samedi 3 septembre 2016

Mère Teresa, la face cachée

Demain elle sera canonisée, proclamée sainte par l’Église catholique à la face du monde. Et pour une fois l'ensemble des médias sont très bavards sur l'événement, je ne m'en plaindrai pas. Cependant il est une dimension de sa vie dont on ne parle pas, ou très peu, et qui alimentait son œuvre de charité. Je veux parler ici de sa grandeur spirituelle et mystique.

Sa première expérience mystique date de 1946 (elle a 36 ans), qu'elle nomme "l'appel dans l'appel". Dans le train elle entend un appel du Christ à tout quitter pour le suivre dans les bidonvilles et les trous obscurs et le servir dans les plus pauvres des pauvres. "Viens,  sois ma lumière", lui dit le Christ. A partir de ce jour elle mettra tout en œuvre pour discerner que cet appel vient de Dieu puis pour le réaliser. Et quand elle se heurte aux évêques et archevêques qui traînent les pieds pour transmettre sa demande au Pape elle n'hésite pas à les relancer plusieurs fois : "Pardonnez-moi si je vous importune avec toutes ces lettres.." [...] "Je vous supplie Excellence, au nom de Jésus et pour l'amour de Jésus de me laisser y aller. Ne différez plus. Ne me retenez pas." Car Mère Teresa est obéissante et veut l'aval du Pape, comme signe de la volonté de Dieu, pour réaliser son projet. En 1942 elle avait fait en privé "le vœu à Dieu, sous peine de péché mortel, de donner à Dieu tout ce qu'il pourrait demander, de ne rien lui refuser".
Elle est écartelée entre l’Église qui prend son temps et Jésus qui la confronte à son vœu dans un lancinant : "Refuseras-tu ? Refuseras-tu de faire cela pour moi ?". Elle devra attendre 2 ans pour avoir le feu vert : "Vous pouvez y aller".

Le discernement de son projet l'a mise à rude épreuve. Ce premier combat terminé Mère Teresa va rapidement être affrontée à une profonde nuit spirituelle qui ne la quittera pas, des ténèbres de plus en plus sombres. Elle ira jusqu'à dire qu'elle n'a plus la foi, craindra l'hypocrisie car elle parle bien de Jésus mais elle en est si loin. Une grande souffrance qu'elle ne dévoile qu'à ses pères spirituels, mais que bientôt elle ne pourra même plus exprimer : "Pour moi, je n'ai rien à dire, car les ténèbres sont tellement sombres, la douleur tellement douloureuse". Une grande souffrance dont rien ne perce à l'extérieur son sourire étant son arme : "le sourire est un grand manteau qui recouvre une multitude de douleurs". Elle demande à ses Sœurs : "Prenez tout ce qu'il vous donne et donnez tout ce qu'il vous prend avec un grand sourire".

Que ce soit pour le discernement et la mise en œuvre de son projet, ou dans sa nuit, Mère Teresa ne cesse de prier et de demander qu'on prie pour elle, pour son œuvre, pour ses Sœurs.

Cette nuit elle n'en verra pas la fin. Elle en viendra à aimer ses ténèbres et à même y penser pour après sa mort : "Si jamais je deviens sainte, je serai certainement une sainte des ténèbres. Je serai continuellement absente du Ciel pour allumer la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres sur terre." Paradoxalement, et c'est un trait de l'expérience mystique, la traversée de cette épreuve l'enracine dans l'amour de Dieu et des autres, sa seule raison de vivre.

Sainte Mère Teresa, priez pour nous !

Les citations sont tirées de
"Mère Teresa, Les écrits intimes de la Sainte de Calcutta"
Brian Kolodiejckuk. Editions Lethielleux

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