mercredi 15 mai 2013

Réseaux sociaux... et si on en parlait ?


Pour honorer la 47èmejournée des communications sociales nous avons organisé pour la paroisse une table ronde sur le sujet précisément retenu par Benoît XVI pour cette journée : les réseaux sociaux.

On cherchait plutôt à atteindre des adultes en questionnement face à ces moyens de communication, des parents, grands-parents, déroutés par l'utilisation qu'en font leurs enfants et petits-enfants, des éducateurs. Ce sont bien ces gens-là qui se sont déplacés, mais aussi quelques jeunes et très jeunes ados avec maman, des enseignants. Un point commun à tout ce monde : personne n'avait de compte Twitter et 3 ou 4 seulement étaient sur Facebook.
L'objectif était de faire tomber les préjugés de toutes sortes, les phobies qui planent sur les réseaux sociaux, sans pour autant les porter aux nues. Ni dieu ni diable.

Quant aux intervenants nous avions fait appel à Emmanuel Chopot, de l'association Vendée Réseaux Sociaux, un peu aussi Monsieur numérique du Conseil général, cheville ouvrière du plan informatique dans les collèges. Patrice Aguer, formateur d'enseignants au CDDP de la Vendée. Et ma pomme. L'animation de la soirée était confiée à Pierre-Yves Bulteau, journaliste.

Emmanuel Chopot nous a fait comprendre que ces réseaux sociaux ne sont pas qu'un joujou sophistiqué entre les mains d'ados en mal de partage de photos mais qu'ils deviennent un moyen incontournable pour les entreprises afin de rejoindre la clientèle. 80 % des internautes préfèrent rejoindre une entreprise, une enseigne via Facebook. L'idée étant de créer des communautés et d'avoir une interactivité avec les clients, d'entrer en relation avec des gens qu'on ne toucherait pas autrement.

Patrice nous a présenté le profil type du jeune sur Facebook qui d'ailleurs est UNE jeune, de 15-17 ans, qui  consulte son "mur" quasiment tous les jours et a en moyenne 260 amis dont elle connaît la majorité en vrai. Il nous parle aussi des parents et des enseignants désemparés devant ces technologies et l'usage qu'en font les jeunes. Cependant les parents ne doivent pas abdiquer et ils ont leur place même s'ils sont techniquement moins avancés. Il ne manque pas de souligner aussi le manque de formation des enseignants dans ce domaine et l'adaptation nécessaire de l'école à ces nouveaux outils. Les enseignants présents dans la salle reconnaissaient cette carence mais ont déploré en même temps l'usage que font leurs élèves d'internet. Ils cherchent davantage un produit fini (le devoir tout fait) que des éléments de réflexion pour faire eux-même leur travail. Ils relèvent la difficulté de réflexion de leurs élèves, la difficulté à lire un texte un peu long (nouvelles, livres) et ils se sentent désemparés face à cela. 

En ce qui me concerne j'ai abordé la question de la présence de l'Église sur les réseaux sociaux. Il est tout simplement dans la mission de l'Église d'être au cœur du monde et de rejoindre l'homme là où il est. Les réseaux sociaux sont une formidable caisse de résonance de nos sites internet pour diffuser du contenu et une porte pour y entrer. C'est un défi pour l'Église que d'être présente sur ces agoras pas simplement pour occuper le terrain ou s'en servir mais surtout pour l'habiter en y apportant un témoignage de foi. Les réseaux sociaux dans leur démarche d'aller vers et de partage de contenu sont à la fois instruments et lieux de la nouvelle évangélisation, selon l'expression du synode des évêques d'octobre 2012 (cf. ci-dessous la proposition 18). L'Église est très présente sur Facebook, tant par ses institutions que par des individus, sur Twitter on en est encore à la réflexion et à l'expérimentation, mais je ne saurais manquer de citer quelques expériences telles les twittomélies deMgr Giraud, le tweetchemindecroix (ou crucitweet) du Père François Bessonnet l'année dernière et le tout récent tweetlouange du jeudi soir qui rassemble des twittos dans une prière commune.

Les participants ont pu poser leurs questions, partager leurs objections entre les différentes interventions et à la fin. Tout n'est pas résolu... ils ne se sont pas précipités sur Facebook en rentrant chez eux, mais ils sont partis avec un autre regard sur ce moyen de communication.

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Proposition 18 : Nouvelle évangélisation et moyens de communication sociale
L'utilisation de moyens de communication sociale a un rôle important à jouer pour rejoindre chaque personne avec le message du salut. Dans ce domaine, en particulier dans le monde des communications électroniques, il est nécessaire que des chrétiens convaincus soient formés et préparés afin d’être capables de transmettre fidèlement le contenu de la foi et de la morale chrétienne. Ils doivent avoir la capacité d'utiliser à bon escient les langues et les instruments d'aujourd'hui qui sont disponibles pour la communication dans le village global. La forme la plus efficace de cette communication de la foi reste le partage du témoignage de vie, sans lequel aucun des efforts des "médias" ne se traduiront par une transmission efficace de l'Evangile. L’éducation à une utilisation rationnelle et constructive des médias sociaux est un instrument important pour la nouvelle évangélisation.


dimanche 12 mai 2013

#Diaconia2013 ; #JMC2013 ; #sacrementdesmalades (1)

 Soir d'un long week-end dense et riche. Trois événements s'encastrent les uns dans les autres et brillent en un même éclat : Diaconia 2013, la journée mondiale des communications (JMC) et le sacrement des malades célébré ce matin.

Diaconia 2013 c'était à Lourdes, du 9 au 11 mai. Non, je n'y étais pas... enfin je n'y étais pas IRL comme on dit physiquement, mais j'y étais via les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) et ça a été une expérience originale, heureuse et très dense.

Dès leur départ, en car ou en train, les pèlerins ont commencé à twitter, à poster sur Facebook, nous associant ainsi au voyage, à la réflexion, à la prière. Arrivés à Lourdes ils nous ont gratifiés de leurs impressions, réflexions personnelles, photos et vidéos à l'appui. Et toujours des échos des forums, des célébrations, des homélies, phrases relayées par les uns et les autres. On a tout suivi, presque comme si on y était.

Bien sûr il y avait quelques médias cathos officiels pour relayer l'événement mais ce sont surtout les internautes qui ont créé le lien. Quant aux autres médias (non cathos) c'était le grand silence. Admettons que la date (en plein pont de l'Ascension) soit un alibi... alibi facile. Médias tellement silencieux qu'un blogueur a joué la provocation... et si vous parliez de sujets un peu croustillants à Diaconia, il y aurait peut-être un écho.


C'est vrai que 12 000 cathos rassemblés à Lourdes pendant 3 jours pour parler de fraternité et la vivre, il n'y a pas que quoi fouetter un chat !

Merci à tous ceux qui ont contribué à diffuser l'actualité Diaconia par leur présence active sur la toile. J'avoue personnellement que Diaconia c'était un peu loin, et que je n'en avais pas saisi toute la dimension. Ces trois jours ont changé mon regard sur la démarche et m'ont beaucoup touchée.

Hasard des dates... il se trouve que ce dimanche était la 47ème journée mondiale des communications sociales (JMC) avec un thème bien ciblé, choisi par Benoît XVI : "Réseaux sociaux : portes de vérité et de foi, nouveaux espaces pour l'évangélisation". Ça ne pouvait pas tomber mieux ! Diaconia 2013 en est une merveilleuse illustration. Au cours de ces trois jours de nombreux chrétiens se sont engagés pour communiquer le vécu d'un événement national, pour témoigner de leur foi sur leurs réseaux et par ricochet auprès d'une multitude d'internautes.

Enfin, ce dimanche (à la messe à laquelle j'étais) une quinzaine de personnes ont reçu le sacrement des malades. Très beau geste de l’imposition des mains sur chacun, de l'onction réconfortante et fortifiante. La main sur une épaule, geste discret de soutien d'un parent ou d'un ami. Là ça n'a rien à voir avec les réseaux sociaux, mais ça a à voir avec Diaconia... enfin, pour moi ça se rejoint. Parce que les petits, les fragiles, les blessés-de-la-vie, les cabossés, les malades, les anciens... ce sont des frères à aimer et à servir... et là ce n'est pas toujours d'une évidence fulgurante...

Cerise sur le gâteau, la JMC avec son remue-ménage sur les réseaux sociaux a incité certains à pointer la souris de ce côté. Claire-Marie m'écrit : En cette journée des communications sociales, je découvre votre blog... Grâce à la JMC2013, je me suis enfin décidée à surfer sur Facebook et sur Twitter même si ça me reste difficile...  Bienvenue Claire-Marie et bonne route sur les réseaux sociaux. J'espère qu'il y a eu beaucoup de Claire-Marie en cette journée de la com.


Un autre tweet de Koz... histoire de tempérer le premier ;-)



(1) A l'attention des lecteurs néophytes : le signe # (hashtag) sur Twitter précède un mot-clé et permet de retrouver des tweets de même sujet.


mercredi 8 mai 2013

Messe pour la paix

C'est toujours un moment d'émotion de les voir entrer en procession dans l'église avec leurs drapeaux.
8 mai, commémoration de la victoire de 1945.
26 hommes, porte-drapeaux, des autorités civiles et militaires, des hommes et des femmes venus se souvenir et se recueillir.
Au-delà de la polémique sur l'opportunité de marquer encore cet anniversaire c'est un temps de recueillement pour tous, de prière pour les croyants.

Prier pour la paix c'est toujours d'actualité de même que prier pour ceux qui sont morts afin que nous soyons aujourd'hui en paix et pour ceux qui sont encore engagés dans des conflits meurtriers.

Évocation d'une page d'histoire un peu lointaine pour certains, mais pas pour en rester là. L'histoire est leçon et doit aider à construire l'avenir, puisse-t-elle nous enseigner des chemins de paix pour l'avenir. Dans son homélie le prêtre a retenu trois appels pour ceux qui veulent participer à la construction d'un monde en servant la paix.
 
Servir la paix c'est servir la vie. La vie comme un don qui nous précède et qui nous dépasse. Chaque jour accueillir cette vie que nous recevons comme un don.

Servir la paix c'est la concevoir comme un fruit de l'histoire des peuples. Et pour cela prendre conscience de notre histoire commune, des projets réalisés pour le rapprochement des peuples et qui contribuent à la fraternité et à la réconciliation.

Servir la paix c'est servir la quête de vérité. L'évangile adressé à tous est appel à faire la vérité, à chercher la vérité, sur nous-mêmes et en nous-mêmes.

En cette fête du 8 mai que chacun soit renouvelé dans sa volonté de servir la paix, en famille et dans ses diverses responsabilités  et à la chercher en vérité.


Vienne la paix sur notre terre, la paix de Dieu pour les nations,
vienne la paix entre les frères, la paix dans nos maisons.



samedi 4 mai 2013

Pourquoi tu m'as fermé la porte au nez ?

Il y avait un petit moment que je ne l'avais rencontrée et ce matin nos chemins se sont croisés, alors on a taillé une bavette sur le parking. Ça commence avec le basique : "Comment ça va ?"  Sauf qu'elle a répondu : "Bof, pas trop bien..."

Toujours un brin souriante elle commence à parler de ses douleurs, partout, qui rendent la marche difficile, du moral bien bas. Je me souviens qu'elle a subi une opération et je me branche là-dessus. Mais je m'aperçois vite que j'ai dû louper un chaînon, elle ne parle pas de l'opération. Des allusions me mettent sur une autre piste : secouristes... pompiers... voisins... pourquoi ils ne m'ont pas laissée partir ? Ils auraient mieux fait de ne rien faire. Les secouristes ça ne devrait pas exister. Et puis : le Bon Dieu, on se demande ce qu'il fait ? Pourquoi il n'a pas voulu de moi ? Il m'a fermé la porte au nez et m'a renvoyée ici. Mais qu'est-ce que je fais ici ?
En effet j'avais zappé l'AVC, les voisins qui appellent les pompiers, le séjour à l'hôpital et le retour à la maison. Des douleurs de toutes sortes. Toute seule chez elle, parce que veuve et des enfants loin, très loin. Quelques amies quand même qui viennent faire une partie de cartes, mais les jours sont si longs quand on n'a plus de goût à rien et que les forces et les capacités déclinent. Et elle insiste : ils n'auraient pas dû... ils auraient dû me laisser partir.

Et là je me retrouve toute gauche et maladroite. Rien à répondre à ça. Et ce n'est pas le moment de se réfugier derrière des paroles faciles ou de prêcher. Juste continuer à l'écouter, l'encourager à retrouver ses amies de la belote,  

Et combien d'autres ainsi ? Combien de personnes âgées (et même parfois pas très âgées), seules, sans plus de goût à la vie aspirent à "partir" ? Plus de projet, plus d'énergie, plus de raison de vivre. Après une vie bien remplie, l'envie de dire, à l'image du vieux Siméon, maintenant Seigneur ça suffit, laisse moi partir (Luc 2, 29). 



mercredi 1 mai 2013

Le Pape lui a serré la main...

... et il en est encore tout ému

C'était un voyage prévu, bien préparé, bien organisé par quelqu'un qui s'y connaît, qui prépare bien tout ça sur internet, parce que internet c'est son truc, c'est même un pro d'internet. Mais ça ne s'est pas passé tout à fait comme prévu.

Le cadeau des beaux-parents pour leur soixante ans de mariage c'est un voyage/pélé à Rome. Alors il a été sollicité pour bien préparer ça : voyage, réservations, hôtel et tout et tout... et bien sûr aussi l'audience du mercredi avec le Pape... à l'époque cela devait être avec Benoît XVI. Et bien sûr aussi il fera partie du voyage et accompagnera les beaux-parents dans cette aventure.

Mais voilà entre temps on a changé de pape et celui-ci est parfois imprévisible. Le jour J, un mercredi comme chacun sait, lever tôt pour être en place, et à la meilleure possible autant que faire se peut. Audience normale et tour de piste désormais habituel. Quelques pèlerins, surtout ceux qui sont en fauteuil roulant, sont dirigés vers une place voisine, pour la fin du tour de piste certainement. Mais notre ami aperçoit la papamobile vide... et soupçonne très vite un tour de piste à pieds. Là il va le voir de près... juste le temps de glisser à sa femme : prépare un phrase, que François arrive vers eux. Et là, 45 secondes merveilleuses : adresser la parole au pape, l'entendre répondre et lui serrer la main.

- on est venus de France pour les 60 ans de mariage de mes parents
- 60 ans ! répète François avec un ton et un visage émerveillés, c'est super
et la mamie d'ajouter : et on a 10 enfants
- 10 enfants ! répète François, aussi émerveillé, mais c'est vraiment super

Il a répété au moins 3 ou 4 fois c'est super, il a béni papi et mamie tout bouleversés, leur a serré la main ainsi qu'à leur fille et leur gendre non moins bouleversés et émus. Pouvait-il y avoir plus beau cadeau pour ce vieux couple chrétien qui célébrait 60 ans de mariage, a voulu aller à Rome pour cet anniversaire, et pour qui ce fut une merveilleuse surprise ?

Sans céder à la papolatrie, cette rencontre les a tous profondément marqués. Ils ont rencontré un homme bon, proche, spontané dans sa rencontre. Cela n'a pas duré une minute, mais c'était un tête-à-tête inoubliable. J'ai vu une magnifique photo de cette poignée de mains, les yeux dans les yeux où l'émotion se lisait sur les visages. Ça, ils ne sont pas près d'oublier, et comme il dit : ça n'arrive qu'une fois dans la vie...


dimanche 21 avril 2013

Le chœur de Notre-Dame

Ancien aménagement

Il est des choses qu'on ne voit plus à force de les voir, auxquelles on finit par s'habituer. Et depuis combien de temps c'est comme ça ? Question que j'ai posée hier, posée ce matin. De mémoire de fontenaisien personne ne peut se souvenir de quand date la rénovation du chœur de l'église. Au moins quarante ans... mais pas cinquante puisque c'est un des fruits du Concile Vatican II... et comme chacun sait le Concile c'était 1962-1965.

Dans l'élan du Concile on avait donc rénové le chœur des églises pour permettre une participation pleine et active des fidèles. Ainsi avait-on réduit l'espace entre le maître-autel et l'assemblée et, faisant le choix de dire la messe face à l'assemblée, il avait fallu installer des autels appropriés. Sont donc apparus les autels face au peuple, en avant des maîtres-autels souvent demeurés en place. C'est ainsi que l'église Notre-Dame de Fontenay a été dotée de son autel face à l'assemblée monté sur une immense estrade.

Nouvel aménagement (21 avril 2013)
Au fil du temps on s'est bien rendu compte que c'était quelque peu disproportionné. L'estrade occupait le tiers de la nef centrale, le célébrant était loin. L'installation ne répondait pas tout à fait aux objectifs voulus par le Concile et la réforme liturgique. Depuis deux ans une équipe a planché sur un projet de rénovation du chœur qui a abouti et que nous avons pu découvrir ce matin.

Rénover cet espace c'était d'abord se rappeler les orientations du Concile en terme de participation active des fidèles aux célébrations, participation favorisée par l'aménagement de l'église. Le lecteur doit être entendu depuis l'ambon, le prêtre doit pouvoir dialoguer avec l'assemblée.

Le sanctuaire, où se déroule la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique, se distingue du reste de l'église par une certaine élévation... juste proportion à trouver. Dans le sanctuaire, 3 espaces privilégiés :

  • l'autel, symbole du Christ, pierre angulaire de l’Église, en est le centre où converge l'attention,
  • l'ambon, d'où est lue la Parole de Dieu,
  • le siège du prêtre qui préside la célébration (siège de la présidence), signe du pasteur qui conduit son peuple.
Ces trois éléments ont donc été mis en valeur, sur une estrade plus sobre, moins élevée, qui libère de l'espace pour rapprocher l'assemblée du célébrant.

Le nouvel aménagement est à l'essai quelque temps afin de permettre des améliorations avant de stabiliser le projet et notamment de fixer l'autel qui signifie de manière stable et permanente le Christ. Un temps pour accueillir les remarques, les idées et suggestions des uns et des autres.

Et, cerise sur le gâteau, ce réaménagement a permis de redécouvrir une superbe rosace sur le sol, en excellent état. Évidemment coffrée pendant 40 ans elle était bien protégée ! Et personne ne se souvenait de son existence.

Merci à tous ceux qui ont participé d'une manière ou d'une autre à cette réalisation et que ce lifting contribue à nous renouveler aussi dans nos célébrations liturgiques, à redécouvrir la richesse,  la beauté et la signification de cette liturgie.

D'autres photos par ici

dimanche 7 avril 2013

Mamie aux oiseaux

Hier matin, il est arrivé au week-end des Tisserands (par là pour ceux qui auraient raté le feuilleton) avec un large sourire illuminant son visage, sa première parole a été :
- T'as vu la grand mère aux oiseaux ?
- ?... non...

Une grand mère tout emmitouflée, SDF, qui jetait du pain aux oiseaux devant l'église St François Xavier. Il lui a dit : "Bonjour Madame". Ça lui a fait plaisir, mais un brin déçue et étonnée elle lui a rendu son bonjour et ajouté : "ah vous avez chassé mes oiseaux!" Ils ont encore échangé deux/trois mots et il a filé son chemin.

Il est arrivé tout sourire. Comme si cette rencontre avait apporté un rayon de soleil pour lui comme pour elle, semble-t-il. Il ne parlait que de la Mamie, bonne bouille, un peu jouflue, lunettes rondes, souriante et causante.

En partant hier soir il pensait la revoir. Et ce matin, même chose. Ils ont causé un peu :
- Bonjour Madame...
- Bonjour Monsieur...
- Ils vous tiennent compagnie les oiseaux
- Oui il faut bien les aider les pauvres petits.

Difficile de souhaiter bonne journée a une SDF qui vient de passer la nuit dehors. Et pour qui la journée sera pareil.

Mais moi je n'avais toujours pas vu la mamie. Pas passée du bon côté de l'église.

Alors ce soir, en partant on est passés tous les deux du bon côté, du côté de la mamie, on était même trois : Stéphane était avec nous. Elle était encore là, sur les marches de l'église, ses paquets à droite et à gauche, aucun récipient pour l’aumône près d'elle, mais elle lisait Pèlerin.
On a taillé une bavette. Aucune plainte. Aucune demande si ce n'est du soleil. Le sourire sur les lèvres. La joie de lire cette revue : c'est sur Notre-Dame de Paris, et c'est très intéressant. On me l'a donnée...
Et la revue était belle et propre, pas de celles qu'on donne après l'avoir lue et triturée dans tous les sens.

Une femme, SDF bien sûr. Elle avait tout son patrimoine autour d'elle dans ces 2 sacs. Mais une SDF qui souriait, parlait volontiers et ne demandait rien, qui a refusé qu'on la prenne en photo... et elle avait raison. Oserais-je dire qu'elle n'avait pas l'air malheureuse ?

Cette rencontre nous a interrogés, bousculés (en plein Paris !), une SDF pas comme les autres, mais aussi nous a laissé quelque chose de la sérénité de la mamie.

samedi 30 mars 2013

Un Calvaire à deux croix

Hier matin quand je suis arrivée à l'oratoire de la communauté, Laetitia avait installé cette peinture sur un chevalet, bien en vue.



Un calvaire, c'était tout à fait le jour, vendredi saint. Il a soutenu ma prière tout en m'interrogeant quelque peu sur le nombre de croix, mais sans vraiment m'y arrêter. Elle me plaisait bien cette photo dans son style. Je remarquais une zone d'ombre à droite et déjà toute la lumière sur le corps de Jésus crucifié. Au pied de la croix, Marie à genoux et près d'elle le disciple que Jésus aimait. Le soldat avec la tunique de Jésus, celui à qui elle est revenue après tirage au sort ? (Jean 19, 24). Contemplation de la scène un peu en retrait de celle-ci.

Puis nous avons prié les Laudes ensemble, et à la fin de l'intercession, au moment des intentions libres, Laetitia a pris la parole.

Avec cette image je prie pour Lucien. A la prison où je faisais des visites on lui avait demandé de peindre le récit de la crucifixion. Lucien n'était pas croyant, mais il avait des talents d'aquarelliste. Il a lu le texte et il a dessiné comment cela résonnait en lui. Alors je lui ai dit : 
- mais tu as vu, tu n'as dessiné que deux croix... dans le texte il y en a trois...
- oui... mais la troisième c'est moi qui la porte...

Lucien a beaucoup souffert d'incompréhension, d'accusations fausses, de rejet, même après avoir purgé une peine non méritée. A sa sortie de prison il s'est un peu reconstruit grâce à des appels à ses capacités d'artiste, de bricoleur, d'électricien. Il ne semble pas qu'il se soit converti... et pourtant il a tout compris du mystère de la croix. Prions pour qu'il lui soit donné d'aller jusqu'au mystère de la Résurrection.

Je pensais encore à Lucien hier soir dans la grande intercession du Vendredi Saint :

Dieu éternel et tout-puissant, 
toi qui as créé les hommes pour qu'ils te cherchent de tout leur cœur 
et que leur cœur s'apaise en te trouvant,
fais qu'au milieu des difficultés de ce monde tous puissent discerner les signes de ta bonté 
et rencontrer des témoins de ton amour : 
qu'ils aient le bonheur de te reconnaître, toi, le seul vrai Dieu et le Père de tous les hommes.



vendredi 29 mars 2013

Nuit d'adoration

Détail bas-relief - Abbaye ND des Neiges
Va-t-on parler d'habitude, de coutume, de tradition... un de ces mots pour désigner une action qui se produit et se transmet régulièrement depuis un certain temps ?

C'était il y a 4 ans, à l’initiative du groupe qui avait lancé l'adoration eucharistique mensuelle. Chaque mardi soir, de 20 h à 21 h, un temps d'adoration pour les volontaires. Ils ont eu l'audace de proposer toute une nuit d'adoration après la célébration de la Cène, le Jeudi Saint. Un peu d'organisation et de stress pour assurer un minimum de présence tout au long de la nuit, surtout au creux de la nuit. Et ça a marché. Et ça marche ainsi depuis 4 ans. Donc la nuit dernière c'était la 5ème édition de la nuit d'adoration.

Et pourquoi toute une nuit d'adoration ? Et pourquoi ce jour-là ? L'évangile nous dit qu'après le dernier repas avec ses disciples, après l'annonce du reniement de Judas et de Pierre, après l'annonce de l'abandon des disciples (tout va mal)  Jésus va prier au Jardin de Gethsémani. Ses disciples le suivent. Il les arrête : restez ici, veillez avec moi, priez. Et lui-même va plus loin prier. On sait que leur veille n'aura pas été glorieuse, ils ne pouvaient garder les yeux ouverts (Mt 26, 43).

Aujourd'hui, ce temps de prière au cœur de la nuit, entre Cène et crucifiement, pour nous unir, en sa présence, à la prière de Jésus au Jardin des Oliviers. Temps gratuit où l'on se retrouve face à soi-même et face à son Dieu. Toute la nuit des veilleurs se sont relayés, même au plus profond de la nuit. Et pas que des personnes d'un certain âge, mais de toutes générations. Au petit jour ils sont encore nombreux pour la dernière heure. Un papa et sa fille avant d'aller au bureau ou au lycée. Maman est restée à la maison avec les plus petits, mais elle est venue au cœur de la nuit, aux heures les plus difficiles. Et ceux-là n'étaient pas là que pour eux mais ils étaient l’Église qui veille et prie avec son Sauveur.

A ceux-là, Seigneur, tu ne peux pas dire : "Vous n'avez pas été capables de veiller avec moi même une heure ?" (Mt 26, 40).

mercredi 27 mars 2013

Serait-ce moi, Seigneur ?

Église Notre-Dame - Fontenay-le-Comte

Ils étaient tous à table, Jésus et ses 12 amis pour la Pâque, selon la tradition juive.

Soudain, au cours du repas, sans qu'on s'y attende, les paroles de Jésus : l'un de vous va me livrer.* La petite phrase sibylline qui semble tomber comme un cheveu sur la soupe, qui sème le doute, la peur, la honte dans l'esprit des apôtres, qui les attriste profondément (dit aussi l'évangile).

Qu'a-t-il pu se passer en chacun d'eux ? Gorge serrée, stress et peur au ventre, le cœur qui bat la chamade. Livrer le Maître ? Le trahir ? Comment cela serait-il possible ? Et pourtant la question se pose, taraude, le doute s'insinue en chacun. Et quand même si c'était moi ? Et pour en avoir le cœur net l'un après l'autre s'enhardit à poser la question : Serait-ce moi, Seigneur ? Ainsi formulée la question (me) paraît quelque peu timide. J'aime beaucoup la traduction de Ze Bible, tellement le reflet de ce que chacun devait penser, énergique et défensive : Ce n'est pas moi, n'est-ce pas, Seigneur ? Ben non, enfin, c'est pas possible que ce soit moi qui te trahisse. Après tout ce qu'on a vécu ensemble, nos bons moments et nos accrochages, notre amitié est bâtie sur le roc, rien ne peut la briser, elle est fidèle à tout jamais.

Aujourd'hui j'ai juste envie de m'arrêter à cette question des apôtres, à leur certitude ébranlée qui nous renvoie au plus profond de nous mêmes. Je ne sais pas de quoi je suis capable. Ma faiblesse ira-t-elle jusqu'à te renier ? Serait-ce moi, Seigneur ? ou la fragilité de l'engagement de l'homme.

* De la liturgie du mercredi saint, Mt 26, 14-25


samedi 23 mars 2013

La légende de l'arbre vert



C'est le printemps, et on en sent le premiers signes. Un ou deux oiseaux s'essaient à chanter le matin quand j'ouvre mes fenêtres, les pâquerettes lèvent le nez dans le pelouse encore ébouriffée après l'hiver, les arbres bourgeonnent, plus ou moins selon leur espèce.

La grande place de la ville est plantée de magnifiques marronniers d'un autre siècle. De jour en jour on les voit changer, les bourgeons d'abord timides gonflent et éclatent pour laisser surgir les feuilles fripées, vert tendre.

Mais l'un de ces marronniers est une énigme. Pourquoi, tous les ans à cette époque, est-il toujours en avance sur ses voisins ? Et lui seul, toujours lui, pas un seul autre ne déroge au cycle de floraison. Invariablement il bourgeonne avant les autres, il se pare de feuilles avant les autres, un peu insolent.

L'histoire raconte que pendant la Révolution la guillotine se trouvait à ses pieds (ou à proximité) et que le sang des nombreux condamnés à mort de 1793 l'a arrosé. La légende dit que la floraison précoce du marronnier est due au sang des guillotinés.

Évidemment chacun croit ce qu'il veut. Mais une légende a toujours un certain charme, et elle n'est qu'une légende. Elle laisse la porte ouverte à d'autres rêves en attendant que la science ne trouve LA solution de cette énigme. Messieurs les scientifiques, la balle est dans votre camp, mais je ne suis pas pressée d'avoir votre réponse. J'aime ce temps d'avance du marronnier, comme pour entraîner ses frères et leur donner confiance dans la nouvelle aventure qui commence. A quelques jours de Pâques cette image me fait penser à la résurrection. Christ premier-né, Christ ressuscité qui nous entraîne dans la Vie nouvelle.

dimanche 17 mars 2013

Je ne te condamne pas


Faudrait savoir : ils commencent par lui amener la femme prise en flagrant délit*, qu'ils accusent, et quand Jésus leur rétorque "et bien si vous êtes meilleurs allez-y,  jetez lui la pierre" ils se dégonflent et repartent tout penauds.

©Carpe Deum
La loi, du temps de Jésus, condamne l'adultère à la lapidation. Mais Jésus semble faire le sourd., il ne dit rien par rapport à l'accusation elle-même. Il dessine sur le sol. Plutôt limite comme politesse, provocation. Et les scribes et pharisiens d'insister : non mais quand même il y a une sanction pour ça, alors tu en dis quoi , toi ? Jésus ne répond toujours pas à la question mais renvoie chacun à sa conscience, il ne condamne pas la femme : "Je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus".

En même temps que Jésus pardonne la femme et la renvoie à sa vie il ne l'enferme pas dans sa faute, mais lui ouvre un avenir, faisant comme un écho à la parole de St Paul aux Philippiens (8, 13) : "oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l'avant".

Qui es-tu donc pour juger ton frère ? Il ne s'agit évidemment pas de dire que tout est bien, il faut distinguer le bon du mauvais, mais il s'agit de ne pas juger la personne. Difficile exercice de condamner l'acte sans jamais condamner la personne qui le pose. Ainsi en est-il de tout comportement moral.

L'amour efface le passé, aucun n'osa jeter la pierre,
et tous les yeux se sont baissés.
L'amour efface le passé 
[…] il nous redonne une autre chance
il nous invite à pardonner, 
l'amour efface le passé.
(Paroles de M. Ginot, sur une musique de J. Akepsimas)

jeudi 14 mars 2013

Habemus Papam Franciscum

Quand on s'en remet à l'Esprit-Saint c'est toujours surprise garantie. Une fois encore il a confirmé sa réputation de souffler où et comme il veut. Jorge Mario Bergoglio... qui c'est ça ? C'est celui que les cardinaux réunis en conclave viennent d'élire Pape. Après le célèbre Habemus Papam prononcé par le cardinal Tauran on attend avec impatience de voir le visage de cet inconnu, même pas évoqué parmi les papabili.

Quand il est apparu à la loggia, j'ai vu d'abord un homme abattu, figé, qui paraissait écrasé par le poids de la charge soudaine. Puis au fur et à mesure des applaudissements qui montaient de la place St Pierre un sourire a progressivement illuminé son visage. Ses premiers mots ont été ce qu'il y a de plus simple "Bonsoir" suivi d'une note d'humour "... il semble que mes frères cardinaux sont allés chercher le pape au bout du monde".

François* est le nom qu'il a choisi. A lui seul ce nom donne le ton, évoquant le poverello d'Assise, simplicité, pauvreté, humilité. Humilité, on le voit déjà dans son attitude. Il commence par demander à la foule de se recueillir quelques secondes dans le silence et dans une très belle attitude, spontanément lui-même s'incline pour se recueillir. Et les dizaines de milliers de pèlerins de la place St Pierre font silence. Puis il demande de prier avec lui, tout simplement avec les mots de toujours que le Christ nous a laissés... Notre Père qui es au cieux... Humilité quand il demande la bénédiction de Dieu pour lui-même avant de la donner au monde. Sa première bénédiction urbi et orbi.

Ses derniers mots seront à l'image et en réponse aux premiers. D'un geste il redemande le micro déjà rangé pour dire aussi simplement : "bonne nuit... à bientôt".

Ce matin dans notre prière de communauté, prière d’Église et prière pour l’Église, nous avons pris cette belle hymne pour un pasteur, bien de circonstance :

Unique Berger, ô Jésus, ta main se pose sur l'épaule de cet homme :
par lui tu mènes ton troupeau :
ce berger, à ton image, tu le façonnes.

Sans cesse ta main l'affermit pour qu'il chemine dans la force et la patience ;
et lui s'efface devant toi :
pur reflet, parmi ses frères, de ta présence.

L'Eglise de toi l'a reçu, il passe en tête, pour marcher vers les montagnes :
vers Toi, la Tête, ô Jésus, il oriente tout le peuple qui l'accompagne.

Vers toi il aimante l'amour de ceux qui l'aiment, et lui-même à toi se donne ;
tu le consacres dans l'Esprit, et déjà, de ta lumière tu l'environnes.


* François, et non pas François 1er comme on l'a dit au début. On ne dira François 1er que quand il y aura un second François. Pour l'instant pas de confusion possible puisqu'il est le seul Pape avoir pris ce nom.

mardi 12 mars 2013

Twitter, 115 cardinaux et un conclave

Se risquer à écrire quelque chose sur le conclave maintenant relève de la témérité ou de l'inconscience. Tout a été dit, écrit, filmé, que pourrais-je ajouter ? Beaucoup de très bons articles, des approches diverses, des sujets complémentaires, une grande richesse. Je ne me souviens pas d'une telle effervescence abondance pour l'élection du précédent pape.

J'ai suivi tout ça avec une certaine attention et en particulier sur Twitter, et aujourd'hui d'un peu plus près encore évidemment.
Ce matin avant la messe, plusieurs cardinaux ont envoyé leur dernier tweet (last tweet before Conclave) en remerciant leurs followers (abonnés) de leur être unis pendant ces jours et de prier pour le conclave et pour l’Église. Dernier message de cardinaux à leurs Églises.

Dans l'après midi grâce à quelques journalistes on a pu suivre le déroulement de l'entrée en conclave, la procession, le Veni Creator, la prestation de serment, agrémentés parfois de quelques photos, des remarques sur l'ambiance. A travers ce défilé de tweets on entrait dans un événement vécu en direct et à travers le monde. Twitter permettait des réactions et une certaine communion que n'autorisent pas la radio ou la télévision. L'émotion des cardinaux, la gravité du moment étaient perceptibles.

Et puis ce fut le "Extra omnes", tout le monde dehors. Donc les voilà bouclés, enfermés dans la Sixtine jusqu'à ce qu'il en sorte un pape. Confisqués les téléphones, smartphones, tablettes et autres outils du web 2.0. Bannie toute communication avec l'extérieur et donc exit Twitter. Parce que parmi les cardinaux, on l'a vu, il y en a plusieurs qui twittent honorablement. Et ça c'est nouveau par rapport au conclave de 2005 où Twitter n'était pas encore né. Les voilà sous clé, ce que signifie conclave d'ailleurs. Seuls avec leur conscience devant Dieu. Dans l'après midi ils ont prêté serment de conserver le secret et de voter librement. Avant de voter ils s'engagent à voter en conscience et enfin au moment de déposer leur bulletin dans l'urne ils disent une dernière prière, qui d'ailleurs pourrait être reprise pour toute élection : "Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge le plus apte pour remplir cette charge."

Le conclave est le temps du secret, du silence, de la prière, pour une décision prise en conscience et devant Dieu. Et Twitter (que j'aime beaucoup) n'y a plus sa place, son rôle c'était avant, ce sera après, mais pas pendant. Place à l'Esprit Saint.


dimanche 10 mars 2013

Ma miséricorde ne se déploiera pas sans toi

Rembrandt - Le retour du fils prodigue
Ce 4e dimanche de Carême nous offre la  parabole du Père et de ses deux fils. Pourquoi ce très beau texte, archi-connu, a-t-il surtout été médité du côté du cadet des fils ? Longtemps appelé Parabole de l'enfant prodigue il était proposé à la méditation dans les célébrations pénitentielles. Et l'examen de conscience tournait autour de : en quoi me suis-je éloigné de mon Père ? Comment ai-je dilapidé ma fortune, entendons les dons reçus ? Quel orgueil m'a poussé à me suffire à moi-même et oublier de qui je tiens la vie ? etc.

Le célèbre tableau de Rembrandt représente aussi le retour du prodigue. Même si, en regardant bien on peut deviner l'autre fils, ce n'est pas sur lui que s'attardent le regard et la méditation suggérée.

Dans nos méditations nous nous assimilons plus souvent au fugueur, au prodigue. Comme dans le récit biblique l'autre fils ne retient pas beaucoup l'attention.

Rien d'éclatant dans sa vie, que de l'ordinaire, de la routine parfois. On en oublie le frère fugueur jusqu'au jour où il revient, penaud et contrit. Accueilli à bras ouverts par son père qui n'attendait que ça, et pour le scandale du grand frère. Alors qu'on pourrait s'attendre à la réconciliation générale, la discorde recommence avec le courroux du frangin. Et il vient tout gâcher. (Serais-tu jaloux parce que je suis bon ? cf. Mt 20, 15). Décidément pauvre papa, tu n'as pas de chance avec tes gars. Il y en a toujours un pour briser ton cœur de père.

Et il est tellement remonté contre son père et son frère à la fois qu'il ne les reconnaît plus comme tels : Ton fils que voilà dit-il en parlant de son frère. Il s'auto exclue du cercle familial qui les unissait tous les trois. Mais le Père le rétablira dans sa réponse : Ton frère que voilà...

Et si des deux frères le plus sale gosse c'était l'aîné ? Celui qui est resté, celui qui n'a jamais désobéi, celui qui a trimé sans compter dans l'entreprise familiale ?... et si c'était moi ?... Parce que moi je vais à la messe tous les dimanches, je prie matin et soir, je fais mon Carême, je donne à la quête et au denier, je visite les malades, j'essaie d'aimer mon voisin... je suis dans les clous quoi...

Avouons que c'est déstabilisant d'entendre (ailleurs) Jésus dire "les publicains et les prostituées vous précéderont dans le royaume des cieux  (Mt 21, 31). Cela ne va pas de soi d'imaginer certaines personnes nous devancer dans ce Royaume promis.

Mais l'histoire n'est pas tout à fait terminée. On sait que c'est happy end pour le cadet, mais pour son frère, comment ça se termine ? On ne sait pas vraiment.... C'est à son tour de s'en aller, mais à quelle conversion sera-t-il appelé... va-t-il y consentir ? comment ? Il y a une chose qu'il n'a pas encore expérimentée c'est l'infinie miséricorde de son Père, capable de l'aimer sans condition, au-delà de toutes frasques.

La parabole n'est pas la parabole du prodigue, ni même celle des deux fils, mais la parabole de la miséricorde du père.

Au fond, ce n'est pas tant la jalousie du premier qui est grave que l'orgueuil du second qui refuse au père de laisser manifester sa miséricorde.Mon enfant, ne fais pas obstacle au rayonnement de ma miséricorde.

Écoutons le Père nous dire aujourd'hui : ma miséricorde ne se déploiera pas sans toi.

dimanche 3 mars 2013

Temps des hommes et temps de Dieu

L'excellente homélie de ce matin (oui, je l'ai trouvée excellente) m'a suggéré ce titre et cette réflexion. Non, non, je ne vous pique rien M'sieur l'curé, c'est juste que j'ai un peu cogité après.

A partir des trois textes que la liturgie nous donne ce dimanche notre attention est attirée sur le temps. Le temps qu'il faut à Moïse pour rencontrer Dieu et comprendre son message. Le temps qu'il lui faudra pour faire sortir son peuple de l'esclavage. Le temps si long pour que le figuier donne du fruit. Et le vigneron d'implorer la patience de son maître : laisse encore un peu de temps, que je bêche autour... peut-être donnera-t-il du fruit ?

On le sait bien, le temps de l'homme n'est pas le temps de Dieu.
D'ailleurs Dieu n'a pas le temps, il a l'éternité, et ce n'est pas pareil.
Cela me rappelle les cours d'un brave dominicain qui venait nous initier à la métaphysique quand nous étions au Noviciat, ses définitions nous ont marquées. Le temps c'est la durée de l'être soumis au mouvement (l'homme) ; l'éternité, la durée de l'être immuable (Dieu). Le temps est limité, l'éternité n'a pas de cadre.

N'est-ce pas ce que nous disons dans les doxologies qui concluent nos prières ?
Elles disent la Trinité : Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit,
et elles disent l'éternité de cette Trinité : au Dieu qui est, qui était et qui vient.

Le temps qui évoque patience, persévérance, recommencement... des vertus qui ne vont pas de soi.
Ce temps, qui passe tantôt trop vite tantôt pas assez vite, parce qu'il nous en faut du temps pour consentir au dessein de Dieu, pour nous convertir. Comme pour le figuier de la parabole, les fruits sont parfois longs à venir, mais la croissance ne se voit pas et ne fait pas de bruit. Donnons du temps au temps comme on dit.

Dieu nous donne le temps pour entrer dans son éternité. Lui qui n'a que l'éternité se moque bien de nos comptes. Il ne calcule pas. Ainsi il n'est jamais trop tard pour Lui, il n'est jamais trop tard pour se mettre en route. Encourageant, non ?

lundi 25 février 2013

20 secondes de silence... c'est long

Hier soir au 20 h de France 2 Laurent Delahousse avait invité Muriel Robin à l'occasion de son retour sur scène après 8 ans d'absence.  A force de tout faire pour les autres elle en a fait un burnout, selon ses propres mots. Et alors comment on se remet ?

Et Muriel de nous expliquer qu'il lui a fallu prendre du temps pour elle. Il faut du temps pour se ressembler, pour régler des choses, pour s'occuper de soi.

On parle souvent du lâcher prise... c'est important... faire une pause, apprécier le silence... C'est rare aujourd'hui le silence, il faut toujours remplir, mettre de la musique... à la télé, partout.
Et elle lui coupe la parole :

-  vous voulez qu'on fasse un moment de silence ?
-  30 secondes,
-  30 ? on essaie
-  pas plus... 30 maxi
-  bon, on fait 20.

Surpris, il a sûrement aussi eu peur Laurent : un silence à la télé ! (Peut-être même a-t-il eu une mise en garde de ses chefs via l'oreillette). Et c'est parti. C'est vrai que ça fait drôle quelques secondes de silence à la télé.

"Voilà ça fait à peu près 20 secondes..."
elle a éclaté de rire.
Oui Monsieur Delahousse, vraiment à peu près, ça en fait à peine 15. Mais c'est quand même long 15 secondes de silence à la télé. Vous ne nous avez vraiment pas habitués à ça.

Originale, inattendue et amusante la propositon de Muriel Robin, mais pourquoi pas. Fallait oser. Et elle nous renvoie la balle. Le silence c'est possible.
Le silence rare aujourd'hui, fait peur, alors on le raccourcit  avec plein de bonnes raisons pour ne pas le faire durer. Pourtant un peu pratiqué, il apaise, repose, permet de se ressourcer, de prendre du recul... Pour le chrétien il est le lieu de la prière, de la rencontre avec Dieu, et prépare aussi la rencontre de l'autre...

Quels espaces de silence dans ma vie ?

L'interview de Muriel Robin
(la minute les 15 secondes de silence c'est à 6 mn 50)

jeudi 21 février 2013

"Après avoir examiné ma conscience devant Dieu..."

...c'est ainsi que Benoît XVI a introduit son message de démission le 11 février dernier.

Cette décision a été immédiatement et longuement commentée, le plus souvent bien accueillie une fois la surprise dépassée. L'hebdomadaire Pèlerin en fait un dossier spécial et propose de retrouver plusieurs de ces réactions.

Bien sûr d'autres voix se sont élevées  pour exprimer un désaccord, normal aussi... on ne démissionne pas de cette charge, motif soutenu par moult arguments. Mais ce n'est quand même pas la majorité des réactions.

Parmi ces réactions négatives je retiens un article dans La Croix de ce 19 février, opinion de deux professeurs de philo, Pierre Dulau et Martin Steffens.  L'abandon du Pape est une catastrophe, ce titre quelque peu provocateur invitait à entrer dans l'article.

Pour les auteurs la papauté est une fonction qui engage celui qui l'assume jusqu'à la mort, l'abandonner est une catastrophe. [...]  Un Pape qui démissionne, c'est un pont qui décide de ne pas atteindre l'autre rive dont il est la promesse. [...] Un PDG ou un président peuvent démissionner. Un pape, lui, est démissionné par la mort. [...] Quant à l'humilité, ne consiste-t-elle pas plutôt à consentir à une charge qui blesse notre nature immédiate ? Le poids qu'il doit porter est, bien sûr, trop lourd pour lui. Mais s'il ne l'était pas, il ne serait pas le pape.

Je trouve ces propos et le ton de l'article dans son ensemble particulièrement durs et accusateurs. Que cette décision surprenne, pose des questions inédites, soit, et cela ne peut qu'être constructif, mais au nom de quoi peut-on se permettre de juger une telle décision, et prise "après avoir examiné [sa] conscience devant Dieu", selon ses propres termes ? Qu'on relise la déclaration même de Benoît XVI, les mots pesés, le propos clair et humble, la décision fruit du discernement, la conscience de la gravité de cet acte...

Il y a aussi Mgr Noyer qui ne donne pas le même écho que l'ensemble de ses pairs, son propos est plus sévère, mais il analyse le contexte et le monde actuel, et il reconnaît à Benoît XVI toute la grandeur de sa décision et le souffle nouveau qu'elle peut faire lever. "Personne ne songe aujourd’hui à lui reprocher d’avoir fait ce qu’il a cru bon de faire", dit Mgr Noyer dans sa conclusion... Et bien si Monseigneur il est des philosophes qui se permettent de lui reprocher cette décision et de la juger !

Je n'ai pas la prétention de me mesurer à deux professeurs agrégés de philosophie, mais d'autres voix, ébranlées également par cette décision, nous ont proposé des réflexions plus constructives.

Quelques unes de ces réflexions... au hasard, parmi tant d'autres :
- Mgr Noyer : Benoît XVI : constat d'échec ?
- Christine Pedotti : Benoît XVI libère le pape
- Rémi de Maindreville : Le renoncement de Benoît XVI
- et aussi l'incontournable revue de presse de Stéphane Lemessin avec quantité de liens


lundi 18 février 2013

Une spécificité pour les sites de Congrégations religieuses ?



Le week-end dernier j'étais à une rencontre de webmasters de sites de Congrégations religieuses. La CORREF, organisatrice, avait invité Mgr Giraud (l'évêque aux twittomélies) évêque de Soissons et Président du Conseil pour la Communication de la Conférence des évêques de France ainsi que deux jeunes jésuites : Thierry Lamboley et Gréoire Le Bel. 

Nous étions quand même plus de 110 à cette session, c'est dire la présence et l'intérêt de la vie religieuse sur internet.

Personnellement j'ai beaucoup apprécié l'intervention de Thierry Lamboley comme invitation à la réflexion sur l'originalité des sites de Congrégations. En quoi et comment notre spécificité religieuse va-t-elle transparaître sur nos sites et les rendre différents d'un site de diocèse ou de paroisse ? Qu'avons-nous à dire de particulier et que nous seuls pouvons dire ? La vie religieuse donne-t-elle un style pour des sites de Congrégations ? Qu'est-ce qui va nous distinguer d'une ONG ? Comment donner accès à ce qui ne se voit pas et qui fait notre identité ?

Le Jésuite a ouvert de nombreuses pistes de réflexion.
Attention au vocabulaire utilisé. Si tout site d'Église doit avoir le souci d'être compris de ses lecteurs y compris des non cathos, il en est de même pour nous. Comment renouveler notre vocabulaire pour être accessibles ? Des mots tels que pauvreté, chasteté, obéissance ne disent rien aux gens d'aujourd'hui.... comment exprimer autrement la profondeur de notre consécration religieuse ? Et la consécration religieuse... qu'est-ce que c'est sinon l'engagement à servir Dieu et Dieu seul. Comment ce choix transpire-t-il sur nos sites ?...

La vie religieuse donne à voir un style de vie étonnant dans l'Église et le monde; et cette réalité est portée surtout par des femmes. Sans être revendication féministe comment nos sites témoignent-t-ils de cette réalité du rôle et de la place des femmes dans l'Église. Si nous ne le faisons pas... qui le fera ?

La vie religieuse est mystère pour nos contemporains, beaucoup s'interrogent sur notre vie de prière, de communauté, de travail, sur nos engagements... Nos sites peuvent devenir lieux de témoignage. Qui mieux que nous peut dire ce que nous vivons, nos rassemblements, temps forts et fêtes de Congrégation... même simples et apparemment ordinaires...

Si nous sommes habités par des convictions, des valeurs, des références elles transparaîtront dans nos sites et diront quelque chose de nous et de nos vies. L'esprit des fondateurs qui nous habite, doit donner une coloration et une particularité à chaque site.

Les sites de Congrégations sont la vitrine des Congrégations, des lieux de témoignage pour aujourd'hui. A nous de les entretenir, les soigner, les tenir à jour, les rendre vivants en gardant notre originalité sans devenir le site d'une quelconque association.

Et cela en utilisant les moyens qu'offre internet. Des outils d'aujourd'hui pour dire à qui veut bien l'entendre et à qui cherche ce que vivent les religieux et ce qui les fait vivre.

Webmasters de Congrégations osez osons aller de l'avant et être témoins de ce que nous vivons sur nos sites comme nous pourrions l'être dans nos bulletins à la Gutenberg ;-) 
L'esprit de la vie religieuse qui nous habite et nous façonne a sa place sur le net, et si NOUS ne le transmettons pas, qui le fera ?


vendredi 8 février 2013

Leçon de grippe

Il y une poignée de semaines, à l'occasion de la nouvelle année, on s'adressait des vœux ...et surtout la santé, parce que la santé... Oui, parce que la santé c'est ce qu'il y a de plus précieux. Et c'est bien connu que c'est quand elle flanche qu'on se rend compte à quel point elle est précieuse.

J'ai la chance d'être de ces gens à la santé robuste, jamais malade, alors quand survient une grippe un peu compliqués, outre l'étonnement amusé que cela suscite, ça fait regarder les choses autrement.

Ca veut dire changer de rythme, d'horaire, ne plus être la première debout et fière de l'être, être un peu plus dépendante des autres même pour les choses les plus banales, ne pas pouvoir sortir parce qu'il fait froid et qu'il faut rester au chaud, être coupée de l'extérieur, décliner toutes réunions et rendez-vous, accepter que d'autres fassent ce que je devais faire etc. Quelque part, ne plus être maître de gouverner mon territoire à ma guise. Mesurer, l'espace de quelques jours, mes limites.

Insensiblement la pensée s'en va vers d'autres malades, gravement atteints, lourdement handicapés par la maladie. Ce voisin rongé par la maladie de Charcot qui voit ses capacités diminuer de jour en jour et s'accroître la dépendance. Cette Sœur qui se bat contre un cancer ravageur. Cette femme atteinte d'une maladie orpheline, aux muscles littéralement bouffés par le mal. Et tant d'autres... Un autre regard pour eux, une attention, une pensée priante et me rendre compte à nouveau de ma gaucherie face à ces gens.

Et dimanche c'est le dimanche de la santé. De la santé ? Oui, mais on y prie pour les malades, leurs familles, les soignants, les chercheurs... Paradoxal : quand on parle du monde de la santé on parle de mal santé, mais aussi c'est vrai de ceux qui œuvrent pour que progresse la santé.

Alors je reprends cette prière proposée par Chantal Lavoillotte pour ce dimanche de la santé :  Seigneur, donne-moi ta parole.
Seigneur Jésus, Toi la Parole de Dieu,
Donne-moi Ta parole pour ma vie.

Quand je suis fatigué, découragé, désenchanté,
Donne-moi Ta parole.
Qu' elle me réconforte et me relève.

Quand mon frère malade n' en peut plus de souffrir, d' être inquiet,
Donne-moi Ta parole.
Apprends-moi les mots qui apaisent, apprends-moi aussi à me taire.

Quand mon frère âgé n' en peut plus de sa solitude, de son isolement,
Donne-moi Ta parole.
Apprends-moi les mots qui consolent, les mots qui soulagent.

Quand mon frère sans papier n' en peut plus d' avoir peur, d' être rejeté,
Donne-moi Ta parole.
Qu' elle fasse de moi un frère sans frontière.

Quand mon frère handicapé n' en peut plus de ne pas être écouté et entendu,
Donne-moi Ton silence, Seigneur Jésus.
Qu' il y trouve un espace pour s' exprimer.
 

samedi 26 janvier 2013

Vers Diaconia 2013

Diaconia 2013, c'est lancé depuis déjà près d'un an et demi et c'est dans moins de 4 mois, à l'Ascension. Il serait temps de s'activer !

A plusieurs reprises depuis quelques années les évêques de France ont attiré l'attention sur les précarités et la dureté de la vie en général, et à tous les niveaux. A l'approche de Noël ils ont invité à "vivre Noël autrement". C'est en réponse à l'appel des évêques de France en 2009 qu'a été lancée la démarche Diaconia 2013 : Servons la fraternité !

Et à quoi nous invite cette démarche ? Le sous-titre est explicite : Servons la fraternité !  Voilà, c'est clair : le service du frère. Et comment servir la fraternité si ce n'est en commençant par ouvrir les yeux pour d'abord voir ce qui se passe. A la façon de la relecture, un stop-j'ouvre-les-yeux, de quoi suis-je témoin ? Une sorte d'appel à témoins sur des coup d'main... coup d'coeur... coup d'gueule... coup d'pouce... coup dur...

Il faut reconnaître que dans notre paroisse l'opération peine à avancer. Elle a démarré laborieusement, il y a eu quelques rencontres, toujours timides. Hier soir l'équipe de pilotage avait largement invité les responsables de mouvements et associations caritatives pour présenter les deux étapes suivantes : recueillir des fragilités puis des merveilles dans ce qui se vit autour de nous. Peut-être un peu plus difficiles de voir les merveilles avec cette fâcheuse tendance qu'on a à plutôt voir ce qui ne va pas que ce qui va bien. Pour ensuite écrire le livre blanc des fragilités et le livre des merveilles. Livres qui seront présentés à la paroisse et au rassemblement national de Lourdes à l'Ascension auquel participeront des délégués des paroisses.

Pourquoi cette frilosité alors que le thème est tant d'actualité, alors que nous avons si soif de fraternité, d'attention, d'écoute, dans un contexte politico-socio-économique dur à vivre ?

Ce ne sont pourtant pas les documents qui manquent : tracts, propositions et guides de rencontres, le très beau hors série de Prions en Église pour prier et réfléchir et le site internet Diaconia 2013, riche et vivant.

Repérer des fragilités ou des merveilles n'est pas une fin en soi, mais les ayant repérées appeler à vivre, dans la réciprocité, la fraternité et l'espérance avec les personnes en situation de fragilité. C'est aussi un rappel que pour un chrétien la fraternité et le service du frère ne sont pas une option mais une manière de vivre sa foi chrétienne à la suite du Christ.

Alors allons-y, il est temps ! Ouvrons nos yeux et nos cœurs et soyons acteurs de fraternité au cœur de nos différentes communautés de vie. 


jeudi 17 janvier 2013

Vœux œcuméniques

C'est la saison des vœux. Parfois un peu remis en cause ils sont encore largement partagés.

Pour la troisième année le curé et le pasteur ont tenu à présenter leurs vœux non seulement aux paroissiens mais à l'ensemble de la population du pays de Fontenay. L'invitation était large et s'adressait à tous afin que chacun se sente invité et accueilli, quelles que soient ses croyances ou ses opinions. Une soirée conviviale, où chacun vient et part au moment qui lui convient. Un temps gratuit pour se saluer les uns les autres, se rencontrer, faire connaissance parfois, autour d'un buffet froid.

Pour introduire leurs vœux chacun y est allé de son conte.
Le pasteur a raconté l'histoire des deux loups. Le vieillard dit à l'enfant : "il y a deux loups en toi : celui de la révolte, de la jalousie, de la haine et celui de la joie et de la paix. Ils combattent, et lequel des deux va gagner ?... Celui que tu auras nourri."
C'est ce que nous nourrissons qui grandit.
Je vous souhaite une année paisible, et nous allons la faire ensemble.

Le curé, à partir d'un souvenir d'enfance où on se souhaitait "bonne année, bonne santé et le paradis à la fin de tes jours" a fait un rêve de paradis et d'enfer. Dans l'un et l'autre lieu des gens avaient un bol de riz et de longues baguettes. Ceux de l'enfer essayaient de manger seuls avec leurs baguettes mais n'y parvenaient pas car elles étaient trop longues. Ceux du paradis se servaient de leurs baguettes pour nourrir leur vis-à-vis, et ils étaient heureux.
Je nous souhaite de nous nourrir les uns les autres de nos rencontres et de nos découvertes, de paroles échangées, de projets menés ensemble,

A y regarder de près ce ne sont pas vraiment les vœux qui sont œcuméniques mais bien plutôt la démarche en elle-même. Invitation conjointe du curé et du pasteur, préparation de la soirée par les deux communautés chrétiennes, pour accueillir largement, nous ouvrir à la richesse du monde associatif, créer des liens. Cette démarche a bien sa place et son sens à la veille de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens.

lundi 7 janvier 2013

Je m'appelle Bruno... et je viens du Sénégal

Ça fait déjà presque un mois qu'il est arrivé mais c'est seulement hier qu'on a pris le temps de bien s'accueillir mutuellement, avec la communauté paroissiale.

Début décembre on nous annonce l'arrivée d'un autre prêtre dans l'équipe pastorale, il s'appelle Bruno, il arrive du Sénégal. Il vient quelques mois pour s'acculturer, comme on dit avec un grand mot... Connaître la France, sa culture, sa façon de vivre... découvrir l’Église de France.

Sitôt arrivé sitôt lancé dans le grand bain. Il accompagne le curé dans toutes ses sorties pour les présentations d'usage, le repérage indispensable ; dès le lendemain il concélèbre la messe, puis se lance (est lancé ?) dans une brève homélie de semaine et le dimanche suivant dans une "vraie" homélie du dimanche.

Je ne sais pas comment ça se passe chez lui, mais il a l'air de bien s'y mettre à notre pays. Même au climat. Quelques tracasseries administratives ont retardé son départ du Sénégal et il a eu la malchance d'arriver en France au seul moment où le mercure flirtait avec le zéro degré. Transition thermique brutale ! Heureusement pour lui cela n'a pas duré.

Je me permets une anecdote, juste après son arrivée. Il me fallait une photo pour le mettre dans le trombi de l'équipe pastorale. Il est OK, je me pointe au presbytère avec le matériel ad hoc, mais au moment de la photo il m'arrête d'un geste : il manque quelque chose. Je me dis qu'il va se faire une beauté... à son retour je ne vois rien de changé, si ce n'est une paire de lunettes à la main. Je ne l'avais pas encore vu avec des lunettes, à l'étonnement que je manifeste il répond :
- il faut que je mette mes lunettes pour la photo
- si tu ne les portes pas habituellement, ce n'est peut-être pas la peine de les mettre pour la photo...
- je les mets juste pour dire la messe... Si je ne les ai pas sur la photo, les gens ne me reconnaîtront pas
- (je n'ai pu m'empêcher de sourire) si tu ne les mets que pour dire la messe, je pense que ça ira, même sans lunettes on te reconnaîtra bien
- ah oui, c'est vrai, je suis en France.

Son visage toujours souriant ne laisse rien deviner de ce que fut son rude combat pour devenir chrétien puis prêtre et Spiritain. De mère chrétienne et de père animiste il a dû s'opposer durement à son père pour mener à bien son projet et répondre à sa vocation. Confiant en Jésus qui l'attirait et en l'Esprit qui le guidait il a gardé le cap à travers la tempête. Est-ce cette confiance qui a permis à son père d'accepter sa décision juste à l'heure de l'ordination ? Est-ce cette réconciliation qui l'envahit de paix et éclaire ainsi son visage d'un sourire contagieux ? Comme il dit lui-même : "Un jour j’avais tout perdu à cause de Jésus. Aujourd’hui il m’a comblé au-delà de mes espérances".

Bruno  c'est le prénom qu'il a reçu au baptême, Assaline c'est le prénom que lui ont donné ses parents à sa naissance. Quand il se présente il aime donner les deux prénoms.

Tout juste un mois avec nous et déjà bien adopté. L'acculturation, l'inculturation c'est un chemin de conversion et de connaissance mutuelle. C'était la raison de la soirée d'hier : mieux connaître le Sénégal.

Après Charles (Congo Brazzaville) et Antoine (Bénin), Bruno est le troisième prêtre africain que nous accueillons et qui nous fait découvrir sa culture et sa civilisation. Richesse pour les uns et les autres, ouverture à l’Église universelle.

Enfant, Bruno a été "séduit par la vie des gens de l’Église" comme il dit, ils ont été pour lui témoins. Puissions-nous ici, en France, en Vendée, être nous aussi témoins et lumière les uns pour les autres. Bienvenue parmi nous Bruno, et bonne accoutumance.

► Pour faire plus ample connaissance avec Bruno : lire son témoignage

lundi 31 décembre 2012

Le train de 5 h 20

Vraiment j'adore ce train. Oui, je sais, on n'adore que Dieu... et le chocolat. Promis, juré, je ne le dirai plus cette année.
Le train de 5 h 20, mon train préféré pour monter à la capitale comme on dit. Mais 5 h 20 un 31 décembre ça bat tous les records de calme, de silence et de désert. Déjà dans le car je suis seule passager. Ensuite dans le TGV on doit être une dizaine dans le wagon. Au bar la minette en manque de clients fait joujou avec son téléphone ; je parierai bien qu'elle prépare ses textos pour ce soir ;-)
Et là tout le monde dort, finit sa nuit, ou prend de l'avance, car la prochaine nuit sera probablement très courte. Le plus proche voisin est loin, pas gênée par des écouteurs à tue tête.
Ambiance TGV : train-dortoir ou train-monastère, c'est selon, et pas encore train-macdo avec cette odeur particulière qui fait dire "Tiens il est midi".
A cette saison il fait encore nuit une bonne partie du voyage. Dehors quelques lumières dans le lointain, surtout des décos de Noël, peu à peu celles des chaumières qui s'éveillent, de la vie qui reprend pour ce dernier jour de l'année. Puis le ciel s'éclaircit et dévoile son humeur : rouge et lumineux ou gris bas plein de gros nuages comme aujourd'hui. Et là, maintenant, le jour se lève vite. Fugaces quelques espaces de feu dans le ciel témoins du soleil levant.
A l'intérieur Morphée veille sur ses enfants, même les téléphones sont sous sa coupe. Ambiance propice à la méditation, à la prière. A l'aube de ce dernier jour de 2012 action de grâces pour ce que fut cette année, flash back sur les événements marquants, ce qui restera repère et phare pour éclairer la route devant.
Partie dans la nuit profonde, j'arrive à Paris en pleine lumière. Passée des ténèbres à la lumière, symbolique. Et là c'est calme encore, étonnamment calme : personne ne court, juste quelques pas rapides. Comment cela est-il possible de ne pas courir à Paris ?
Mais cela ne saurait durer, ce soir ce sera la fête, l'incontournable euphorie du passage d'une année à l'autre.

Lecteur de passage par ici je te souhaite une belle et heureuse année 2013


NB - Désolée pour le rétrodatage, c'est la faute à pas de connexion. Mais authentiquement-intégralement rédigé dans le train.



lundi 24 décembre 2012

Joyeux Noël !

Un air de fête habillait la ville hier et tout le monde s'y était mis pour ça : marché de Noël, animations variées pour petits et grands, chants de circonstance, et même le soleil et la douceur du temps, comme pour se faire pardonner ces derniers jours de pluie.

Sortie en famille, rires et sourires, bonne humeur, comme si on s'était donné le mot pour une trêve.
La magie... ou la grâce de Noël.

Et en même temps,  l'église St Jean était comble pour l'habituel spectacle de Noël.
Pendant une heure la chorale liturgique, la chorale des enfants, les enfants de la catéchèse ont enchanté l'assemblée avec le mime du Chant du berger (conte de Max Bolliger) et leurs chants de Noël.

Lampion crèche
réalisé par des jeunes du collège
Qu'ils étaient heureux les enfants de nous transmettre la joie de Noël !
Visages épanouis et radieux, un brin malicieux et plein de bonheur complice dans leurs yeux pétillants.
Un moment de bonheur pour annoncer et accueillir Noël,
lumière au cœur de la nuit. Isaïe ne disait-il pas :
sur le peuple qui habitait le pays de l'ombre
une lumière a resplendi.
Tu as fait éclater leur joie
. (Isaïe 9, 1-2)

Noël fête d'un Enfant, fête de tous les enfants.

Au cœur de nos déchirures et de nos violences un fragile enfant nous apporte la Paix, la Paix de Dieu et une lueur d'espérance.

Joyeux Noël et Paix à vous tous qui passerez par ici !


► Les chorales Chantent Noël 




Les photos du spectacle sur le site de la paroisse St Hilaire de Fontenay

► Animation de rue pour grands et petits 
 

dimanche 16 décembre 2012

Un silence qui parle

Les cercles de silence sont apparus à Toulouse en 2007, à l'initiative des Capucins. Rapidement ils se sont multipliés en France et se développent aussi dans d'autres pays d'Europe.

Alain Richard, Capucin à l'origine de cette action, voulait "réveiller les consciences" face aux traitements inhumains réservés aux sans papiers : "Il s’agit d’un appel à la conscience de chacun, et particulièrement à celle des décideurs. Nous disons que les sans-papiers sont nos frères et sœurs en humanité et que la violence qu’ils subissent dans les centres, comme toute violence, rompt cette humanité et nous fait perdre quelque chose de précieux."

Près de 200 cercles de silence se réunissent en France, selon des formes et des rythmes différents. Souvent à l'initiative de la pastorale des migrants ils sont rejoints par de nombreux autres mouvements, pas nécessairement confessionnels*.

Les participants forment un cercle au centre duquel brille la flamme d'une lampe, à la fois signe de fragilité, de vie et d'espérance. Quelques panneaux explicatifs donnent la signification de la démarche, présentent des situations d'exclusion et invitent à se rejoindre le cercle.

Hier à Fontenay se tenait le 4ème cercle. Un samedi matin, au cœur du marché, devant les halles. Les premiers forment le cercle, autour de la lampe, d'autres les rejoignent pour un moment ou pour toute l'heure, pas découragés par la pluie.

Un homme passe à côté de moi, je le connais de vue, il arpente souvent les rues de la ville, je ne sais rien de plus de lui si ce n'est qu'il doit être en situation précaire. Il regarde le panneau, et me demande : qu'est-ce qui est écrit ? Une seconde d'hésitation et je comprends qu'il ne sait pas lire. Alors je lui explique. Pas tout simple... et lui, il n'est pas sans papiers, mais qu'attend-il ? Il a regardé un peu puis a continué son chemin.

Le silence pour permettre à toute personne de rejoindre le cercle, au-delà des clivages politiques et religieux, silence qui interroge, qui permet la réflexion ou la prière, silence du respect des uns des autres.

"La dignité de chaque personne humaine ne se discute pas, elle se respect. Notre silence le crie et continuera de le crier jusqu'aux changements indispensables."






















*Pour Fontenay-le-Comte : ACAT, CCFD-Terre Solidaire, Emmaüs, Eglise Réformée, Mission Ouvrière, Mission Universelle, VEA, Réseau Education sans Frontière.