samedi 25 mai 2019

Fêter un jubilé en EHPAD


De même que les couples et les familles aiment fêter 25, 50, 70 ans... de mariage, les religieuses aiment célébrer leurs anniversaires d'engagement dans la vie religieuse. Ce sont donc 60, 70 et 75 ans de vie religieuse que les sœurs de l'EHPAD Union Chrétienne de Fontenay-le-Comte ont fêté ce vendredi 24 mai. Messe d'action de grâce et repas festif ont réuni les sœurs de l'EHPAD et les autres résidents ainsi que les sœurs de la communauté voisine qui leur rendent souvent visite. Pour la circonstance les sœurs avaient repris leur foulard fuchsia, clin d’œil à l'année jubilaire du bicentenaire de la Congrégation des Sœurs des Sacrés-Cœurs.

L'équipe du Service Évangélique des Malades (SEM) et l'abbé Jean-Claude Michaud avaient soigneusement préparé la messe avec quelques délicates attentions pour les jubilaires : à l'appel de leur nom une rose déposée sur l'autel, symbole de l'offrande de chacune et un bref rappel de ce que fut leur vie active agrémenté de souvenirs personnels car ces quatre sœurs-là et l'abbé Michaud c'est une vieille histoire de fontenaisiens. Quarante-et-un ans à l'accueil de la clinique Union Chrétienne pour sœur Marie-Alexandre, cette clinique devenue EHPAD où elle se trouve à nouveau ; toute une vie à l'accueil et au service du secrétariat du lycée Notre-Dame de Fontenay pour sœur Marie, ou à l'école maternelle pour l'autre sœur Marie, et puis les souvenirs d’enfance et de voisinage avec sœur Jacqueline.
Une belle assemblée de prière avec les autres résidents de l'EHPAD dans un climat de joie paisible qui se lisait sur les visages. A la fin de la messe l'abbé Michaud a donné la parole aux sœurs  jubilaires. Chacune, avec ses mots, a exprimé un merci, une action de grâce, une joie. L'une d'elle, trop émue n'a pu dire ce qu'elle avait préparé, c'est Marie-Thérèse, de l'équipe du SEM qui l'a lu : je veux remercier le Seigneur pour tout ce qu’il m'a donné. Merci pour tout ce que j'ai reçu, passé, présent... L'abbé Michaud a terminé en donnant rendez-vous dans cinq ans, pour 75 et 80 ans de vie religieuse. Certaines semblaient avoir des doutes...

La fête s'est poursuivie autour de la table, avec les autres résidents de l'EHPAD : la fête c'est aussi pour eux, et cela faisait une belle tablée inhabituelle. Repas de circonstance pour lequel la direction et le personnel n'ont pas hésité à accueillir toutes les sœurs de la communauté voisine. Les jubilaires ont été choyées et le personnel a manifesté beaucoup d’attention et de délicatesse à l'égard de tous.

J'ai été touchée par la joie et la sérénité des sœurs et en particulier de sœur Marie-Alexandre (ma voisine de table), 96 ans, malgré sa quasi-cécité et son corps usé, pourtant sereinement et avec humour elle doutait d'être encore là dans cinq ans.

Merci à vous mes sœurs qui dans cette étape de la vie donnez un si beau témoignage, simple et sans bruit, juste comme une fleur épanouie et rayonnante. Aujourd'hui encore, au milieu des laïcs, résidents et personnel, vous continuez à être témoins de la joie d'une vie consacrée à Jésus-Christ.













dimanche 12 mai 2019

Résidence l'Issoire, ou : quand les sœurs accueillent des laïcs dans leur résidence autonomie



L'Issoire, ce joli nom qui fait lever des sourcils interrogatifs, c'est celui de la rivière qui coule à Mormaison tout près de la Maison mère des sœurs des Sacrés-Cœurs. C'est donc tout naturellement celui que les sœurs ont choisi de donner à leur nouvelle résidence de personnes âgées. Un bâtiment flambant neuf inauguré et béni ce vendredi 10 mai. Inauguration, en présence d'Yves Auvinet, Président du Conseil départemental et de nombreux autres représentants des collectivités territoriales, des administrations sanitaires et sociales, de sœurs et de résidents

Dans son discours sœur Nadia Brianceau, Provinciale de France(1), a retracé l'histoire de la Congrégation des sœurs des Sacrés-Cœurs et sa tradition d'accueil dans laquelle s'inscrit tout naturellement ce projet de résidence ouverte à des laïcs. Suite à une décision du Département et de l'Agence Régionale de Santé la Congrégation a dû réorganiser la prise en charge des sœurs âgées. Un bâtiment devenu libre mais vétuste a pu être reconstruit et aménagé en résidence autonomie. L'originalité du projet est que ce bâtiment de 4 étages accueille des sœurs mais également des laïcs. En plus des sœurs sept personnes se sont installées à la résidence l'Issoire depuis son ouverture en janvier dernier.
La présence d'une communauté religieuse, le soutien de la prière, le climat fraternel, les propositions diverses, la sécurité qu'offre la présence d'un personnel qualifié sont la particularité que cherchent et apprécient les résidents qui gardent toute leur liberté et la possibilité de recevoir famille et amis. Le prix de pension, calculé au plus juste, reste modique afin de favoriser l'accueil de personnes aux revenus modestes.

Monsieur Yves Auvinet, "heureux d'être là ce soir", a souligné que cette résidence pérennise la présence des sœurs de Mormaison en Vendée et dans le monde et poursuit leur tradition d'accueil. Il a remercié la Congrégation pour l'accueil de la fermeture de cet EHPAD afin de permettre un redéploiement des lits ailleurs.

Cette inauguration a été marquée par un geste symbolique : la plantation d'un magnolia. Le premier arbre à offrir ses fleurs au printemps nous explique Monsieur Eric Mahot, directeur de la résidence l'Issoire, symbole, pour la Congrégation, d'un lieu où l'on cultive la vie jusqu'au bout. Et chacun a pu y aller de sa pelletée de terre au pied du magnolia.

L'abbé Jean Bondu, vicaire général, délégué par Mgr François Jacolin empêché, a béni ce nouveau lieu de vie ainsi que les résidents et visiteurs présents ce soir.

Une nouvelle forme de présence au monde nous est offerte en vivant le grand âge avec des laïcs, qu'ils soient résidents ou personnel à notre service. Quel que soit l'âge continuer à être témoin de l'amour de Jésus-Christ pour chacun. Missionnaires jusqu'au bout !


Capture d'écran, compte Twitter Yves Auvinet


D'autres photos ici 

(1) Provinciale de France = responsable des sœurs de la Congrégation en France





jeudi 2 mai 2019

Pèlerinage pour les vocations

Ce pèlerinage pour les vocations, une première pour les cinq diocèses de l'Ouest, à l’initiative de leurs évêques. Une journée pour rendre grâce pour le OUI donné, pour prier afin que chacun réponde librement à sa vocation et que les familles soient le terreau où germeront de nouvelles vocations.

Rendez-vous était donné ce 1er mai à St Laurent-sur-Sèvre, un des hauts lieux spirituels de l'Ouest, avec pour thème de la journée une phrase de St Louis-Marie Grignion de Montfort : "qu'on me fasse un chemin nouveau pour aller à Jésus-Christ".

Pas de pèlerinage sans marche. C'est donc ainsi qu'a commencé la journée pour un grand nombre de pèlerins. Au départ de Treize-Vents, pour les vendéens, et après la prière de Tierce, les pèlerins ont marché jusqu'à St Laurent au rythme des Ave Maria et des chants mais aussi avec quelques espaces de conversation libre. A peine 2 heures de marche et c'est l'arrivée au Lycée St Gabriel où convergent les cinq chemins des diocèses, accueil par un apéritif géant, joie de se retrouver.

Le pique-nique dans le parc du Lycée St Gabriel fut un joyeux rassemblement : des chemins qui s'étaient éloignés après un bout ensemble et qui, à cette occasion se croisent à nouveau. Des vocations qui se sont épanouies, confirmées au fil des années, des engagements approfondis. Joie de se retrouver. Le pique-nique, ainsi que la messe de clôture, deux moments qui ont rassemblé tous les pèlerins, de tous âges et de toutes provenances. Un temps de louange animé par Steven Riche et son groupe de musiciens a fait la transition entre le repas et les activités de l'après midi.

Après déjeuner un grand nombre d'ateliers étaient proposés pour les enfants, les jeunes, les adultes, avec diverses approches des vocations et de leur accompagnement ainsi qu'une conférence de Mgr Le Saux (évêque du Mans) sur "l'appel à suivre le Christ" et pour qui "il n’y a pas de crise des vocations mais une crise de la vie chrétienne".

Dernier temps fort de la journée, la messe de clôture à la basilique soudain devenue trop petite pour accueillir les quelques 1 500 pèlerins. Action de grâce pour cette belle journée, prière pour les vocations mais aussi, sur une suggestion de Mgr Delmas dans son mot d'accueil, un merci reconnaissant et fraternel aux prêtres, que l'assemblée a spontanément exprimé par une salve d'applaudissements. Beaucoup d'émotion dans ces longs applaudissements, expression d’amitié, de reconnaissance, de fraternité pour les prêtres en ces temps troublés. Enfin je ne saurais oublier l'animation de la messe par la chorale "Haut les Chœurs" des étudiants de l'ICES.

Magnifique journée, parfaitement organisée, pour laquelle on n'en finit pas de dire MERCI, au cœur de notre unique vocation de baptisés, dans la complémentarité de nos vocations personnelles vécues en Église. Puisse-t-elle susciter de nouvelles vocations dans nos Églises diocésaines.

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- Conférence de Mgr Le Saux
- Homélie de Mgr Le Saux


mardi 16 avril 2019

Notre-Dame de Paris

Notre-Dame de Paris, Vierge à l'enfant
Comme la France entière hier soir je retenais mes larmes en regardant, avec une immense tristesse, brûler Notre-Dame de Paris.

Aussi vite que les flammes la dévoraient la nouvelle embrasait les réseaux sociaux et c'est du monde entier qu'arrivaient des messages de sympathie, de compassion, de soutien. Paris meurtrie, la France blessée, le monde entier à son chevet.

Pourquoi cet élan unanime, cette tristesse et cette douleur si largement partagées ? Que signifie cette vague mondiale d'émotion ? C'est une cathédrale qui brûle mais cela touche bien plus que les cathos. Notre-Dame de Paris c'est tout un symbole, ce sont des siècles d'histoire, d'art et de culture, notre patrimoine commun, un haut lieu de prière mais aussi de rassemblement de tous, "croyants et incroyants, aux moments importants de la vie et de l'histoire de notre pays". 

Notre-Dame de Paris,
Notre-Dame des pèlerins, des visiteurs, des touristes,
Notre-Dame de la prière,
Notre-Dame des artistes et des poètes,
Notre-Dame témoin de l'Histoire et de la vie des hommes,
Notre-Dame joyau d'architecture de Paris,
Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de la France.

Les dégâts sont immenses, mais Notre-Dame se relèvera parce que ici comme ailleurs la mort n'aura pas le dernier mot, parce que la vie est plus forte que la mort et qu'elle en triomphera. Cette tragédie  ouvre la Semaine sainte qui nous conduira à Pâques. Samedi soir un autre feu nous rappellera le passage de la mort à la vie, feu auquel sera allumé le cierge pascal signe de la résurrection du Christ notre espérance.

Puissent les élans de solidarité et de fraternité suscités par des tragédies comme celle-ci être signes d'espérance et se poursuivre pour construire une société plus fraternelle.


Notre-Dame de Paris comme je ne la reverrai jamais 😢
 


jeudi 21 mars 2019

Laisse-toi émerveiller par la rencontre

Après la réunion de la matinée qui m'avait valu ce déplacement éclair à la capitale il me restait tout l'après-midi avant de reprendre le train du soir. J'avais quelques projets et tout d'abord le déjeuner avec Anne-Lise qui m'a emmenée dans un minuscule restaurant chinois. Je connaissais le japonais, mais avec elle j'ai découvert le chinois avec son poulet au caramel et la joie d'un partage de ce qu'elle vit avec bonheur à Paris. Et de fut la première rencontre.

Église St Ignace, Paris 6e
Quelques rapides emplettes plus tard le hasard guida mes pas jusqu'à la jolie église St Ignace que je n'avais pas encore vue depuis sa restauration. La verrière, l'éclairage changeant donnent toute sa beauté au lieu qui devient apaisant et porte à la prière… et porte la prière. Et là j'ai soudain pensé qu'un autre hasard pourrait me faire rencontrer Isabelle qui vient souvent par là. Ça serait chouette si on pouvait enfin se rencontrer IRL* : il y a si longtemps que nous nous suivons sur internet, que son blog est l'un de mes préférés. Merci Facebook d'avoir fait le lien aujourd'hui et d'avoir permis cette belle rencontre même si elle fut brève. Et ce fut la deuxième rencontre.

Il me restait encore du temps avant le train, j'ai donc poussé quelques pas jusqu'au Bon Marché où je n'avais pas mis les pieds depuis très longtemps. Qu'est devenu le Bon Marché de mon enfance ! S'il portait bien son nom autrefois plus rien à voir aujourd'hui qu'il est devenu magasin de grand luxe où l'on croise plus de Japonais et de Chinois que de Français. Nostalgie ! Mon bon vieux Bon Marché comme tu es défiguré, comme ton nom te va mal désormais ! Et là je n'ai rencontré personne !

Ouf ! me voilà dans le train. Pensant profiter de quatre places à moi seule voici qu'au dernier moment deux hommes s'installent à mes côtés avec agitation et grands gestes. J'ai vite compris qu'ils sont sourds-muets. Muets mais pas aphones, tout au moins l'un d'eux. Et les voilà qui communiquent entre eux, sans arrêt avec gestes amples et brusques. Au bout d'une heure, un peu lasse, je songe à changer de place quand le train s'immobilise en pleine campagne. Évidemment ils n'entendent pas le message du chef de bord et c'est alors que le voyageur de l'autre côté de l'allée leur montre son smartphone avec la raison de l'arrêt. S'ensuit un échange entre les trois hommes à coup de smartphone, de gestes et de mimiques. Parce que les sourds-muets, ils ont chacun leur smartphone ! Et ça a duré un moment. Peu à peu leurs grands gestes m'ont moins importunée. Puis ils ont joué avec leur smartphone, se prenant en photo… ratée… ce qui m'a amusée. On a même essayé de communiquer un peu : où sommes-nous ? Où descendez-vous ?... et on descend tous à la même gare…
Grâce au troisième larron mon regard sur eux avait changé. Je les avais adoptés. Quand le chef de bord a annoncé un retard de 15 mn je leur ai écrit sur un papier, et le voisin d'en face en a fait autant sur son smartphone. Comme une complicité était née. Leurs gestes et leurs cris rauques ne m'énervaient plus.
Il me restait une heure de voyage pour rendre grâce pour cette magnifique journée. Au moment de descendre, à la même station tous les quatre, nous nous sommes serré la main. Et ce fut la troisième rencontre !

* IRL, in real life, dans la vraie vie, en oppotition à URL, sur le web

jeudi 7 mars 2019

Haro sur l'omerta dans l'Eglise

Mardi soir j'étais de ce 1,48 million de personnes qui ont regardé "Religieuses abusées, l'autre scandale de l’Église"*. A une heure de grande écoute Arte diffusait ce 5 mars un documentaire effrayant sur les religieuses abusées, résultat de deux ans d'enquête en France et dans différents pays.

Quelques articles et commentaires lus auparavant m'avaient avertie d'un documentaire difficilement supportable. J'en suis quand même sortie effrayée et blessée, "sidérée, hébétée" pour reprendre les mots de Sœur Véronique Margron**. Les mots ne sont pas trop forts.

Oui, insoutenables les témoignages recueillis. Ces femmes, religieuses, abusées sexuellement par des prêtres, pendant des années, en toute impunité. Et parfois avec la complicité de leurs supérieures. Et s'il leur arrive d'être enceintes c'est soit le renvoi discret soit l'avortement forcé. Quand on connaît la position de l’Église sur l'avortement cela s'ajoute à l'horreur. Il arrive aussi que des Instituts soient très dépendants matériellement et financièrement d'évêques ce qui conduit parfois à une forme de prostitution, d'esclavage sexuel...  

Quelle force avait donc cette emprise de soi disant accompagnateurs spirituels pour que ces femmes ne trouvent pas la force, la liberté de les quitter ? L'une des témoins parle d'hypnose...
Quelle formation ces femmes ont-elles reçue pour ne pas dénoncer par peur de blesser, pour subir ces sévices comme épreuve de leur vocation et de leur chasteté, pour ne pas se révolter sous couvert d'obéissance ?
Comment ces hommes pouvaient-ils en conscience être ministres des sacrements et violeurs, allant jusqu'à donner un sacrement moyennant contrepartie sexuelle ?
Pourquoi ce déni de l’Église face aux plaintes répétées depuis de nombreuses années ? Que vaut la parole des victimes dans une Église qui prêche l'attention et le soutien au pauvre, au petit, à l'humilié, au prisonnier ?...
Qu'est-ce que la femme, qu'est-ce que le corps de la femme pour ces hommes pervers, qui plus est hommes d’Église ?
Oui ces témoignages sont bouleversants et posent d'innombrables questions.

Douloureux constat auquel les religieux/religieuses veulent délibérément faire face et en premier lieu tout faire pour que les victimes puissent parler et être entendues, qu'elles soient accompagnées. Favoriser une formation ouverte et plurielle dans les séminaires et les noviciats avec une vraie éducation à la liberté. Être vigilants sur ce qui peut être abus de pouvoir, abus spirituel qui sont une porte ouverte sur les abus sexuels.

Que de vies brisées et de souffrances. Plus jamais ça ! Ensemble et en Église menons ce combat.



* Ce documentaire est disponible en replay sur Arte jusqu'à début mai 2019
** Sœur Véronique Margron, Présidente de la COnférence des Religieux et REligieuses de France (CORREF)


mardi 8 janvier 2019

"Pars... vers le pays que je t'indiquerai"*

C'était le jour de Noël. Nous venions de passer un beau moment de fraternité autour de la table, nous, religieuses des quatre petites communautés du Sud Vendée, venues rejoindre, à leur invitation, nos aînées de Fontenay. Joyeux repas où chacune avait apporté sa contribution, de la déco au dessert en passant par tous les plats sans oublier vin et apéritif. Avant que nous ne nous séparions je devais donner une information... pas trop réjouissante. Essayant de maîtriser mon émotion j'annonçais donc le départ de deux sœurs de cette communauté, sœur Madeleine et sœur Marie-Geneviève, pour l'EHPAD de l'Épiardière (à Mormaison).

 
Avec émotion disais-je. Ce sont deux sœurs de 96 et 86 ans qui n'ont jamais quitté Fontenay ou si peu pour l'une d'elles. C'est un dépaysement total pour elles, dont j'ai pleinement conscience. Dépaysement du lieu et des sœurs si peu connues avec lesquelles elles vont désormais faire communauté. C'est aussi une entrée en EHPAD... J'ai conscience de tout ce que cela veut dire, du renoncement auquel elles sont appelées et donc auquel je suis appelée, auquel nous sommes d'ailleurs tous appelés. Pour elles c'est l'aboutissement d'un cheminement spirituel à la suite de la proposition qui leur a été faite, le fruit d'une foi profonde et d'une grande disponibilité, l'accueil de leur vieillissement.

Je ne parlerai pas ici d'obéissance, ce mot est trop souvent mal compris. Je parlerai plutôt de disponibilité, d'abandon, d'accueil de l'événement reconnu comme signe de Dieu. "Les événements sont nos maîtres" aime à répéter sœur Madeleine à la suite de St Vincent de Paul.

Bien sûr rien d'exceptionnel dans cette situation. Combien de nos anciens doivent faire un passage semblable. Leur chemin d'acceptation n'en est pas moins un beau témoignage tant pour nous, religieuses, que pour les laïcs, leurs amis avec qui elles partageront cette expérience.

Madeleine, Marie-Geneviève votre témoignage nous édifie, dans tout le sens du terme : il nous fait grandir, il nous aide à grandir. Nous vous en sommes profondément reconnaissantes. Et je vous souhaite de vous habituer rapidement à l'Épiardière, d'y vivre en grande paix et sérénité, cette paix qui déjà vous habite.


* Livre de la Genèse, chapitre 12, verset 1