dimanche 7 avril 2013

Mamie aux oiseaux

Hier matin, il est arrivé au week-end des Tisserands (par là pour ceux qui auraient raté le feuilleton) avec un large sourire illuminant son visage, sa première parole a été :
- T'as vu la grand mère aux oiseaux ?
- ?... non...

Une grand mère tout emmitouflée, SDF, qui jetait du pain aux oiseaux devant l'église St François Xavier. Il lui a dit : "Bonjour Madame". Ça lui a fait plaisir, mais un brin déçue et étonnée elle lui a rendu son bonjour et ajouté : "ah vous avez chassé mes oiseaux!" Ils ont encore échangé deux/trois mots et il a filé son chemin.

Il est arrivé tout sourire. Comme si cette rencontre avait apporté un rayon de soleil pour lui comme pour elle, semble-t-il. Il ne parlait que de la Mamie, bonne bouille, un peu jouflue, lunettes rondes, souriante et causante.

En partant hier soir il pensait la revoir. Et ce matin, même chose. Ils ont causé un peu :
- Bonjour Madame...
- Bonjour Monsieur...
- Ils vous tiennent compagnie les oiseaux
- Oui il faut bien les aider les pauvres petits.

Difficile de souhaiter bonne journée a une SDF qui vient de passer la nuit dehors. Et pour qui la journée sera pareil.

Mais moi je n'avais toujours pas vu la mamie. Pas passée du bon côté de l'église.

Alors ce soir, en partant on est passés tous les deux du bon côté, du côté de la mamie, on était même trois : Stéphane était avec nous. Elle était encore là, sur les marches de l'église, ses paquets à droite et à gauche, aucun récipient pour l’aumône près d'elle, mais elle lisait Pèlerin.
On a taillé une bavette. Aucune plainte. Aucune demande si ce n'est du soleil. Le sourire sur les lèvres. La joie de lire cette revue : c'est sur Notre-Dame de Paris, et c'est très intéressant. On me l'a donnée...
Et la revue était belle et propre, pas de celles qu'on donne après l'avoir lue et triturée dans tous les sens.

Une femme, SDF bien sûr. Elle avait tout son patrimoine autour d'elle dans ces 2 sacs. Mais une SDF qui souriait, parlait volontiers et ne demandait rien, qui a refusé qu'on la prenne en photo... et elle avait raison. Oserais-je dire qu'elle n'avait pas l'air malheureuse ?

Cette rencontre nous a interrogés, bousculés (en plein Paris !), une SDF pas comme les autres, mais aussi nous a laissé quelque chose de la sérénité de la mamie.

5 commentaires:

  1. En fait à Paris aucun SdF n'est comme les autres... Ils ont tous leur histoire, leurs difficultés et les beautés de leurs vies !

    Beaucoup son croyant d'ailleurs, au long des maraudes c'est impressionnant d'apprendre à les connaitre, de découvrir les mots et les gestes qui les font s'ouvrir et sourire et parfois de prier avec eux même si toujours on prie pour eux.

    Oui vraiment la rue est une école d'humanité !

    Bonne route
    Amblonyx

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  2. on a beaucoup à apprendre sur le comportement des personnes mais à marseille on se méfie des gens et surtout des SDF on se demande si ceux sont vraiment des gens dans le besoin ou des gens qui doivent faire la manche pour ramener de l'argent à des plus grands

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  3. amblonyx, flipperine, merci de vos partages. Vos commentaires se complètent et disent bien combien ces situations sont difficiles à appréhender et comprendre. A Paris et partout aussi on peut se poser les mêmes questions qu'à Marseille : qui est réellement derrière ce SDF ? Qu'il mendie pour lui ou sur ordre (exploitation) c'est toujours une grande détresse devant laquelle on est désemparé.
    Et là, la petite grand mère, elle ne demandait rien ;-)

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  4. Merci pour ce joli texte !
    Yann (votre voisin des Tisserands...)

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