lundi 19 mai 2014

S'il vous plaît, dites Merci après

Dans une première vie mon Papa et ma Maman m'ont appris à assortir d'un S'il te plaît  toute demande, la plus petite soit-elle. C'est d'ailleurs aussi ce que je vois faire chez mes neveux et autres jeunes parents avec leurs enfants. Et bien sûr après il y a Merci.

Puis dans une deuxième vie j'ai vu fleurir de froids Prière de... à l'attention de n'importe quel quidam de passage. Et là c'est clairement un ordre, et pas de merci si on obtempère. Prière de fermer la porte... Prière de ne pas marcher sur la pelouse...
Bon, admettons, une formule froide et impersonnelle qui s'adresse à tout le monde et n'importe qui, ça passe.

Depuis un certain temps on est passé à Merci de...  Ça  a l'avantage d'avoir l'air poli dans la demande et de dispenser de l'antique S'il vous plaît et Merci en retour.
Tiens, mon voisin Leclerc
a changé la formule
Que Merci de... remplace Prière de... pour la pelouse de la mairie, je veux bien, mais quand Merci de... devient un ordre qui dispense de S'il te plaît avant et de Merci  après (ce n'est plus la peine, on l'a déjà dit) alors là ça commence vraiment à me chauffer ! Allez donc savoir pourquoi, la formule m'agresse. C'est comme un ordre tout nu, sans ses jolis atours de S'il te plaît et Merci. Ben oui, je suis comme ça.

S'il vous plaît, dites Merci après seulement... ;)




mardi 6 mai 2014

Pleure, ô mon coeur

La souffrance est un grand mystère...
Aucune échelle ne la peut mesurer...
Aucun être vivant ne la peut comparer à une autre...
La tienne t'appartient,
la mienne est mienne.
La partager est une utopie
Et pourtant j'en ressens quelque chose.
Oser te dire "Je te comprends"
Oser "Je partage ta souffrance"
me paraît incongru, indécent
et pourtant tu me remercies de ma compassion.
Oser te dire "Je prie pour toi"
te réconforte réellement
et ne me dédouane d'aucun accompagnement.
Pleure ton coeur
tandis que tes yeux demeurent souriants.
Et soudain la souffrance prend forme de croix
et tu y consens.
Alors laisse-la aller jusqu'au troisième jour,
laisse-la éclater en Résurrection,
en vie nouvelle.
Pardon de te dire ça...
(serais-je capable de l'accueillir moi-même ?)
mais ta foi et ton espérance
sont à cette mesure,
je sais, j'ai vu, j'ai entendu.
Pleure, mon cœur,
Pleure en paix ô ton cœur.

vendredi 11 avril 2014

A propos du décès de Dominique Baudis

Quand j'ai appris son décès, hier via Twitter, je n'ai pas d'abord pensé à l'homme politique, au journaliste, au défenseur des droits... Non, spontanément m'est revenu à l'esprit le souvenir de la calomnie dont il a été victime et dont il s'est relevé. Et comme si la calomnie ne suffisait pas il a fallu qu'elle fasse les choux gras des médias du moment. Il a fait face, il s'est battu pour prouver son innocence. Il aurait pu capituler, d'ailleurs n'y a-t-il pas un peu songé quand il dit : "C'est la rage et les bouffées de colère qui m'aident à tenir. Si j'avais mis fin à mes jours, on l'aurait traduit comme un aveu de culpabilité." Il s'en est sorti, comme on dit, innocenté, digne, mais meurtri et blessé à vie. On ne sort pas indemne de ce genre de combat. Sa douloureuse expérience de la calomnie, du non respect de la présomption d’innocence ont marqué sa vie, "un tournant dans ma vie" dit-il, elles ont probablement aussi eu un impact dans sa fonction de défenseur des droits.

Les médias lui rendent hommage aujourd'hui... c'est peut-être la moindre des choses.

Dominique Baudis était un personnage public, mais combien d'autres dans l'ombre sont également victimes de la rumeur, d'informations non vérifiées, parce qu'on est à l'affût de l'insolite, du croustillant, du buzz, pour être le premier à diffuser LE scoop. Effet réseaux sociaux, effet nouveaux modes de communication qui se propagent à une allure que nous sommes incapables de maîtriser. Et parfois ça fait mal, très mal. Et parce que la rumeur, quand elle a commencé, elle enfle et on ne la maîtrise pas. Que la disparition de cet homme et le souvenir de son combat nous invitent à la vigilance dans nos paroles et nos écrits, et en particulier quand ils sont sur la place publique. 




jeudi 20 mars 2014

Morts de la rue : 453

Morts de la rue (et non dans la rue, même si c'est vrai aussi). Mort de la rue, comme on dit mort d'un cancer ou mort de la tuberculose. C'est la rue qui tue, qui est cause de la mort.

Je suis toujours impressionnée quand je vois ces pages couvertes de noms dans La Croix, comme une succession d'avis d'obsèques. Sauf que là il n'y a pas de famille pour faire part. Souvent un prénom, un nom, un âge, une date et un lieu, plus ou moins précis, de décès. Des hommes, des femmes, des enfants...

Valérie Rouvrais, 45 ans, est morte le 8 septembre 2013 à Clichy.

Parfois, et trop souvent quand même, des approximations d'identité, voire carrément de l'anonymat :

M., 23 ans est mort en février 2013 à Mulhouse.
Jean est mort en janvier ou février 2013 à Caen.
Un homme est mort le 15 mars 2013 sur le parvis de l'église du port à Nice.
Deux hommes dont nous ne connaissons pas le nom sont morts en 2013 à Caen.
Un homme pouvant être Dominique Ribaillier a été retrouvé longtemps après sa mort le 5 avril 2013 sous une tente, sur un quai parisien, à Paris 8e.
Un enfant, 3 à 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l’Aumône.
Un deuxième enfant, 3 à 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l'Aumône.
Un troisième enfant, 8 ans, est mort le 22 juin à Saint-Ouen-l'Aumône.
Un quatrième enfant est mort le 27 juin 2013 à  Saint-Ouen-l'Aumône.

Trois pleines pages de noms de personnes décédées, seules, sous un pont, sur le seuil d'une église, dans le métro. 453 ont été recensées pour 2013 et la liste n'est pas exhaustive. Moyenne d'âge 50 ans nous dit-on. Bien sûr une moyenne, donc il y a beaucoup plus âgé, et beaucoup plus jeune. 50 ans... quand l’espérance de vie aujourd'hui en France est de 80 ans.

Il y a quelques années, à l'occasion d'un séjour à La Rochelle, nous avions rencontré Murielle qui faisait régulièrement la manche à l'entrée d'un magasin. Gérard bavardait avec elle tandis que nous faisions les courses, et il l'avait prise en affection. Souvent, après, il nous reparlait d'elle, se demandant ce qu'elle était devenue, jusqu'au jour où il a vu son nom dans La Croix : Murielle, 52 ans, est morte à La Rochelle.

Chaque année La Croix leur rend hommage à sa façon en leur offrant ce faire-part dans ses pages. Signe d'une dernière attention à défaut de reconnaissance. C'était dans le numéro du 11 mars annonçant en même temps l'hommage public qui serait rendu à Paris le 18 mars, à l'initiative du collectif  Les Morts de la rue.
En ce mardi matin, le journal sur les genoux, je prenais dans ma prière tous ces noms, ou ces sans nom, sans visage, espérant qu'ils reposent en paix. Une façon de m'associer à la cérémonie du souvenir à Paris.


La liste des Morts de La Rue 2013 by LaCroixcom

mardi 18 mars 2014

Cathorelais

Un prêtre du diocèse du Mans me demande si j'accepterais que mon blog soit le relais de ses enquêtes... Le Père Renaud Laby achève un Master 2 en Sciences Sociales des Religions à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, à Paris.

Pour mener à bien son mémoire qui porte sur une sociologie des sites Web paroissiaux et diocésains il propose deux enquêtes, pour croyants et non-croyants. Je réponds volontiers à sa demande... ne manquez pas d'y répondre vous aussi... Merci. 

Chers amis internautes,

Sociologue des religions, je mène une étude universitaire sur les sites Web institutionnels catholiques et j’ai un réel besoin de connaître les personnes « cibles » de ces sites. Accepteriez-vous de répondre à l’une des deux enquêtes qui suivent que vous soyez ou non usager de ces sites, que vous soyez ou non catholique ? Elles sont uniquement constituées de questions fermées, vous n’aurez rien à rédiger. Il ne s’agit pas d’un simple sondage d’opinion mais d’une enquête approfondie sur vos pratiques en ligne, c’est pourquoi y répondre requiert d’y consacrer un peu de temps. Merci d’avance pour votre contribution à cette étude scientifique.


Père Renaud Laby, diocèse du Mans, Ecole Pratique des Hautes Etudes.

Si vous êtes catholique pratiquant ou non-pratiquant, cliquez ici :
https://fr.surveymonkey.com/s/internautescathos
Temps pour répondre à l’enquête estimé à 20 minutes.
N’oubliez pas de cliquer sur l’icône « J’enregistre mes réponses » à la fin du questionnaire.

Si vous êtes non-croyant et/ou en recherche, cliquez ici :
https://fr.surveymonkey.com/s/internautesnoncroyants
Temps pour répondre à l’enquête estimé à 10 minutes.
N’oubliez pas de cliquer sur l’icône « J’enregistre mes réponses » à la fin du questionnaire.

Bien cordialement,

Père Renaud Laby
Prêtre du diocèse du Mans
Master 2 EPHE

mardi 4 mars 2014

Je veux être heureuse pendant le Carême

Ça a commencé comme ça. Au début du repas elle nous a dit avec un beau sourire : "Je trouve que les textes d'aujourd'hui nous préparent bien au Carême... Je ne sais pas si c'est toujours comme ça, je ne me souviens pas, mais aujourd'hui je trouve que ça tombe bien ". Et moi, avec mon esprit so cartésien de lui répondre : pas sûr, parce que le dimanche qui précède le mercredi des Cendres n'est pas toujours le 8e du temps ordinaire. J'oubliais par là que la Parole de Dieu nous parle toujours au creux de nos attentes, de nos disponibilités latentes et pas en fonction d'un calendrier, fut-il liturgique.

Et elle a continué : j'aime bien le Carême, plus que l'Avent. Il y a plein de propositions, d'occasions de prière, d'échanges, de partages... Et puis on a le temps... l'Avent ça passe trop vite ! Heureuse parce que Jésus nous veut heureux... et puis il y a Pâques au bout.

Surprenante, inattendue réflexion que j'ai trouvée magnifique malgré ma réponse un peu lourde. Le Carême qui évoque plus effort, renoncement, pénitence, abstinence, enfin plein de choses pas très agréables, avec des mots gris, et qu'on n'est peut-être pas porté à faire spontanément. Je trouve merveilleux d'aborder ce temps fort de vie liturgique et en Eglise dans cette disposition d'y trouver le bonheur.
Ïmage CCFD - Carême 2014

Et comme le Carême, et même Pâques, n'est pas le bout, elle a repris : Je veux être heureuse pendant le Carême... et jusqu'au bout de ma vie.

Non ce n'est pas un détournement, ce n'est pas incompatible avec l'esprit de conversion propre au Carême. Elle a raison Germaine de partir de ce pied et elle nous entraîne.

Ami lecteur je te souhaite de trouver le bonheur sur ta route de Carême et de marche vers Pâques.




Et pour nous aider il y a plein de pistes, internet est d'une grande richesse, avec des sites et des propositions de valeur. Quelques éléments :
- Message du Pape François pour ce Carême 2014
- La paroisse St Hilaire de Fontenay offre un riche programme
- La paroisse d'à côté, Sainte Marie en Plaine et Marais, propose une méditation chaque jour, envoyée dans la boîte mail des inscrits
- Le site de l'Eglise de France
- Les Dominicains de Lille avec le Carême dans la ville
- "Le Carême, chemin de foi" sur une proposition du CCFD-Terre solidaire

liste non exhaustive... 

Et puis il y a aussi les blogs de mes amis, qui parlent bien aussi du Carême : François et Corine. A suivre...




samedi 8 février 2014

Dimanche de la santé et Journée Mondiale des Malades

Après la journée de la vie consacrée et le dimanche des vocations, voici le dimanche de la santé et la journée mondiale des malades. Là aussi, ne pas confondre, même si ça se ressemble bien et si beaucoup ne font pas la différence ! Je me fais gentiment reprendre par le diacre de la paroisse responsable du SEM (Service Évangélique des Malades) chaque fois que j'emploie une expression pour l'autre.

La Journée Mondiale des Malades date de 1992, instituée par Jean-Paul II et qu'il a fixée chaque année au 11 février, jour anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Bernadette à Lourdes. Lourdes haut lieu de prière, de guérisons et de miracles.

La Journée Mondiale des Malades porte une attention toute particulière aux personnes éprouvées dans leur santé, avec un message du Pape chaque année. Ainsi s'exprimait Benoît XVI le 11 février 2007 pour la 15e journée : "Et c'est précisément à nos frères particulièrement éprouvés que la Journée mondiale des Malades d'aujourd'hui consacre son attention. C'est à eux que nous voudrions communiquer la proximité matérielle et spirituelle de la communauté chrétienne tout entière. Il est important de ne pas les laisser dans l'abandon et dans la solitude, alors qu'ils doivent affronter un moment aussi délicat de leur vie." 

Plus récent le dimanche de la santé s'est développé progressivement à l'initiative de quelques diocèses du Nord de la France (Lille, Arras, Cambrai) et s'est généralisé à partir du jubilé de l'an 2000. Il est désormais célébré dans quasiment tous les diocèses le dimanche le plus proche du 11 février. Cette année le 9 février, avec pour thème la confiance : Sur un chemin de confiance.

Confiance. Un mot tout simple de la vie courante et en même temps bien compliqué !
Donner sa confiance c'est accepter un appui, un soin, une aide, une main qui vous guide, un regard qui comprend, un sourire, un geste qui apaise... C'est accompagner la personne dans le respect de son parcours, la laisser se projeter dans un avenir même impossible.
Le dimanche de la santé tourné vers les malades, les soignants, tous ceux qui accompagnent les malades d'une manière ou d'une autre. Leur porter une attention toute particulière et leur donner place dans nos communautés. Invitation aussi à une réflexion sur notre propre santé, ce bien qu'on apprécie mal quand on a le bonheur de l'avoir, ce bien dont nous sommes responsables et dont nous avons à prendre soin.

Une prière pour ce dimanche de la santé 2014 :

Seigneur, sois mon rocher

Au cœur des tempêtes qui secouent ma vie,
Seigneur, apprends-moi à me reposer en Toi.
Au cœur des doutes qui m'assaillent, 
Seigneur, apprends-moi à me fier à Toi,
Au cœur des peurs qui me troublent,
Seigneur, sois mon rocher.

Tu sais les difficultés de mon chemin, 
Tu connais ses escarpements et ses ravins.
Pour choisir chaque jour la confiance,
pour décider de Te faire confiance chaque matin,
donne-moi de ne jamais lâcher Ta main
et donne-moi des frères pour aller vers demain.


lundi 3 février 2014

Chandeleur au monastère

Abbaye de Bellefontaine
Quelle idée d'aller dans un monastère pour la chandeleur ? Sachant que la chandeleur ce n'est pas que les crêpes mais aussi et d'abord la fête de la lumière (d'où le nom), fête de la Présentation de Jésus au Temple. Je ne me souviens pas avoir marqué cette fête avec une telle solennité. Que cette année ce soit un dimanche y a peut-être contribué. Dimanche, fête de la Présentation, journée de la vie consacrée, c'était une magnifique journée avec les cisterciens de Bellefontaine.


Les quelques hôtes que nous étions à l'office des Laudes avons été invités à passer la porte pour pénétrer dans le cloître. Lieu de clôture, réservé aux moines, on y entre avec un mélange de curiosité, de respect et de recueillement. Dans la pénombre brille le cierge pascal auquel seront allumés chacun de nos cierges, élargissant peu à peu la lumière dans ce silence monacal et matinal. Les moines dans leurs coules blanches ouvrent la procession grande, sobre, belle. Nous suivons, autour du cloître, au chant de Fille de Sion réjouis-toi. La procession s'achève dans l'église, jusqu'à l'autel où chacun remet son cierge au Père abbé qui le plante dans une vasque de sable, à côté du cierge pascal. Geste symbolique, silencieux, auquel chacun peut donner le sens qu'il veut. Cierge allumé au cierge pascal. Cierge porté en procession à l'image de notre chemin de vie. Procession qui commence dans l'ombre et s'achève à l'autel, dans la lumière. Cierge remis au pasteur, comme le don de soi renouvelé. Cierge pascal au commencement et à la fin... Chandeleur, fête de la lumière. Lumière du Christ, lumière qui éclaire les nations comme dit Syméon, lumière en nos cœurs. 

Abbaye de Bellefontaine
Détail du portail Sud



Une grâce ces quelques jours de retrait, 
de prière rythmée et soutenue par celle des moines, 
le silence et la paix des lieux, 
la liturgie belle et ample.

Que ta lumière révélée ce jour 
ne cesse de nous accompagner.

jeudi 30 janvier 2014

Journée de la vie consacrée vs dimanche des vocations

Titre un peu provocateur, j'admets. Je voulais plutôt dire : journée de la vie consacrée, dimanche des vocations, c'est quoi la différence ? Et la question vaut d'être posée.

Primo ce n'est pas le même jour, secundo ce n'est pas exactement la même chose, mais les deux concernent de vie consacrée.

Pour situer dans le temps, le jour de la vie consacrée c'est le 2 février (et hasard du calendrier cette année ça tombe un dimanche). Le dimanche de prière pour les vocations est fixé au 4e dimanche de Pâques, dimanche dit du Bon Pasteur, en écho à l'évangile lu ce jour (cette année c'est le 11 mai).

Et ce qui peut ajouter à la confusion cette année c'est que le message de François Pape* pour le dimanche des vocations vient d'être publié (le 15 janvier) quasiment à la veille du jour de la vie consacrée.

Ca va, lecteur, tu n'es pas encore perdu, tu suis ? Alors je continue.

Commençons par le dimanche de prière pour les vocations sacerdotales et religieuses, qui est plus ancien. C'est un fruit de Vatican II, et instauré par Paul VI. La première journée mondiale de prière pour les vocations sacerdotales et religieuses a eu lieu le 12 avril 1964 précédée la veille d'un radiomessage de Paul VI  afin que les catholiques généreux du monde entier s'unissent en une même prière pour demander au Seigneur les ouvriers nécessaires à sa moisson. Cette première journée avait pour thème "Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à son Eglise".

Quant à la journée de la vie consacrée, elle est beaucoup plus récente. A l'initiative de Jean-Paul II, en 1997 une journée mondiale de la vie consacrée a été fixée au 2 février chaque année, avec le triple but de :
  • rendre grâce pour le don de la vie consacrée à l'Eglise,
  • faire connaître et apprécier la vie consacrée,
  • inviter les consacrés eux-mêmes à réfléchir à ce don et à célébrer les merveilles de Dieu.
Présentation de Jésus au Temple
(Abbaye Notre-Dame de la Charité)


Et pourquoi le 2 février** ? L’Église célèbre ce jour-là la Présentation de Jésus, fête liturgique ancienne qui fait mémoire de la présentation de Jésus au Temple par Marie et Joseph, pour l’offrir au Seigneur, selon une prescription rituelle qui voulait que tout garçon premier-né soit consacré au Seigneur. Ce geste est l’image du don total de soi-même pour tous ceux qui sont appelés dans l’Église et dans le monde à suivre Jésus chaste, pauvre et obéissant.

La vie consacrée dans l'Eglise est un prisme aux multiples facettes, dont la vie religieuse (elle aussi très diversifiée) n'est qu'un aspect. Rendons grâce pour les diverses vocations dans l’Église et en particulier pour celle de la vie consacrée.



PS - J'entends la question suivante : et c'est quoi la différence entre vie religieuse et vie consacrée. OK je note pour un prochain billet.

* Attention, hein : LI e journée mondiale des vocations se lit bien cinquante et unième journée mondiale... OK remarque inutile ;)

** Jusqu'en 1996 ce 2 février était journée mondiale des communications sociales, journée également demandée par le Concile. Depuis 1997 elle est fixée au dimanche qui précède la Pentecôte (soit le 1er juin pour cette année).

dimanche 26 janvier 2014

Une messe sans communion

Pour les cathos pratiquants gens du sérail cette expression est un non-sens, et fait parfois sourire. C'est pourtant ce qu'on entend au presbytère quand les gens viennent demander une célébration pour un mariage ou des obsèques.  Pas très au fait du vocabulaire récent ni des pratiques possibles ils utilisent LE mot qu'ils connaissent, et demandent une messe. Parce que pour beaucoup toute démarche de prière catholique à l'église est messe, à défaut de savoir distinguer une messe d'une autre célébration. Alors pour être sûrs de la demande on se risque parfois à schématiser et on parle de messe sans communion pour une célébration, un temps de prière à l'église. (Et ne parlons pas d'Eucharistie, ce mot encore plus abscons pour le commun des mortels !). Et si par-dessus le marché on a une célébration sans messe, présidée par un prêtre et dans une église, alors là tout est brouillé. C'est donc bien une messe sans communion.

Alors cette longue intro pour évoquer une de ces messes sans communion à laquelle j'ai participé récemment, mais cette fois de l'autre côté de la barrière si je puis dire, non plus au pupitre d'animation, mais au premier rang du deuil. J'ai donc préparé cette messe sans communion célébration religieuse avec un objectif à deux facettes : d'une part que les textes soient porteurs d'espérance et d'ouverture et d'autre part que l'ensemble soit le plus compréhensible possible pour tous aussi bien dans le choix des textes que dans les paroles et les rites. Un vrai défi !

J'ai essayé... avec ce que l'église et la liturgie m'offraient. Mais c'est aussi un texte de Martin GRAY qui a eu ma faveur pour terminer la célébration. Oui, je sais cela peut paraître discutable, Martin GRAY à la foi en point d'interrogation. Et bien justement ce qu'il dit n'a rien de déplacé, même dans une église. Il n'y est pas question de foi en Dieu certes mais elle y est sous-jacente. Une belle parole sur le chemin des chercheurs de sens et de Dieu. 


ILS SONT TOUS VIVANTS

Je n'ai qu'une certitude :
Ceux que j'ai aimés, ma famille, mes camarades, mes enfants,
Demeurent vivants en moi.
Ils guident encore mes pas.
Leur être fidèle, ce n'est pas s'enfermer dans la douleur.
Il faut continuer de creuser le sillon : droit et profond.
Comme ils l’auraient fait eux-mêmes
Comme on l'aurait fait avec eux, pour eux.

Être fidèle à ceux qui sont morts,
C'est vivre comme ils auraient vécu, c'est les faire vivre en nous,
C'est transmettre leur visage, leur voix, leur message aux autres.
Ainsi, la vie des disparus germe sans fin.
Je ne sais pas si je dois me dire croyant.
Je ne puis dire : je crois en Dieu.
Je ne puis dire non plus : je crois...
Ce que je dis seulement,
C'est que la mort ne détruit pas l'amour que l'on portait
A ceux qui ne sont plus...
Je le sais parce que tous les jours je vis avec les miens...

Ce que je sais aussi, c'est que la vie doit avoir un sens.
Ce que je sais encore, c'est que l'amour est la clé de l'existence.
Ce que je sais enfin, c'est que l'amour, le bien, la fidélité et l'espoir
Triomphent finalement toujours du mal, de la mort et de la barbarie.
Tout cela, je le sais, je le crois...
Dieu est-il au creux de ces certitudes ?
Je ne sais pas... je cherche...

Martin GRAY


Bon, en fait j'avais surtout envie de vous partager ce beau texte de Martin Gray ;)


mardi 24 décembre 2013

Un prêtre, c'est rare et c'est fragile

Je l'avais un peu perdu de blog David. L'hiver dernier il a décroché un moment du net et du blog, et moi aussi j'ai pris un peu de distance avec lui. Et puis il y a quelques jours j'ai été réveillée par mes stats. Pourquoi un billet écrit il y a 2 ans, à l'occasion du décès de Pascal était-il soudain si consulté ? Et je suis ainsi remontée au billet de David : A tes côtés

Je partage la peine et la douleur de la famille et des amis d'Emmanuel, des prêtres de ce diocèse. Je partage leur questionnement et leur respect, je comprends leur tentation de culpabilisation

Emmanuel, 50 ans, ordonné prêtre en 2005, curé de Sainte-Mère-Eglise, en charge des 24 clochers de 2 paroisses, responsable de la Maison de la Paix* s'est donné la mort.

Le suicide d'un prêtre est un événement rare a dit le vicaire épiscopal du diocèse de Coutances, un geste qui sidère encore plus quand il s'agit d'un prêtre, dit David. Pourquoi "encore plus" ? Parce qu'on a une haute idée du prêtre, un homme fort et solide, plein de foi en Dieu et donc qui ne se donne pas la mort. En soi ce n'est pas mal, mais n'en faisons pas un surhomme capable de tout voir, tout entendre, tout endurer. Il n'est qu'un homme comme les autres, avec un corps et un coeur, un corps fatigable (même s'il est jeune et en bonne santé) un cœur sensible. Leur mission les investit d'une lourde charge de travail, et les affronte aux situations douloureuses de la maladie, la souffrance, la mort, certainement plus que d'autres. Un prêtre, c'est fragile !

Un prêtre c'est rare, aussi, les statistiques ne cessent de nous le rappeler.

Rare et fragile, prenons-en soin. Emmanuel comme Pascal paraissaient heureux dans leur sacerdoce selon les témoignages des proches. Pourtant, comme souvent, on n'a rien vu venir, selon l'expression utilisée. L'un et l'autre se donnaient à fond à leur mission, leur apostolat qui les faisaient vivre, mais qui aussi les ont tués. On peut réfléchir au poids de la charge qui leur est confiée, certes on ne peut pas continuer de la même façon qu'il y 25 ans avec grosso modo moitié moins de prêtres... On peut aussi se demander quelle part nous pouvons prendre, nous chrétiens, dans une paroisse pour soutenir la mission et l'action des prêtres ? Quelle aide non seulement matérielle mais aussi spirituelle, morale, fraternelle ? Dans une période quelque peu difficile pour l'Eglise, comment la construire ensemble, humainement et fraternellement ?

Alors, en ce soir de Noël, ma pensée et ma prière vont bien sûr vers tous ceux qui sont éprouvés par le décès d'Emmanuel,  mais aussi vers tant de prêtres qui vont célébrer Noël dans la joie de la Nativité. Que, passée la messe festive et joyeuse ce soir et demain, aucun ne se retrouve seul dans son presbytère. Que le Prince de la Paix que nous accueillons ce soir embrase nos cœurs et nous fasse œuvrer ensemble pour la paix et la fraternité.

Joyeuse fête de la Nativité !





*La Maison de la Paix, cette communauté inter Congrégations, voulue par Mgr Lalanne (alors évêque de Coutances)  pour être "un lieu d’accueil et de propositions, un espace spirituel au service de l’éducation à la Paix et à la Réconciliation. Cela signifie qu’il ne s’agit pas seulement de regarder en arrière, mais de contribuer activement à bâtir la paix dans notre monde". 

lundi 16 décembre 2013

"Moi, Betty, je m'engage comme Associée..."

Une des grandes richesses du Concile Vatican 2 a été de (re)prendre conscience de l'appel universel à la sainteté et à se renouveler dans la grâce du baptême. La sainteté, pas la perfection. La sainteté, c'est-à-dire vivre son baptême aujourd'hui, pleinement, hic et nunc, ici et maintenant, juste dans la vie ordinaire de chaque jour.

Et dans  ce même élan de Vatican 2 les Congrégations religieuses ont reconnu que leur charisme était un don reçu en Eglise et pour l'Eglise. Les charismes : des dons pour donner des couleurs à l'Eglise, selon une expression du Père Pascal dans l'homélie d'engagement de Betty.

Sous l'impulsion de Vatican 2 les Congrégations ont donc ouvert leur charisme aux laïcs et les laïcs en ont reconnu la richesse : ils pouvaient en vivre et y nourrir leur vie spirituelle.

C'est ainsi que sont apparus des "associés", laïcs qui puisent à la spiritualité des Congrégations religieuses pour leur vie chrétienne, de baptisés.

Logo des associés
dessiné par Barthélémy,
associé de Madagascar
"Conscientes que la grâce faite au Père Monnereau est bonne nouvelle pour aujourd'hui, conscientes que cet héritage vivant est don pour l'Eglise tout entière, les Sœurs des Sacrés-Cœurs entendent l'appel à proposer cette grâce à des chrétiens pour leur permettre de se renouveler dans leur vie baptismale, de donner sens à l'ordinaire de leur vie, de se mobiliser pour le service de la Bonne Nouvelle dans le Peuple de Dieu."
(Guide des Associés à la Congrégation).

Dans la Congrégation les premiers associés se sont engagés en 1997, au Canada. D'autres ont suivi dans les autres pays où nous sommes en mission. Samedi, à Royan, Betty s'est engagée sur ce chemin d'associée à la Congrégation des Soeurs des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie.

Après un temps de réflexion, de discernement, un cheminement avec d'autres associés et des Sœurs, elle a fait le pas.
En réponse à l'appel de Dieu "qui nous a aimés le premier"
je désire avancer sur le chemin de l'Amour du Cœur de Jésus.
Guidée par l'Esprit Saint, 
moi, Betty, je m'engage personnellement, 
comme Associée à la Congrégation des Sœurs des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, 
selon notre charte d'Associés.
Je veux vivre la grâce de mon baptême,
révéler au quotidien "un Dieu de tendresse et d'amour"
en servant en Eglise comme laïc.

Pour cheminer avec mes frères et sœurs
à la suite de Jésus doux et humble,
et contribuer avec eux à bâtir un monde plus fraternel,
je me confie au Cœur Miséricordieux de Jésus,
et à Marie qu'il nous a donnée pour Mère.
Je me confie à la prière des Sœurs des Sacrés-Cœurs ,
à celle de mes frères et sœurs déjà engagés,
 à celle de toute l'Eglise.
Aussitôt après l'engagement de Betty c'était aussi le temps du renouvellement de nos engagements respectifs, nous associés et religieuses venus l'accompagner.

Que la richesse et la diversité de nos charismes dans Eglise soient lumière sur le chemin des laïcs et nous conduisent ensemble à manifester au monde l'unique Amour de Celui qui nous a aimés le premier.
 

dimanche 10 novembre 2013

Une vie si cabossée

Cette semaine les équipes d'animation pastorale des lycées St Joseph et St Louis de La-Roche-sur-Yon avaient invité le Père René-Luc pour les jeunes de leurs établissements. Et pendant qu'il était là, ils ont offert aussi une soirée tout public.

René-Luc est prêtre  du diocèse de Montpellier où il exerce son ministère auprès des étudiants, connu pour son livre autobiographique "Dieu en plein cœur", ses homélies du dimanche matin à l'émission du Jour du Seigneur et ses vidéos sur Youtube.

Auprès des jeunes ou en conférence grand public il a donné son témoignage, plutôt choc que chic*. Témoignage d'une enfance et adolescence complètement cabossées et d'une rencontre qui va bouleverser sa vie. Comme on dit : il vient de loin. Pour qui avait lu son livre, rien de bien nouveau si ce n'est le ton, l'énergie et le dynamisme du témoignage oral.

Pour cette soirée l'amphi de l'ICES était archi plein, certains étaient même debout ou assis par terre. Rarement cet amphi a vu tant de monde à la fois. Notoriété de l'invité ?... Curiosité de le voir en chair et en os ? Tout simplement envie de rencontrer un témoin et d'être contaminé par son dynamisme et sa foi.

Je ne raconterai pas son histoire, il le fait bien mieux et avec beaucoup d'humour pour dire beaucoup de souffrance. Mais au cours de cette soirée je me suis laissé prendre par son punch et sa rage de vivre. J'ai été émerveillée, comme tout le monde, par ce récit, plutôt happy end, d'un enfant qui va de traumatisme en traumatisme et qui, finalement s'en sort, comme on dit. En me demandant pourquoi et comment ce happy end ? Il aurait pu continuer loubard ou truand... La grâce de Dieu l'a conduit, sûr, et c'est la foi qui nous le dit. La force de la fratrie aussi... Une ou deux rencontres décisives qui vont tout bouleverser.

Et l'histoire finit bien... malgré aussi un très grave accident de moto en 2012 (dont il ne parle que si on l'interroge dessus, d'ailleurs).

Pour lui, ça finit plutôt bien... Mais je ne peux m'empêcher de penser à tant d'autres, enfants et ados, qui ne s'en sortent pas, victimes aussi d'un père -d'une mère- malade, alcoolique, violent, truand... Qui n'ont pas près d'eux des frères et sœurs soudés, parents, amis, une Marie-Do... pour les aider. Bien sûr de ceux-là on ne parle pas, sauf dérapage de leur part. Trouveront-ils une Marie-Do sur leur chemin pour les écouter et les aider ?... 


* Le témoignage choc, à l'image de celui de Saint Paul, converti après un passé chaotique. Et en écho au témoignage chic, comme celui de Jean, le jeune qui a toujours été dans la foi sans trop se poser de questions sur cette foi.

lundi 4 novembre 2013

"Putain de loi sur l'euthanasie !"

Ils discutent du sujet tous les deux, devant moi. Le sujet ? L'euthanasie.
Lui, plutôt d'accord. Peut-être parce que plus directement concerné et confronté à la question. Elle plutôt pas d'accord, un peu moins concernée, pas de la même façon en tout cas.

Ils ne sont pas d'accord et ont du mal à comprendre leurs positions respectives. Et moi au milieu... je crois que je les comprends tous les deux.

Mais moi, en plus j'ai la foi, chrétienne. Et ma foi me dit que Dieu seul est maître de la vie et de la mort, et que l'homme n'a aucun pouvoir dessus. Alors ça me gêne un peu parce que d'emblée nous ne sommes pas sur le même registre. Je ne leur assène pas cette vérité.
Et je n'ai rien à opposer à qui est au bout de la vie, sans plus aucune raison de vivre, sans force, sans goût, sans projet si ce n'est celui de fermer le livre de la vie.

Qui suis-je pour faire la leçon ? Même une leçon de foi. Qu'est-ce que j'ai comme argument à faire valoir en face de cette souffrance devant l'absurde ? Je me sens démunie et tellement partagée entre ma foi et la souffrance qui s'exprime.

"Et cette putain de loi sur l'euthanasie qui n'arrive pas. Elle existe dans d'autres pays, qu'est-ce qu'on attend en France ?"
J'ai du mal à le contrer tellement je comprends l'objection dans ce contexte.

Bien sûr j'ai lu les déclarations contre l'euthanasie, les dernières en particulier, du Cardinal Barbarin, la réflexion de Mgr Brouwet...
Bien sûr je n'ai pas vraiment envie de passer à l'acte et cela soulève des montagnes de questions, et c'est là que je la rejoins, elle, qui n'est pas d'accord.
Mais j'ai du mal à comprendre. Moi non plus je ne me sens aucun droit à forcer quelqu'un à vivre et qui est vraiment au bout. Facile de faire la leçon quand on est en bonne santé, et en forme. Oui, malgré ma foi je comprends cet appel au secours... et je n'ai pas de réponse.

Il faut dire qu'en plus on n'est pas aidés par un corps médical qui s'enferme dans un mutisme méprisant et anxiogène, par des administratifs d'ici et de là séquestrés dans leurs règlements bornés qui les dispensent de chercher à comprendre.

N'oublions pas aussi que le suicide des personnes âgées est plus fréquent qu'on ne veut bien le reconnaître. Encore plus tabou que le suicide des jeunes. Et c'est le taux le plus élevé pour la tranche d'âge concernée. Ça veut bien dire quelque chose, non ? Mais de ça on ne parle pas.

Oui, je sais, on va m'opposer l'accompagnement de fin de vie... alors là il y a de quoi faire !



mardi 1 octobre 2013

Tu ne pouvais pas dire non... (!) (?)

Quand la fusion avec une autre Congrégation a pris des allures d'accomplissement je pensais tout simplement et avec bonheur que c'en était fini pour moi des responsabilités en Congrégation. Rejoindre une Congrégation plus grande, plus vivante, avec davantage de forces vives, même si les aînées sont nombreuses, m'autorisait à penser : place aux plus jeunes.

Très vite après la fusion, à mon grand étonnement, j'ai été sollicitée pour des sessions, des formations, que j'ai acceptées, après parfois beaucoup d'hésitation. "On a pensé à toi" me disait-on. "J'aimerais mieux que vous ne pensiez pas tant à moi" répondais-je avec humour.

De sessions en formations, je me suis retrouvée au Chapitre cet été. Expérience un peu ardue, mais riche. Et là je pensais encore que c'était fini et qu'elles avaient compris que je n'étais pas encore vraiment dans le bain, ni tout à fait des leurs.

Et voilà qu'un jour de début septembre Marie-Louise me téléphone : il faut que je te voie. Ces mots dans la bouche d'une supérieure générale ce n'est jamais bon. Un peu à la Jésus avec Zachée* : "il FAUT que j'aille chez toi".

Le Caravage, l'Appel de Matthieu
(Église St Louis des Français, Rome)
Et là une nouvelle demande, déconcertante, déstabilisante, au service de la Congrégation. A mi-temps m'a-t-elle précisé, puis, et tu resteras dans ta communauté, comme pour me rassurer (hum, un mi-temps dans l’Église...). Spontanément j'avais vraiment plein de bonnes raisons pour refuser. [...]

Alors, après, des amis se sont risqués à l'immanquable "Tu ne pouvais pas dire non". Il y a plusieurs tons pour dire cela, c'est le ton qui fait la chanson, et alors ça s'écrit avec un point d'exclamation ou un point d'interrogation.

Si, je pouvais dire non, et refuser.
Si, je pouvais dire non, et rester dans mon train-train pénard, même si je ne m'y ennuie pas, que le travail abonde et qu'il me passionne.
Si, je pouvais dire non, mais j'en sentais le goût amer et confus de rater quelque chose.
Si, je pouvais dire non, à chaque fois, à chaque étape.
Si, je pouvais dire non, car on peut dire non dans la vie religieuse.

Mais j'ai accepté, consciente à chaque fois qu’une exigence en naîtrait, consciente aussi qu'un oui peut ouvrir sur un autre appel, qu'un non ferme des portes.
Mais non, j'ai dit oui, j'ai accepté comme une réponse à plus grand que moi, malgré mes manques, mes incompréhensions, mes questions, mes appréhensions, mes peurs. Accepté une aventure dont je ne sais absolument rien ni où elle me conduira, comme un départ, comme une grâce et une chance dans l'exigence.

Rien ne t'arrive qui ne puisse te faire grandir, à toi d'en faire le meilleur usage.

Je laisse le mot de la fin à un curé à qui il a dû arriver quelque chose de semblable, et que j'ai piqué sur Facebook (il faut bien quand même, je ne renie pas mes passions) : L'Esprit Saint nous réserve parfois de drôles de surprises auxquelles on n'est pas préparé. Je lui fais confiance, il doit savoir ce qu’il fait.

* Évangile de St Luc, chapitre 19, verset 5