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mercredi 19 juin 2013

Un Dieu de tendresse vous attend !

Telle était l'invitation pour la fête du Sacré-Cœur, fête de la Congrégation. Invitation large, ouverte à qui veut venir et pas seulement pour les Sœurs. Temps de partage, de détente, de réflexion (un peu), de témoignages. Tendresse de Dieu vécue au quotidien, dans différentes situations... et j'en retiens deux.

Pour Daniel, aumônier d'hôpital, faire signe de la tendresse de Dieu ça ne se fait pas tout seul, mais en équipe, en Église. Chacun dans son rôle, doit trouver sa place dans l'équipe, et ce n'est pas toujours simple. Et chacun dans son action engage l'aumônerie tout entière. Ensemble et en Église. Cela donne lieu à des partages, des relectures.
Dans cette démarche d'accompagnement en milieu hospitalier le facteur temps est particulièrement important, aussi bien pour le visiteur que pour le visité. S'ajuster au temps de l’autre, trouver le moment juste pour rencontrer les personnes quand elles sont malades, fatiguées. Et le moment juste n'est pas le même pour tous. Le temps qu'il faut pour rencontrer l'autre, pour qu'il réalise ce qu'on lui dit, le temps d'entrer en relation, le temps pour qu'il dise.... pour qu'il se dise.
Et avec le temps, la compassion... mot délicat à utiliser. Trouver la juste attitude en étant avec mais à côté, jamais à la place. Pauvreté de nos moyens, de notre impuissance.

Pour Jeanne-Marie, responsable d'une communauté de Sœurs âgées (moyenne d’âge 87 ans) c'est chaque jour que se manifeste la tendresse de Dieu. Tout d'abord ces communautés de Sœurs âgées disent la sollicitude de la Congrégation qui nous accueille. Congrégation qui s'est engagée à nous soutenir toute notre vie lorsque nous l'avons choisie pour y vivre à la suite du Christ. Un peu comme des époux se promettent fidélité et soutien pour toute la vie, dans la santé et la maladie. Tendresse institutionnelle, tendresse réelle.
La vie fraternelle au quotidien est expression de notre engagement dit-elle... et ce n'est pas facile. La difficulté... c'est qu'il y a les autres... et il y a moi. Et pourtant la vie fraternelle s'exprime à travers une multitude de petits gestes, d'attentions au quotidien. Dans une belle énumération poétique, Jeanne-Marie donne de ces exemples d'entraide, signes de la tendresse de Dieu au quotidien dans nos vies humaines.
Tes jambes se dérobent... prends mon mon bras, je t'accompagnerai.
Tu ne sais plus bien quand c'est l'heure d'aller à la prière ou au repas, je passerai te chercher.
Tes yeux sont brouillés et tu ne peux plus lire ta Bible ni le journal, je t'en ferai la lecture, chaque jour un peu.
Tu te sens maladroite parce que la maladie te fait trembler, je te prêterai mes mains pour saisir ce qu'il te faut. [...]

Ne suffirait-il pas d'ouvrir les yeux pour reconnaître des signes de cette tendresse qui passe tout simplement par la qualité de nos relations humaines ? Et si la tendresse de Dieu n'était autre que la tendresse des hommes pour leurs frères ?

samedi 4 mai 2013

Pourquoi tu m'as fermé la porte au nez ?

Il y avait un petit moment que je ne l'avais rencontrée et ce matin nos chemins se sont croisés, alors on a taillé une bavette sur le parking. Ça commence avec le basique : "Comment ça va ?"  Sauf qu'elle a répondu : "Bof, pas trop bien..."

Toujours un brin souriante elle commence à parler de ses douleurs, partout, qui rendent la marche difficile, du moral bien bas. Je me souviens qu'elle a subi une opération et je me branche là-dessus. Mais je m'aperçois vite que j'ai dû louper un chaînon, elle ne parle pas de l'opération. Des allusions me mettent sur une autre piste : secouristes... pompiers... voisins... pourquoi ils ne m'ont pas laissée partir ? Ils auraient mieux fait de ne rien faire. Les secouristes ça ne devrait pas exister. Et puis : le Bon Dieu, on se demande ce qu'il fait ? Pourquoi il n'a pas voulu de moi ? Il m'a fermé la porte au nez et m'a renvoyée ici. Mais qu'est-ce que je fais ici ?
En effet j'avais zappé l'AVC, les voisins qui appellent les pompiers, le séjour à l'hôpital et le retour à la maison. Des douleurs de toutes sortes. Toute seule chez elle, parce que veuve et des enfants loin, très loin. Quelques amies quand même qui viennent faire une partie de cartes, mais les jours sont si longs quand on n'a plus de goût à rien et que les forces et les capacités déclinent. Et elle insiste : ils n'auraient pas dû... ils auraient dû me laisser partir.

Et là je me retrouve toute gauche et maladroite. Rien à répondre à ça. Et ce n'est pas le moment de se réfugier derrière des paroles faciles ou de prêcher. Juste continuer à l'écouter, l'encourager à retrouver ses amies de la belote,  

Et combien d'autres ainsi ? Combien de personnes âgées (et même parfois pas très âgées), seules, sans plus de goût à la vie aspirent à "partir" ? Plus de projet, plus d'énergie, plus de raison de vivre. Après une vie bien remplie, l'envie de dire, à l'image du vieux Siméon, maintenant Seigneur ça suffit, laisse moi partir (Luc 2, 29).