mercredi 3 octobre 2012

C'étaient des enfants


Des enfants comme tous les autres, des enfants avides d'apprendre, délurés, espiègles, déjà marqués comme les autres de cette époque par le froid, la faim, la mort, la peur engendrés par la guerre. Mais ceux-là en plus ils étaient juifs, marqués au fer rouge de l'étoile jaune.

Pour ce 70e anniversaire de la rafle du Vel' d'Hiv' une exposition leur est consacrée à l'Hôtel de Ville de Paris. En mémoire de ces milliers d'enfants déportés et exterminés, mais aussi de ceux qui en reviendront  comme on dit, et de ceux qui au risque de leur vie ont caché et élevé des enfants juifs. Et pour ces derniers la vie après... ou comment survivre après un tel drame ?

Les enfants comme sujets de cette histoire, selon la formule de Serge Klarsfled, ou l'histoire du point de vue des enfants.

 Avec pédagogie l'expo suit un parcours assez chronologique et par thèmes : identification et exclusion - arrestation et déportation - solidarité et sauvetage - survivre et grandir. La plupart des documents viennent du Mémorial de la Shoah : lettres, photos, dessins, témoignages, registres, documents officiels, jouets, vêtements avec l'étoile jaune, et couvrent non seulement la période de l’Occupation mais également l’immédiat après-guerre où les difficultés demeurent pour les enfants juifs.

Impressionnant silence qui accompagne la visite.
Ce vieil homme, sur un banc, au milieu de la salle, menton dans la main, regard ailleurs, perdu dans l'au-delà du temps et de l'histoire, les yeux trop humides... Il n'est pas là, il n'est plus là... où est-il ? avec qui ?... Comme ces gens revenus des camps et qui n'en ont jamais parlé, mais à vie sans cesse hantés par ce qu'ils ont vu et vécu.

Et dans la salle à côté ce poème lu en boucle par une voix de femme, lancinant :

Mon père est mort, ma mère est morte
Morts la plupart de nos frères,
Mortes la plupart de nos sœurs
Et moi qui me croyais si forte
Sans volonté je marche, j'erre
Pendant que gémis mon cœur.

Je voudrais hurler sur les toits
Toute ma haine, comme un écho,
De mon âme qui pleure.
Morts... morts... morts répète ma voix.
Je voudrais crier tout haut
Pendant que gémis mon cœur.

La rage dans mon âme vibre,
J'ai tout perdu : l'amour, la foi.
Moi, qui à toutes ces horreurs
Ai échappé, enfin libre.
Je travaille... mais sans joie,
Pendant que gémis mon cœur.

Ils sont tous morts ! Ils sont tous morts !
Me laissant une lourde tâche
Pour que survive un monde meilleur
J'ai fait un très grand effort.
Je travaille sans relâche
Pendant que gémis mon cœur.


Ce poème est également sur un mur, je l'ai recopié intégralement, tel quel. "Pendant que gémis mon cœur" a été publié en 1946 dans "Lendemains".

Une exposition pas comme les autres. 
Pas seulement un voyage dans l'histoire mais une expo en forme de Mémoire. Afin que l'on se souvienne et que jamais cette Histoire ne se reproduise.
 
Elle est visible jusqu'au 27 octobre 2012, à l'Hôtel de Ville de Paris. Une visite-mémoire à ne pas manquer.


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