lundi 7 novembre 2011

205 amis... et seul...


Quand j'ai appris son décès j'ai eu l'impression que le ciel me tombait sur la tête. Non, pas lui ! C'est pas possible ! Il y a moins d'une semaine nous étions ensemble à la messe, il concélébrait, nous nous sommes donné la Paix, il avait un beau sourire... A la fin de la messe il a salué des amis. A défaut de lui parler davantage j'ai laissé un post sur son mur Facebook : Bon séjour au pays !  Lui, souriant, jovial, gentil, toujours de bonne humeur, heureux de et dans son sacerdoce, attentif à l'autre, surtout le pauvre et le petit.

Il ne laisse ni femme ni enfant certes, mais une vieille maman anéantie et des centaines de frères en Jésus-Christ, qu'il a aimés, qui l'ont aimé et qui pourtant n'ont rien vu venir.

Son mur Facebook était plein de posts, de commentaires, vivant, plein de photos de ce qu'il vivait et partageait. Ça respirait le bonheur et la joie de vivre. Le bonheur de l'engagement à la suite de son Seigneur, au service des autres, des plus démunis en particulier, il se battait contre la solitude, celle dans laquelle les autres étaient enfermés. Et pourtant...

Il restera présent à ses amis, on priera pour lui, jeudi prochain particulièrement, jour de ses obsèques, on priera pour sa Maman aussi. Je pense à elle, et je pense aussi à ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui à l'école, au lycée, au séminaire... Quelques jeunes prêtres de sa génération, ordonnés autour des mêmes années. Ses frères en religion... Une fois encore nous voilà face au mystère de la vie et de la mort, mystère de la personne, secret des âmes.

Et cela me fait penser à ce qui se dit et se vit dans notre Église aujourd'hui, et la cible privilégiée que sont les prêtres. En bien comme en mal d'ailleurs. Est-ce qu'on n'est pas en train de leur mettre la pression ? On n'arrête pas de dire qu'ils sont peu nombreux, souvent âgés, surchargés... et on ne cesse de les solliciter, leur demander davantage, et mieux. Et ils ont leurs défauts, bien sûr, normal. Et ils ne sont pas meilleurs que nous, bien sûr, normal, ils ne sont que des hommes, pas encore des saints.

Quand on a la chance d'avoir des ordinations de diacres (en vue du sacerdoce) ou de prêtres on est tellement heureux de l'événement, la fête est si grande qu'on les met au pinacle et, sans le vouloir, on leur met la pression, on les écrase en attendant d'eux trop et trop tôt. Nous sommes responsables de nos (jeunes) prêtres... et c'est pas facile aujourd'hui de tout concilier !...

Des prêtres jeunes, heureux et bien dans leur peau, il en existe, j'en ai rencontré, et il y en a même quelques uns qui viennent d'en faire un bouquin  Ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux.
Il y a aussi  l'effet prêtres avec les trois chanteurs qui font un tabac.
Et puis, en ce moment-même, sur des blogs cathos autour de la déclaration du cardinal Gianfranco Ravasi à propos des homélies entre autres, ça discute dur sur ces fameuses homélies. Un petit tour par ici donnera un aperçu. Mais on ne va quand même pas en faire un fromage de ces homélies quand on réalise que ça fait 8 à 10 mn dans une messe ! Quand même un peu ridicule ! Excusez-moi les amis, je ne méprise pas vos homélies, ni le temps que vous passez à les préparer, et je sais les apprécier car ça arrive quand même souvent,  mais ce n'est pas l'essentiel de notre foi et de notre religion ! 10 mn une fois par semaine !

Vous,  jeunes, prêtres, heureux… restez-le. 
Et nous, avec vous, quelle responsabilité pour vous aider à être et rester jeunes, prêtres et heureux.

Bon je me suis un peu égarée... je n'ai pas justifié le titre de ce billet. Oui, il avait 205 amis sur Facebook et il a choisi de mettre fin à l'aventure de sa vie. 205 amis (et j'en suis) qui sont restés aveugles et impuissants pour l'aider à surmonter ce qui, pour lui, était devenu insurmontable.

205 amis... et seul...

13 commentaires:

  1. Très bien ton billet, il est vrai qu'aujourd'hui on peut avoir 205 amis sur Facebook et en fait, être seul, il faut essayer de préserver le vrai dialogue face à l'autre, comment ré-instaurer cela ou le préserver, pour ceux qui peuvent encore le faire?
    Quant aux jeunes prêtres, nous laïcs aidons-les à avancer dans cette Eglise où chacun y va de sa vérité, nous pouvons aussi apprendre d'eux , nous ne sommes pas les seuls à détenir la vérité ,cet ensemble que nous pourrons former l'Eglise, mais je reconnais que ce n'est pas toujours facile. ZD

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  2. Je prierai pour ce prêtre, pour sa famille, son diocèse, ses amis... dur !

    Petite remarque sur l'homélie : ce n'est pas seulement une fois par semaine, c'est souvent deux, voire trois fois chaque dimanche, et quasiment tous les jours de semaine (bien que l'on n'y soit pas tenu !)... et c'est souvent le seul instant de catéchèse pour beaucoup. Sans se mettre - trop - la pression, il s'agit quand même d'en saisir l'enjeu.

    Oremus !

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  3. Ce qui me semble terrible, c'est de se sentir seul lorsqu'on est chrétien et qui plus est un ministre ordonné.
    Nous recevons tous l'Esprit Saint et il vit en nous. Il ne nous laisse pas orphelin et répond toujours à notre problématique.
    Encore faut-il, s'abandonner à lui, le prier, l'écouter et le suivre, accepter ses signes et le laisser agir dans nos vies.
    Il est la source du Bonheur véritable et il donne tout ce qui est bon pour chacun de nous, entre autre des amis si nous en manquons. Il répond à chacun selon ce qu'il est et nous transforme pour notre bien. Il accompagne nos croix, nos "nuits", nos chutes, nos faiblesses... et nous conduit toujours à l'Espérance.
    Cette expérience de vie dans l'Esprit devrait être le summum de toute catéchèse et évidemment en premier lieu de toute formation dans les séminaires. C'est l'Esprit Saint qui fait l'Église !
    Un converti heureux attaché à ce Trésor fabuleux qu'il a découvert !

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  4. @Michel Chiron... franchement, vous vous rendez compte de ce que vous dites? La présence du Christ n'est pas si facilement "sensible"... relisez Jean de la Croix... vraiment. Le désespoir peut se glisser même dans un homme de foi. C'est imperceptible et dangereux... mais le cas pour tous. Vous vous engagez sur un chemin pas simple à défendre, là. désolé si je semble "réticent", vous avez sûrement raison dans le fond, mais dans l'histoire d'un homme, mon Dieu, mon Dieu.

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  5. Ton article me touche particulièrement. J'ai entendu critiquer vivement l'homélie d'un jeune prêtre et entendant la critique j'ai répondu "je n'ai pas entendu du tout ça mais...". Quand nous souffrons de nos différences, parce que nous ne nous sentons pas reconnus nous risquons d'être injustes voire de colporter des choses fausses, non vérifiées et de détruire quelqu'un.Il y a beaucoup de demeures dans la "maison de mon Père" alors que "notre demeure Eglise" que notre "demeure monde" puissent déjà esquisser une ressemblance avec cette demeure !

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  6. juste en écho, et en merci priant: http://davidlerouge.fr/index.php?post/2011/11/09/hymne-pascal

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  7. Merci pour ce beau billet...
    Quel choc hier en effet d'apprendre le décès de ce prêtre... de cet ami. Moi aussi je fais partie de ces 205 amis... et n'ai rien venu venir... Bien au contraire !
    Il est vrai que je l'avais perdu de vue depuis son départ du diocèse et que notre seul lien était facebook et un mail tous les 2-3 ans pour se donner des nouvelles. Mais, dans les derniers échanges que nous avons eus, dans ses photos sur facebook, on sentait un prêtre heureux de sa mission, heureux de sa vie... et qui avait apparement surmonté les épreuves traversées.
    Comment ai-je pu ne rien voir ? ne rien sentir ? ne rien percevoir ? Je pense que nous sommes beaucoup à nous poser cette question. L'être humain est bien complexe et il est difficile de se mettre à la place de quelqu'un d'autre mais j'aimerais que l'on recule le temps... Je prendrais le temps de dicuter avec lui, d'échanger sur la vie, sur la foi, sur les difficultés comme nous le faisions il y a une dizaine d'années alors que j'étais étudiante et qu'il nous avait invitées plusieurs fois une amie et moi au séminaire pour un diner et une discussion-tisane dans sa chambre... A cette époque, nous refaisions le monde... J'aimerais le refaire encore aujourd'hui !
    Psacal, je prie pour toi, pour que tu trouves la paix auprès de Celui à qui tu as donné ta vie

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  8. Surtout, rester humble devant la douleur muette d'un homme. 205 amis, et seul. Il y a évidemment tout ce que l'on ne dit pas, sur Facebook. Et peut-être tout ce qu'un prêtre ne se sent pas le droit de dire. Hé oui, il est "témoin de l'espérance". Alors, comment se sentir le droit d'être desespéré ? Et nous demandons tant à nos prêtres, engagés par amour et toujours en butte aux petites discussions, petites bisbilles, petites aigreurs, petites cabales de paroisse, quand ce n'est pas l'actualité qui vient leur mettre un grand coup sur la tête. On ne devrait pas prier seulement pour les vocations, mais bel et bien prier pour nos prêtres, savoir être attentifs à eux.

    Je garderai une place pour Pascal, que je ne connaissais pas, dans mes prières. Pauvre petit père.

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  9. Tout appartient au Père. Dans ce type de passage à l'acte, il y a une conjonction de facteurs, physiques entre autres. Il a indéniablement manqué de soutien humain mais quid de son oraison? Prions pour lui

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  10. Je conseille tout d'abord à Anonyme de 19 h 39 de lire ci-dessus la réponse de David à Michel Chiron, je pense qu'elle convient également ici !
    Ensuite, que Pascal ait manqué d'un soutien humain, certainement… mais c'est plus facile à dire après qu'avant !
    Et enfin, quant à émettre des doutes sur sa vie de prière et d'oraison je trouve cela particulièrement indécent et d'autant plus que cela concerne un défunt. Qui sommes-nous pour juger de la relation d'un homme avec son Dieu ?

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  11. J'ajoute un lien à consulter, pour tous, peut-être un peu plus à l'attention de Anonyme de 19 h 39 : c'est l'homélie que le Père Elie Delplace a donnée à la messe de sépulture à St André de l'Eure.
    C'est là : http://doyenne-fontenay.catho85.org/spip.php?article312

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  12. Évidemment, prier pour Pascal comme pour tous ceux qui se suicident -et malheureusement je n'en ai que trop dans ma mémoire- est une nécessité fraternelle.
    Il ne peut être question de porter un jugement sur son acte. Nous ne pouvons que compatir à la douleur de ses proches et prier pour lui.
    La dépression est aujourd'hui un des fléaux le plus important autour de nous (qui n'a pas de connaissances dépressives ?) et cela peut aller, la plupart du temps sans prévenir, jusqu'au choix de mettre fin à ses jours.
    Ce que je me permettrais de dire (par mon expérience) c'est que tout suicide est la victoire (heureusement non définitive) de l'ennemi de Dieu qui distille dans le coeur de l'homme la désespérance jusqu'à un point de non-retour.
    Comment s'en protéger ?
    C'était tout simplement l'objet de mon premier message.
    Comment vivons-nous notre foi pour recevoir le Don de l'Espérance : un des Dons du Saint-Esprit qui vient "guérir", habiter et marquer l'homme en profondeur. L'espérance n'est pas une simple attitude de surface que tout baptisé se devrait de porter comme un costume, parce qu'on lui a dit qu'un chrétien se devait d'espérer : non, l'espérance n'est pas naturelle. Ce n'est pas par notre volonté que nous pouvons espérer, c'est uniquement l'oeuvre de Dieu en nous qui nous permet d'espérer. Et c'est en cela que tout chrétien peut trouver l'antidote absolu à la désespérance. (Saint-Paul et tant d'autres nous l'ont fait savoir).
    Et croyons qu'en priant pour Pascal, il intercédera pour nous et pour les dépressifs que nous portons dans la prière pour triompher de la desespérance et nous conduire sur le chemin de la Foi avec l'Espérance en cadeau.

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