le mal et sur la mort. C'est pas con la vie !
Belle fête de Pâques !
jeudi 20 mars 2014
Morts de la rue : 453
Morts de la rue (et non dans la rue, même si c'est vrai aussi). Mort de la rue, comme on dit mort d'un cancer ou mort de la tuberculose. C'est la rue qui tue, qui est cause de la mort.
Je suis toujours impressionnée quand je vois ces pages couvertes de noms dans La Croix, comme une succession d'avis d'obsèques. Sauf que là il n'y a pas de famille pour faire part. Souvent un prénom, un nom, un âge, une date et un lieu, plus ou moins précis, de décès. Des hommes, des femmes, des enfants...
Valérie Rouvrais, 45 ans, est morte le 8 septembre 2013 à Clichy.
Parfois, et trop souvent quand même, des approximations d'identité, voire carrément de l'anonymat :
M., 23 ans est mort en février 2013 à Mulhouse.
Jean est mort en janvier ou février 2013 à Caen.
Un homme est mort le 15 mars 2013 sur le parvis de l'église du port à Nice.
Deux hommes dont nous ne connaissons pas le nom sont morts en 2013 à Caen.
Un homme pouvant être Dominique Ribaillier a été retrouvé longtemps après sa mort le 5 avril 2013 sous une tente, sur un quai parisien, à Paris 8e.
Un enfant, 3 à 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l’Aumône.
Un deuxième enfant, 3 à 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l'Aumône.
Un troisième enfant, 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l'Aumône.
Un quatrième enfant est mort le 27 juin 2013 à Saint-Ouen-l'Aumône.
Trois pleines pages de noms de personnes décédées, seules, sous un pont, sur le seuil d'une église, dans le métro. 453 ont été recensées pour 2013 et la liste n'est pas exhaustive. Moyenne d'âge 50 ans nous dit-on. Bien sûr une moyenne, donc il y a beaucoup plus âgé, et beaucoup plus jeune. 50 ans... quand l’espérance de vie aujourd'hui en France est de 80 ans.
Il y a quelques années, à l'occasion d'un séjour à La Rochelle, nous avions rencontré Murielle qui faisait régulièrement la manche à l'entrée d'un magasin. Gérard bavardait avec elle tandis que nous faisions les courses, et il l'avait prise en affection. Souvent, après, il nous reparlait d'elle, se demandant ce qu'elle était devenue, jusqu'au jour où il a vu son nom dans La Croix : Murielle, 52 ans, est morte à La Rochelle.
Chaque année La Croix leur rend hommage à sa façon en leur offrant ce faire-part dans ses pages. Signe d'une dernière attention à défaut de reconnaissance. C'était dans le numéro du 11 mars annonçant en même temps l'hommage public qui serait rendu à Paris le 18 mars, à l'initiative du collectif Les Morts de la rue.
En ce mardi matin, le journal sur les genoux, je prenais dans ma prière tous ces noms, ou ces sans nom, sans visage, espérant qu'ils reposent en paix. Une façon de m'associer à la cérémonie du souvenir à Paris.
Je suis toujours impressionnée quand je vois ces pages couvertes de noms dans La Croix, comme une succession d'avis d'obsèques. Sauf que là il n'y a pas de famille pour faire part. Souvent un prénom, un nom, un âge, une date et un lieu, plus ou moins précis, de décès. Des hommes, des femmes, des enfants...
Valérie Rouvrais, 45 ans, est morte le 8 septembre 2013 à Clichy.
Parfois, et trop souvent quand même, des approximations d'identité, voire carrément de l'anonymat :
M., 23 ans est mort en février 2013 à Mulhouse.
Jean est mort en janvier ou février 2013 à Caen.
Un homme est mort le 15 mars 2013 sur le parvis de l'église du port à Nice.
Deux hommes dont nous ne connaissons pas le nom sont morts en 2013 à Caen.
Un homme pouvant être Dominique Ribaillier a été retrouvé longtemps après sa mort le 5 avril 2013 sous une tente, sur un quai parisien, à Paris 8e.
Un enfant, 3 à 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l’Aumône.
Un deuxième enfant, 3 à 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l'Aumône.
Un troisième enfant, 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l'Aumône.
Un quatrième enfant est mort le 27 juin 2013 à Saint-Ouen-l'Aumône.
Trois pleines pages de noms de personnes décédées, seules, sous un pont, sur le seuil d'une église, dans le métro. 453 ont été recensées pour 2013 et la liste n'est pas exhaustive. Moyenne d'âge 50 ans nous dit-on. Bien sûr une moyenne, donc il y a beaucoup plus âgé, et beaucoup plus jeune. 50 ans... quand l’espérance de vie aujourd'hui en France est de 80 ans.
Il y a quelques années, à l'occasion d'un séjour à La Rochelle, nous avions rencontré Murielle qui faisait régulièrement la manche à l'entrée d'un magasin. Gérard bavardait avec elle tandis que nous faisions les courses, et il l'avait prise en affection. Souvent, après, il nous reparlait d'elle, se demandant ce qu'elle était devenue, jusqu'au jour où il a vu son nom dans La Croix : Murielle, 52 ans, est morte à La Rochelle.
Chaque année La Croix leur rend hommage à sa façon en leur offrant ce faire-part dans ses pages. Signe d'une dernière attention à défaut de reconnaissance. C'était dans le numéro du 11 mars annonçant en même temps l'hommage public qui serait rendu à Paris le 18 mars, à l'initiative du collectif Les Morts de la rue.En ce mardi matin, le journal sur les genoux, je prenais dans ma prière tous ces noms, ou ces sans nom, sans visage, espérant qu'ils reposent en paix. Une façon de m'associer à la cérémonie du souvenir à Paris.
dimanche 26 janvier 2014
Une messe sans communion
Pour les cathos pratiquants gens du sérail cette expression est un non-sens, et fait parfois sourire. C'est pourtant ce qu'on entend au presbytère quand les gens viennent demander une célébration pour un mariage ou des obsèques. Pas très au fait du vocabulaire récent ni des pratiques possibles ils utilisent LE mot qu'ils connaissent, et demandent une messe. Parce que pour beaucoup toute démarche de prière catholique à l'église est messe, à défaut de savoir distinguer une messe d'une autre célébration. Alors pour être sûrs de la demande on se risque parfois à schématiser et on parle de messe sans communion pour une célébration, un temps de prière à l'église. (Et ne parlons pas d'Eucharistie, ce mot encore plus abscons pour le commun des mortels !). Et si par-dessus le marché on a une célébration sans messe, présidée par un prêtre et dans une église, alors là tout est brouillé. C'est donc bien une messe sans communion.

Alors cette longue intro pour évoquer une de ces messes sans communion à laquelle j'ai participé récemment, mais cette fois de l'autre côté de la barrière si je puis dire, non plus au pupitre d'animation, mais au premier rang du deuil. J'ai donc préparé cettemesse sans communion célébration religieuse avec un objectif à deux facettes : d'une part que les textes soient porteurs d'espérance et d'ouverture et d'autre part que l'ensemble soit le plus compréhensible possible pour tous aussi bien dans le choix des textes que dans les paroles et les rites. Un vrai défi !
J'ai essayé... avec ce que l'église et la liturgie m'offraient. Mais c'est aussi un texte de Martin GRAY qui a eu ma faveur pour terminer la célébration. Oui, je sais cela peut paraître discutable, Martin GRAY à la foi en point d'interrogation. Et bien justement ce qu'il dit n'a rien de déplacé, même dans une église. Il n'y est pas question de foi en Dieu certes mais elle y est sous-jacente. Une belle parole sur le chemin des chercheurs de sens et de Dieu.
Alors cette longue intro pour évoquer une de ces messes sans communion à laquelle j'ai participé récemment, mais cette fois de l'autre côté de la barrière si je puis dire, non plus au pupitre d'animation, mais au premier rang du deuil. J'ai donc préparé cette
J'ai essayé... avec ce que l'église et la liturgie m'offraient. Mais c'est aussi un texte de Martin GRAY qui a eu ma faveur pour terminer la célébration. Oui, je sais cela peut paraître discutable, Martin GRAY à la foi en point d'interrogation. Et bien justement ce qu'il dit n'a rien de déplacé, même dans une église. Il n'y est pas question de foi en Dieu certes mais elle y est sous-jacente. Une belle parole sur le chemin des chercheurs de sens et de Dieu.
ILS SONT TOUS VIVANTS
Je n'ai qu'une certitude :
Ceux que j'ai aimés, ma famille, mes camarades, mes enfants,
Demeurent vivants en moi.
Ils guident encore mes pas.
Leur être fidèle, ce n'est pas s'enfermer dans la douleur.
Il faut continuer de creuser le sillon : droit et profond.
Comme ils l’auraient fait eux-mêmes
Comme on l'aurait fait avec eux, pour eux.
Être fidèle à ceux qui sont morts,
C'est vivre comme ils auraient vécu, c'est les faire vivre en nous,
C'est transmettre leur visage, leur voix, leur message aux autres.
Ainsi, la vie des disparus germe sans fin.
Je ne sais pas si je dois me dire croyant.
Je ne puis dire : je crois en Dieu.
Je ne puis dire non plus : je crois...
Ce que je dis seulement,
C'est que la mort ne détruit pas l'amour que l'on portait
A ceux qui ne sont plus...
Je le sais parce que tous les jours je vis avec les miens...
Ce que je sais aussi, c'est que la vie doit avoir un sens.
Ce que je sais encore, c'est que l'amour est la clé de l'existence.
Ce que je sais enfin, c'est que l'amour, le bien, la fidélité et l'espoir
Triomphent finalement toujours du mal, de la mort et de la barbarie.
Tout cela, je le sais, je le crois...
Dieu est-il au creux de ces certitudes ?
Je ne sais pas... je cherche...
Martin GRAY
Bon, en fait j'avais surtout envie de vous partager ce beau texte de Martin Gray ;)
mardi 24 décembre 2013
Un prêtre, c'est rare et c'est fragile
Je l'avais un peu perdu de blog David. L'hiver dernier il a décroché un moment du net et du blog, et moi aussi j'ai pris un peu de distance avec lui. Et puis il y a quelques jours j'ai été réveillée par mes stats. Pourquoi un billet écrit il y a 2 ans, à l'occasion du décès de Pascal était-il soudain si consulté ? Et je suis ainsi remontée au billet de David : A tes côtés.
Je partage la peine et la douleur de la famille et des amis d'Emmanuel, des prêtres de ce diocèse. Je partage leur questionnement et leur respect, je comprends leur tentation de culpabilisation
Emmanuel, 50 ans, ordonné prêtre en 2005, curé de Sainte-Mère-Eglise, en charge des 24 clochers de 2 paroisses, responsable de la Maison de la Paix* s'est donné la mort.
Le suicide d'un prêtre est un événement rare a dit le vicaire épiscopal du diocèse de Coutances, un geste qui sidère encore plus quand il s'agit d'un prêtre, dit David. Pourquoi "encore plus" ? Parce qu'on a une haute idée du prêtre, un homme fort et solide, plein de foi en Dieu et donc qui ne se donne pas la mort. En soi ce n'est pas mal, mais n'en faisons pas un surhomme capable de tout voir, tout entendre, tout endurer. Il n'est qu'un homme comme les autres, avec un corps et un coeur, un corps fatigable (même s'il est jeune et en bonne santé) un cœur sensible. Leur mission les investit d'une lourde charge de travail, et les affronte aux situations douloureuses de la maladie, la souffrance, la mort, certainement plus que d'autres. Un prêtre, c'est fragile !
Un prêtre c'est rare, aussi, les statistiques ne cessent de nous le rappeler.
Rare et fragile, prenons-en soin. Emmanuel comme Pascal paraissaient heureux dans leur sacerdoce selon les témoignages des proches. Pourtant, comme souvent, on n'a rien vu venir, selon l'expression utilisée. L'un et l'autre se donnaient à fond à leur mission, leur apostolat qui les faisaient vivre, mais qui aussi les ont tués. On peut réfléchir au poids de la charge qui leur est confiée, certes on ne peut pas continuer de la même façon qu'il y 25 ans avec grosso modo moitié moins de prêtres... On peut aussi se demander quelle part nous pouvons prendre, nous chrétiens, dans une paroisse pour soutenir la mission et l'action des prêtres ? Quelle aide non seulement matérielle mais aussi spirituelle, morale, fraternelle ? Dans une période quelque peu difficile pour l'Eglise, comment la construire ensemble, humainement et fraternellement ?
Alors, en ce soir de Noël, ma pensée et ma prière vont bien sûr vers tous ceux qui sont éprouvés par le décès d'Emmanuel, mais aussi vers tant de prêtres qui vont célébrer Noël dans la joie de la Nativité. Que, passée la messe festive et joyeuse ce soir et demain, aucun ne se retrouve seul dans son presbytère. Que le Prince de la Paix que nous accueillons ce soir embrase nos cœurs et nous fasse œuvrer ensemble pour la paix et la fraternité.
Joyeuse fête de la Nativité !
*La Maison de la Paix, cette communauté inter Congrégations, voulue par Mgr Lalanne (alors évêque de Coutances) pour être "un lieu d’accueil et de propositions, un espace spirituel au service de l’éducation à la Paix et à la Réconciliation. Cela signifie qu’il ne s’agit pas seulement de regarder en arrière, mais de contribuer activement à bâtir la paix dans notre monde".
Je partage la peine et la douleur de la famille et des amis d'Emmanuel, des prêtres de ce diocèse. Je partage leur questionnement et leur respect, je comprends leur tentation de culpabilisation
Emmanuel, 50 ans, ordonné prêtre en 2005, curé de Sainte-Mère-Eglise, en charge des 24 clochers de 2 paroisses, responsable de la Maison de la Paix* s'est donné la mort.
Le suicide d'un prêtre est un événement rare a dit le vicaire épiscopal du diocèse de Coutances, un geste qui sidère encore plus quand il s'agit d'un prêtre, dit David. Pourquoi "encore plus" ? Parce qu'on a une haute idée du prêtre, un homme fort et solide, plein de foi en Dieu et donc qui ne se donne pas la mort. En soi ce n'est pas mal, mais n'en faisons pas un surhomme capable de tout voir, tout entendre, tout endurer. Il n'est qu'un homme comme les autres, avec un corps et un coeur, un corps fatigable (même s'il est jeune et en bonne santé) un cœur sensible. Leur mission les investit d'une lourde charge de travail, et les affronte aux situations douloureuses de la maladie, la souffrance, la mort, certainement plus que d'autres. Un prêtre, c'est fragile !
Un prêtre c'est rare, aussi, les statistiques ne cessent de nous le rappeler.
Rare et fragile, prenons-en soin. Emmanuel comme Pascal paraissaient heureux dans leur sacerdoce selon les témoignages des proches. Pourtant, comme souvent, on n'a rien vu venir, selon l'expression utilisée. L'un et l'autre se donnaient à fond à leur mission, leur apostolat qui les faisaient vivre, mais qui aussi les ont tués. On peut réfléchir au poids de la charge qui leur est confiée, certes on ne peut pas continuer de la même façon qu'il y 25 ans avec grosso modo moitié moins de prêtres... On peut aussi se demander quelle part nous pouvons prendre, nous chrétiens, dans une paroisse pour soutenir la mission et l'action des prêtres ? Quelle aide non seulement matérielle mais aussi spirituelle, morale, fraternelle ? Dans une période quelque peu difficile pour l'Eglise, comment la construire ensemble, humainement et fraternellement ?
Alors, en ce soir de Noël, ma pensée et ma prière vont bien sûr vers tous ceux qui sont éprouvés par le décès d'Emmanuel, mais aussi vers tant de prêtres qui vont célébrer Noël dans la joie de la Nativité. Que, passée la messe festive et joyeuse ce soir et demain, aucun ne se retrouve seul dans son presbytère. Que le Prince de la Paix que nous accueillons ce soir embrase nos cœurs et nous fasse œuvrer ensemble pour la paix et la fraternité.
Joyeuse fête de la Nativité !
*La Maison de la Paix, cette communauté inter Congrégations, voulue par Mgr Lalanne (alors évêque de Coutances) pour être "un lieu d’accueil et de propositions, un espace spirituel au service de l’éducation à la Paix et à la Réconciliation. Cela signifie qu’il ne s’agit pas seulement de regarder en arrière, mais de contribuer activement à bâtir la paix dans notre monde".
lundi 4 novembre 2013
"Putain de loi sur l'euthanasie !"
Ils discutent du sujet tous les deux, devant moi. Le sujet ? L'euthanasie.
Lui, plutôt d'accord. Peut-être parce que plus directement concerné et confronté à la question. Elle plutôt pas d'accord, un peu moins concernée, pas de la même façon en tout cas.
Ils ne sont pas d'accord et ont du mal à comprendre leurs positions respectives. Et moi au milieu... je crois que je les comprends tous les deux.
Mais moi, en plus j'ai la foi, chrétienne. Et ma foi me dit que Dieu seul est maître de la vie et de la mort, et que l'homme n'a aucun pouvoir dessus. Alors ça me gêne un peu parce que d'emblée nous ne sommes pas sur le même registre. Je ne leur assène pas cette vérité.
Et je n'ai rien à opposer à qui est au bout de la vie, sans plus aucune raison de vivre, sans force, sans goût, sans projet si ce n'est celui de fermer le livre de la vie.
Qui suis-je pour faire la leçon ? Même une leçon de foi. Qu'est-ce que j'ai comme argument à faire valoir en face de cette souffrance devant l'absurde ? Je me sens démunie et tellement partagée entre ma foi et la souffrance qui s'exprime.
"Et cette putain de loi sur l'euthanasie qui n'arrive pas. Elle existe dans d'autres pays, qu'est-ce qu'on attend en France ?"
J'ai du mal à le contrer tellement je comprends l'objection dans ce contexte.
Bien sûr j'ai lu les déclarations contre l'euthanasie, les dernières en particulier, du Cardinal Barbarin, la réflexion de Mgr Brouwet...
Bien sûr je n'ai pas vraiment envie de passer à l'acte et cela soulève des montagnes de questions, et c'est là que je la rejoins, elle, qui n'est pas d'accord.
Mais j'ai du mal à comprendre. Moi non plus je ne me sens aucun droit à forcer quelqu'un à vivre et qui est vraiment au bout. Facile de faire la leçon quand on est en bonne santé, et en forme. Oui, malgré ma foi je comprends cet appel au secours... et je n'ai pas de réponse.
Il faut dire qu'en plus on n'est pas aidés par un corps médical qui s'enferme dans un mutisme méprisant et anxiogène, par des administratifs d'ici et de là séquestrés dans leurs règlements bornés qui les dispensent de chercher à comprendre.
N'oublions pas aussi que le suicide des personnes âgées est plus fréquent qu'on ne veut bien le reconnaître. Encore plus tabou que le suicide des jeunes. Et c'est le taux le plus élevé pour la tranche d'âge concernée. Ça veut bien dire quelque chose, non ? Mais de ça on ne parle pas.
Oui, je sais, on va m'opposer l'accompagnement de fin de vie... alors là il y a de quoi faire !
Lui, plutôt d'accord. Peut-être parce que plus directement concerné et confronté à la question. Elle plutôt pas d'accord, un peu moins concernée, pas de la même façon en tout cas.
Ils ne sont pas d'accord et ont du mal à comprendre leurs positions respectives. Et moi au milieu... je crois que je les comprends tous les deux.
Mais moi, en plus j'ai la foi, chrétienne. Et ma foi me dit que Dieu seul est maître de la vie et de la mort, et que l'homme n'a aucun pouvoir dessus. Alors ça me gêne un peu parce que d'emblée nous ne sommes pas sur le même registre. Je ne leur assène pas cette vérité.
Et je n'ai rien à opposer à qui est au bout de la vie, sans plus aucune raison de vivre, sans force, sans goût, sans projet si ce n'est celui de fermer le livre de la vie.
Qui suis-je pour faire la leçon ? Même une leçon de foi. Qu'est-ce que j'ai comme argument à faire valoir en face de cette souffrance devant l'absurde ? Je me sens démunie et tellement partagée entre ma foi et la souffrance qui s'exprime."Et cette putain de loi sur l'euthanasie qui n'arrive pas. Elle existe dans d'autres pays, qu'est-ce qu'on attend en France ?"
J'ai du mal à le contrer tellement je comprends l'objection dans ce contexte.
Bien sûr j'ai lu les déclarations contre l'euthanasie, les dernières en particulier, du Cardinal Barbarin, la réflexion de Mgr Brouwet...
Bien sûr je n'ai pas vraiment envie de passer à l'acte et cela soulève des montagnes de questions, et c'est là que je la rejoins, elle, qui n'est pas d'accord.
Mais j'ai du mal à comprendre. Moi non plus je ne me sens aucun droit à forcer quelqu'un à vivre et qui est vraiment au bout. Facile de faire la leçon quand on est en bonne santé, et en forme. Oui, malgré ma foi je comprends cet appel au secours... et je n'ai pas de réponse.
Il faut dire qu'en plus on n'est pas aidés par un corps médical qui s'enferme dans un mutisme méprisant et anxiogène, par des administratifs d'ici et de là séquestrés dans leurs règlements bornés qui les dispensent de chercher à comprendre.
N'oublions pas aussi que le suicide des personnes âgées est plus fréquent qu'on ne veut bien le reconnaître. Encore plus tabou que le suicide des jeunes. Et c'est le taux le plus élevé pour la tranche d'âge concernée. Ça veut bien dire quelque chose, non ? Mais de ça on ne parle pas.
Oui, je sais, on va m'opposer l'accompagnement de fin de vie... alors là il y a de quoi faire !
samedi 4 mai 2013
Pourquoi tu m'as fermé la porte au nez ?
Il y avait un petit moment que je ne l'avais rencontrée et ce matin nos chemins se sont croisés, alors on a taillé une bavette sur le parking. Ça commence avec le basique : "Comment ça va ?" Sauf qu'elle a répondu : "Bof, pas trop bien..."
Toujours un brin souriante elle commence à parler de ses douleurs, partout, qui rendent la marche difficile, du moral bien bas. Je me souviens qu'elle a subi une opération et je me branche là-dessus. Mais je m'aperçois vite que j'ai dû louper un chaînon, elle ne parle pas de l'opération. Des allusions me mettent sur une autre piste : secouristes... pompiers... voisins... pourquoi ils ne m'ont pas laissée partir ? Ils auraient mieux fait de ne rien faire. Les secouristes ça ne devrait pas exister. Et puis : le Bon Dieu, on se demande ce qu'il fait ? Pourquoi il n'a pas voulu de moi ? Il m'a fermé la porte au nez et m'a renvoyée ici. Mais qu'est-ce que je fais ici ?
En effet j'avais zappé l'AVC, les voisins qui appellent les pompiers, le séjour à l'hôpital et le retour à la maison. Des douleurs de toutes sortes. Toute seule chez elle, parce que veuve et des enfants loin, très loin. Quelques amies quand même qui viennent faire une partie de cartes, mais les jours sont si longs quand on n'a plus de goût à rien et que les forces et les capacités déclinent. Et elle insiste : ils n'auraient pas dû... ils auraient dû me laisser partir.
Et là je me retrouve toute gauche et maladroite. Rien à répondre à ça. Et ce n'est pas le moment de se réfugier derrière des paroles faciles ou de prêcher. Juste continuer à l'écouter, l'encourager à retrouver ses amies de la belote,
Et combien d'autres ainsi ? Combien de personnes âgées (et même parfois pas très âgées), seules, sans plus de goût à la vie aspirent à "partir" ? Plus de projet, plus d'énergie, plus de raison de vivre. Après une vie bien remplie, l'envie de dire, à l'image du vieux Siméon, maintenant Seigneur ça suffit, laisse moi partir (Luc 2, 29).
Toujours un brin souriante elle commence à parler de ses douleurs, partout, qui rendent la marche difficile, du moral bien bas. Je me souviens qu'elle a subi une opération et je me branche là-dessus. Mais je m'aperçois vite que j'ai dû louper un chaînon, elle ne parle pas de l'opération. Des allusions me mettent sur une autre piste : secouristes... pompiers... voisins... pourquoi ils ne m'ont pas laissée partir ? Ils auraient mieux fait de ne rien faire. Les secouristes ça ne devrait pas exister. Et puis : le Bon Dieu, on se demande ce qu'il fait ? Pourquoi il n'a pas voulu de moi ? Il m'a fermé la porte au nez et m'a renvoyée ici. Mais qu'est-ce que je fais ici ?En effet j'avais zappé l'AVC, les voisins qui appellent les pompiers, le séjour à l'hôpital et le retour à la maison. Des douleurs de toutes sortes. Toute seule chez elle, parce que veuve et des enfants loin, très loin. Quelques amies quand même qui viennent faire une partie de cartes, mais les jours sont si longs quand on n'a plus de goût à rien et que les forces et les capacités déclinent. Et elle insiste : ils n'auraient pas dû... ils auraient dû me laisser partir.
Et là je me retrouve toute gauche et maladroite. Rien à répondre à ça. Et ce n'est pas le moment de se réfugier derrière des paroles faciles ou de prêcher. Juste continuer à l'écouter, l'encourager à retrouver ses amies de la belote,
Et combien d'autres ainsi ? Combien de personnes âgées (et même parfois pas très âgées), seules, sans plus de goût à la vie aspirent à "partir" ? Plus de projet, plus d'énergie, plus de raison de vivre. Après une vie bien remplie, l'envie de dire, à l'image du vieux Siméon, maintenant Seigneur ça suffit, laisse moi partir (Luc 2, 29).
vendredi 7 décembre 2012
Leur entrée dans la Vie comme un clin Dieu
Aujourd'hui nous avons conduit à sa dernière demeure, comme on dit, Sœur Jeanne, 88 ans, 69 ans de vie religieuse. Un âge respectable, une longue vie sous le signe du chant et de la musique.
Il est d'usage au début des célébrations des obsèques de faire un bref rappel de ce que fut la vie du défunt. A ce moment-là on est souvent très bon en calcul mental... et je n'ai pu m’empêcher de sourire en voyant les expressions de visage du tout jeune célébrant : née en 1924, entrée au noviciat en 1942, profession religieuse, professeur de musique toute sa vie dans le même établissement de 1948 à 1986... lui qui a l'âge d'être son petit fils, qui est façonné par une autre société où l'engagement dans la vie religieuse ou sacerdotale se fait plus tard, et dans un monde si mouvant.
Un peu impressionnant certes, mais pas exceptionnel pour autant.
Sœur Jeanne n'avait pas de famille pour l'entourer ce matin. Une sœur, âgée aussi et malade, empêchée de se déplacer, des neveux dispersés aux quatre coins de la France et de la planète, mais unis à nous tous, là autour d'elle. Nous ? Les Sœurs de la Congrégation bien sûr, mais aussi de vieux Fontenaisiens de souche, comme elle, et d'anciennes élèves. A 88 ans avoir encore des élèves pour se souvenir d'un prof d'il y a 50 ou 60 ans... elle a dû les marquer ces jeunes !
Mais ce qui me touche surtout aujourd'hui et qui donne un ton particulier à cette célébration c'est que Sœur Jeanne est la première à nous quitter depuis la fusion avec la Congrégation des Sacrés Cœurs et que cela arrive pile un an après (8 décembre 2011). Et ce même jour était enterrée une autre Sœur de la Congrégation, à Mauriac (Cantal), et avant-hier une troisième, à Coutances (Manche). Mauriac, Coutances, Fontenay : trois Congrégations accueillies par les Sœurs des Sacrés Cœurs, trois Sœurs originaires de ces Congrégations différentes, réunies dans une même Congrégation, et accueillies en même temps dans l'unique maison du Père au premier anniversaire de la dernière fusion. Comme un signe d'unité, une invitation forte, un encouragement à poursuivre le chemin commencé pour grandir et construire ensemble ce nouveau corps que nous formons, enrichi de l'apport des unes et des autres.
Marie-Thérèse, Marie-Marthe, Jeanne, votre départ, votre entrée dans la Vie comme un clin Dieu.
Il est d'usage au début des célébrations des obsèques de faire un bref rappel de ce que fut la vie du défunt. A ce moment-là on est souvent très bon en calcul mental... et je n'ai pu m’empêcher de sourire en voyant les expressions de visage du tout jeune célébrant : née en 1924, entrée au noviciat en 1942, profession religieuse, professeur de musique toute sa vie dans le même établissement de 1948 à 1986... lui qui a l'âge d'être son petit fils, qui est façonné par une autre société où l'engagement dans la vie religieuse ou sacerdotale se fait plus tard, et dans un monde si mouvant.
Un peu impressionnant certes, mais pas exceptionnel pour autant.
Sœur Jeanne n'avait pas de famille pour l'entourer ce matin. Une sœur, âgée aussi et malade, empêchée de se déplacer, des neveux dispersés aux quatre coins de la France et de la planète, mais unis à nous tous, là autour d'elle. Nous ? Les Sœurs de la Congrégation bien sûr, mais aussi de vieux Fontenaisiens de souche, comme elle, et d'anciennes élèves. A 88 ans avoir encore des élèves pour se souvenir d'un prof d'il y a 50 ou 60 ans... elle a dû les marquer ces jeunes !
Mais ce qui me touche surtout aujourd'hui et qui donne un ton particulier à cette célébration c'est que Sœur Jeanne est la première à nous quitter depuis la fusion avec la Congrégation des Sacrés Cœurs et que cela arrive pile un an après (8 décembre 2011). Et ce même jour était enterrée une autre Sœur de la Congrégation, à Mauriac (Cantal), et avant-hier une troisième, à Coutances (Manche). Mauriac, Coutances, Fontenay : trois Congrégations accueillies par les Sœurs des Sacrés Cœurs, trois Sœurs originaires de ces Congrégations différentes, réunies dans une même Congrégation, et accueillies en même temps dans l'unique maison du Père au premier anniversaire de la dernière fusion. Comme un signe d'unité, une invitation forte, un encouragement à poursuivre le chemin commencé pour grandir et construire ensemble ce nouveau corps que nous formons, enrichi de l'apport des unes et des autres.
Marie-Thérèse, Marie-Marthe, Jeanne, votre départ, votre entrée dans la Vie comme un clin Dieu.
mercredi 3 octobre 2012
C'étaient des enfants
Des enfants comme tous les autres, des enfants avides
d'apprendre, délurés, espiègles, déjà marqués comme les autres de cette époque
par le froid, la faim, la mort, la peur engendrés par la guerre. Mais ceux-là en plus ils
étaient juifs, marqués au fer rouge de l'étoile jaune.
Pour ce 70e anniversaire de la rafle du Vel'
d'Hiv' une exposition leur est consacrée à l'Hôtel de Ville de Paris. En mémoire
de ces milliers d'enfants déportés et exterminés, mais aussi de ceux qui en reviendront comme on dit, et de ceux qui au risque de leur vie ont
caché et élevé des enfants juifs. Et pour ces derniers la vie après... ou comment
survivre après un tel drame ?
Les enfants comme
sujets de cette histoire, selon la formule de Serge Klarsfled, ou l'histoire
du point de vue des enfants.
Avec pédagogie l'expo suit un parcours assez chronologique et par thèmes :
identification et exclusion - arrestation et déportation - solidarité et
sauvetage - survivre et grandir. La plupart des documents viennent du Mémorial
de la Shoah : lettres, photos, dessins, témoignages, registres, documents
officiels, jouets, vêtements avec l'étoile jaune, et couvrent
non seulement la période de l’Occupation mais également l’immédiat après-guerre où les difficultés demeurent pour les enfants juifs.
Impressionnant silence qui accompagne la visite.
Ce vieil homme, sur un banc, au milieu de la salle, menton dans la main, regard ailleurs, perdu dans l'au-delà du temps et de l'histoire, les yeux trop humides... Il
n'est pas là, il n'est plus là... où est-il ? avec qui ?... Comme ces gens revenus des camps et qui n'en ont jamais parlé, mais à vie sans cesse hantés par ce qu'ils ont vu et vécu.
Et dans la salle à côté ce poème lu en boucle par une voix
de femme, lancinant :
Mon père est mort, ma mère est morte
Morts la plupart de nos frères,
Mortes la plupart de nos sœurs
Et moi qui me croyais si forte
Sans volonté je marche, j'erre
Pendant que gémis mon cœur.
Je voudrais hurler sur les toits
Toute ma haine, comme un écho,
De mon âme qui pleure.
Morts... morts... morts répète ma voix.
Je voudrais crier tout haut
Pendant que gémis mon cœur.
La rage dans mon âme vibre,
J'ai tout perdu : l'amour, la foi.
Moi, qui à toutes ces horreurs
Ai échappé, enfin libre.
Je travaille... mais sans joie,
Pendant que gémis mon cœur.
Ils sont tous morts ! Ils sont tous morts !
Me laissant une lourde tâche
Pour que survive un monde meilleur
J'ai fait un très grand effort.
Je travaille sans relâche
Pendant que gémis mon cœur.
Ce poème est également sur un mur, je l'ai recopié
intégralement, tel quel. "Pendant que gémis mon cœur" a été publié en
1946 dans "Lendemains".
Une exposition pas comme les autres.
Pas seulement un voyage
dans l'histoire mais une expo en forme de Mémoire. Afin que l'on se souvienne
et que jamais cette Histoire ne se reproduise.
Elle est visible jusqu'au 27 octobre 2012, à l'Hôtel de Ville
de Paris. Une visite-mémoire à ne pas manquer.
vendredi 10 février 2012
Il fait si bon vieillir
Hier Stéphane a mis une vidéo sur son scoop.it!
Souvent j'apprécie ses trouvailles
et je rescoop assez vite sur mon scoop.it! , voire sur mon profil Facebook.
Mais cette fois je n'ai pas rescoopé sa vidéo et elle me hante depuis hier.
Je voulais la faire partager, mais pas comme ça, pas sans ajouter un mot.
Elle dérange trop ! Elle est trop dure !
Bon, OK il faut la remettre dans son contexte,
c'était dans le cadre du concours des plaidoiries des lycéens, au Mémorial de Caen,
et Alma a reçu le premier prix.
Mais comment comprendre son intervention ?
Comment la recevoir ? Comment y réagir ?
Accueillir ce regard douloureux d'une jeune sur nos comportements sociétaux,
se dire que c'est vrai, mais que c'est quand même exagéré...
Enfin non, c'est pas comme ça dans l'établissement que je connais...
Ailleurs alors ?... pas si loin peut-être ?...
Et puis ce n'est pas que les maisons de retraite qui sont en cause,
mais aussi le regard de la société (donc le nôtre ? le mien ?) sur ces lieux et ces personnes.
Horrible claque pour ceux qui s'y reconnaîtront...
Horrible claque pour ceux qui songent à la maison de retraite pour l'un de leurs proches.
Et elle a eu le premier prix... ça veut dire quoi ?... Ça récompense quoi ?...
Et ça me hante. Je la mets ? Je la mets pas ?
Oui, quand même la partager, pour son témoignage, pour le cri d'une jeune.
Mais dire aussi que c'est un condensé de situations.
Oui c'est un condensé. Pas tout ça dans la même maison.
Situation insoutenable.
Voilà, je vous la laisse quand même. Osez aller jusqu'au bout, même si ça paraît un peu long.
Il fait si bon vieillir...(Alma Adilon-Lonardoni, sur la dignité des personnes âgées) par MEMORIAL de CAEN
Souvent j'apprécie ses trouvailles
et je rescoop assez vite sur mon scoop.it! , voire sur mon profil Facebook.
Mais cette fois je n'ai pas rescoopé sa vidéo et elle me hante depuis hier.
Je voulais la faire partager, mais pas comme ça, pas sans ajouter un mot.
Elle dérange trop ! Elle est trop dure !
Bon, OK il faut la remettre dans son contexte,
c'était dans le cadre du concours des plaidoiries des lycéens, au Mémorial de Caen,
et Alma a reçu le premier prix.
Mais comment comprendre son intervention ?
Comment la recevoir ? Comment y réagir ?
Accueillir ce regard douloureux d'une jeune sur nos comportements sociétaux,
se dire que c'est vrai, mais que c'est quand même exagéré...
Enfin non, c'est pas comme ça dans l'établissement que je connais...
Ailleurs alors ?... pas si loin peut-être ?...
Et puis ce n'est pas que les maisons de retraite qui sont en cause,
mais aussi le regard de la société (donc le nôtre ? le mien ?) sur ces lieux et ces personnes.
Horrible claque pour ceux qui s'y reconnaîtront...
Horrible claque pour ceux qui songent à la maison de retraite pour l'un de leurs proches.
Et elle a eu le premier prix... ça veut dire quoi ?... Ça récompense quoi ?...
Et ça me hante. Je la mets ? Je la mets pas ?
Oui, quand même la partager, pour son témoignage, pour le cri d'une jeune.
Mais dire aussi que c'est un condensé de situations.
Oui c'est un condensé. Pas tout ça dans la même maison.
Situation insoutenable.
Voilà, je vous la laisse quand même. Osez aller jusqu'au bout, même si ça paraît un peu long.
Il fait si bon vieillir...(Alma Adilon-Lonardoni, sur la dignité des personnes âgées) par MEMORIAL de CAEN
dimanche 13 novembre 2011
Gentil, tout simplement
Aujourd'hui, 3e journée de la gentillesse. Et ça tombe vraiment bien comme date, tout au moins pour les besoins de ce blog. Depuis le décès de Pascal, je me demandais comment j'allais passer à d'autres sujets sans être brusque, quelle transition allais-je trouver ? Et bien voilà, juste un mot à la charnière et pour faire le passage : GENTILLESSE. Comme pour ouvrir une porte et continuer. Encore un clin d’œil de sa part ? En effet de nombreux témoignages ont repris ce mot pour parler de Pascal : GENTIL.
C'est quoi la gentillesse ? Quelques idées toutes faites de ringardise, naïveté, faiblesse. Donc pas des valeurs sûres pour notre temps. Et pourtant si c'est la 3e journée, donc 3e année, ça veut dire que ça correspond à quelque chose et que ça marche un peu.
C'est quoi la gentillesse ? Quelques idées toutes faites de ringardise, naïveté, faiblesse. Donc pas des valeurs sûres pour notre temps. Et pourtant si c'est la 3e journée, donc 3e année, ça veut dire que ça correspond à quelque chose et que ça marche un peu.
jeudi 10 novembre 2011
Merci Pascal... Repose en paix !
Après un billet timide, où j'avançais à pas feutrés, partagée entre la discrétion à l'égard de Pascal et de sa Maman et le besoin de parler, où je m'étais réfugiée derrière un titre de billet un peu vague et pas trop provocateur, j'ai été impressionnée par ce qui s'est passé ensuite sur la toile.D'abord la nouvelle s'est répandue très vite puis les témoignages ont afflué de toutes parts. Son mur Facebook est devenu le lieu de rencontre et d'expression. Témoignages d'amitié, souvenirs de moments vécus ensemble, d'engagements de Pascal auprès des petits, des isolés. Tous ces messages sont unanimes pour parler de son sourire, sa gentillesse, son esprit de "rassembleur", son bonheur de servir, bonheur d'être prêtre.
Reprise de contact pour certains : on s'était un peu perdus de vue... on ne s'écrivait pas souvent... mais je me souviens...
Beaucoup de questions face à l'incompréhensible.
Des gens, des jeunes surtout, des jeunes prêtres ébranlés.
Beaucoup d'attention et de délicatesse pour la Maman de Pascal, des paroles chaleureuses et filiales.
C'est comme un barrage qui craque et laisse l'eau couler à plein flots sans que rien ne puisse plus la contenir. Parole libérée.
Des blogueurs chevronnés sont venus ajouter un commentaire fraternel et ont relayé le message. David a écrit un superbe poème, subtilement baptisé Hymne pascal. A deux reprises Koz a eu une attention délicate pour les prêtres nous invitant à cette même attention (les commentaires de Koz c'est ici et là aussi).Ce matin il y avait une messe à Fontenay, en mémoire de Pascal et à l'intention de sa Maman, à peu près en même temps que la célébration des obsèques à St André de l'Eure. Ils étaient nombreux les Fontenaisiens à venir prier pour un de leurs enfants : un ami, un copain de leurs enfants, un ancien élève...
Impressionnés par ce mouvement de sympathie sur internet nous avons repris tous ces témoignages pour les partager à l'assemblée : au début l'hymne pascal de David et après l'homélie les différents témoignages recueillis sur Facebook ou des commentaires de blog. On peut les retrouver sur le site de la paroisse de Fontenay.
Aujourd'hui je pourrais nuancer le titre de mon dernier billet. Nuancer un peu... Oui, des amis se sont manifestés depuis 4 jours, même si tous sont consternés : comment n'ai-je rien vu ? Oui, aujourd'hui la toile a été un lieu de rencontre, d'expression et de partage, et pas que virtuel. Hier et aujourd'hui il s'est passé quelque chose sur le net. Les clics et les échanges de liens en sont les témoins. Un tel flux est rare à ce point sur un tel sujet (dixit un grand blogueur devant l’Éternel !), et pas pour dire des bêtises !
Pascal ? c'est toi qui es à l'origine de tout ça ?...
Pascal, que Celui que tu as choisi de suivre dans le sacerdoce et la vie religieuse
t’accueille et te donne sa Paix.
lundi 7 novembre 2011
205 amis... et seul...
Quand j'ai appris son décès j'ai eu l'impression que le ciel me tombait sur la tête. Non, pas lui ! C'est pas possible ! Il y a moins d'une semaine nous étions ensemble à la messe, il concélébrait, nous nous sommes donné la Paix, il avait un beau sourire... A la fin de la messe il a salué des amis. A défaut de lui parler davantage j'ai laissé un post sur son mur Facebook : Bon séjour au pays ! Lui, souriant, jovial, gentil, toujours de bonne humeur, heureux de et dans son sacerdoce, attentif à l'autre, surtout le pauvre et le petit.
Il ne laisse ni femme ni enfant certes, mais une vieille maman anéantie et des centaines de frères en Jésus-Christ, qu'il a aimés, qui l'ont aimé et qui pourtant n'ont rien vu venir.
Son mur Facebook était plein de posts, de commentaires, vivant, plein de photos de ce qu'il vivait et partageait. Ça respirait le bonheur et la joie de vivre. Le bonheur de l'engagement à la suite de son Seigneur, au service des autres, des plus démunis en particulier, il se battait contre la solitude, celle dans laquelle les autres étaient enfermés. Et pourtant...
Il restera présent à ses amis, on priera pour lui, jeudi prochain particulièrement, jour de ses obsèques, on priera pour sa Maman aussi. Je pense à elle, et je pense aussi à ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui à l'école, au lycée, au séminaire... Quelques jeunes prêtres de sa génération, ordonnés autour des mêmes années. Ses frères en religion... Une fois encore nous voilà face au mystère de la vie et de la mort, mystère de la personne, secret des âmes.
Et cela me fait penser à ce qui se dit et se vit dans notre Église aujourd'hui, et la cible privilégiée que sont les prêtres. En bien comme en mal d'ailleurs. Est-ce qu'on n'est pas en train de leur mettre la pression ? On n'arrête pas de dire qu'ils sont peu nombreux, souvent âgés, surchargés... et on ne cesse de les solliciter, leur demander davantage, et mieux. Et ils ont leurs défauts, bien sûr, normal. Et ils ne sont pas meilleurs que nous, bien sûr, normal, ils ne sont que des hommes, pas encore des saints.Quand on a la chance d'avoir des ordinations de diacres (en vue du sacerdoce) ou de prêtres on est tellement heureux de l'événement, la fête est si grande qu'on les met au pinacle et, sans le vouloir, on leur met la pression, on les écrase en attendant d'eux trop et trop tôt. Nous sommes responsables de nos (jeunes) prêtres... et c'est pas facile aujourd'hui de tout concilier !...
Des prêtres jeunes, heureux et bien dans leur peau, il en existe, j'en ai rencontré, et il y en a même quelques uns qui viennent d'en faire un bouquin Ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux.
Il y a aussi l'effet prêtres avec les trois chanteurs qui font un tabac.
Et puis, en ce moment-même, sur des blogs cathos autour de la déclaration du cardinal Gianfranco Ravasi à propos des homélies entre autres, ça discute dur sur ces fameuses homélies. Un petit tour par ici donnera un aperçu. Mais on ne va quand même pas en faire un fromage de ces homélies quand on réalise que ça fait 8 à 10 mn dans une messe ! Quand même un peu ridicule ! Excusez-moi les amis, je ne méprise pas vos homélies, ni le temps que vous passez à les préparer, et je sais les apprécier car ça arrive quand même souvent, mais ce n'est pas l'essentiel de notre foi et de notre religion ! 10 mn une fois par semaine !
Vous, jeunes, prêtres, heureux… restez-le.
Et nous, avec vous, quelle responsabilité pour vous aider à être et rester jeunes, prêtres et heureux.
Bon je me suis un peu égarée... je n'ai pas justifié le titre de ce billet. Oui, il avait 205 amis sur Facebook et il a choisi de mettre fin à l'aventure de sa vie. 205 amis (et j'en suis) qui sont restés aveugles et impuissants pour l'aider à surmonter ce qui, pour lui, était devenu insurmontable.
205 amis... et seul...
mercredi 3 août 2011
David
Il avait 11 ans, plein de vie, espiègle, téméraire, curieux, un peu désobéissant... un gamin de 11 ans quoi.
Il était un parc et un immeuble désaffectés, quelque peu laissés à l'abandon et de ce fait devenus sournoisement dangereux. Surtout la maison. Ça ne se voyait pas trop comme ça, vu d'un peu loin ou d'un œil innocent. Pourtant les murs se fissuraient, la charpente semblait plus fragile et les planchers pourrissaient.
Mais on le sait bien, les enfants ne voient pas le danger, surtout quand il est sournois. L'étrangeté du lieu était suffisante pour attirer des enfants intrépides, avides d'aventure, même s'ils savaient que c'était défendu. Surtout qu'on pouvait pénétrer dans la propriété par une belle brèche dans le mur. Juste une petite escalade et on est dans le parc.
Il était un parc et un immeuble désaffectés, quelque peu laissés à l'abandon et de ce fait devenus sournoisement dangereux. Surtout la maison. Ça ne se voyait pas trop comme ça, vu d'un peu loin ou d'un œil innocent. Pourtant les murs se fissuraient, la charpente semblait plus fragile et les planchers pourrissaient.
Mais on le sait bien, les enfants ne voient pas le danger, surtout quand il est sournois. L'étrangeté du lieu était suffisante pour attirer des enfants intrépides, avides d'aventure, même s'ils savaient que c'était défendu. Surtout qu'on pouvait pénétrer dans la propriété par une belle brèche dans le mur. Juste une petite escalade et on est dans le parc.
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